10 Disques pour ceux qui pensent détester le Saxophone

10 Disques pour ceux qui pensent détester le Saxophone

1/ Maceo PARKER – Life on planet groove – 1992 (Minor Music) par Cyril Hely

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« Shake everything you’ve got » : cette phrase résume à elle seule la philosophie du son de Maceo Parker. Élevé à la rigueur de l’école James Brown (qui ne doit rien à Miles Davis pour son intransigeance et sa quête de perfection), libéré par l’école George Clinton (la quintessence du grand et festif n’importe quoi), Maceo, accompagné de Fred Wesley (tromboniste) et de Pee Wee Ellis (autre saxophoniste), est un des rares artistes à pouvoir se vanter d’avoir fait se lever la terrible scène des arènes lors du Festival de Jazz de Nice, il y a une vingtaine d’année. »Shake everything you’ve got » est surtout un des morceaux phares de l’album « Life on planet groove » sorti en 1992. Cet album est un des plus aboutis du trio magique. Le groove est omniprésent et transpire à chaque instant. J’ai une tendresse particulière pour « Addicted love » avec la présence de Candy Dulfer, magnifique saxophoniste malheureusement méconnue. Le finish se fait autour d’un « Soul power ’92 » de 11’21 qui vous laisse épuisé, vidé mais heureux. Et pour ceux qui n’aiment pas le jazz, pas d’inquiétude. Cet album est certifié « 2 per cent jazz, 98 per cent funk »

 

2/ Wayne Shorter & Milton Nascimento – Native Dancer – 1975 (Columbia) par Gilbert D’Alto

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Enregistré entre Los Angeles et Rio de Janeiro en 1974 cet album du saxophoniste Wayne Shorter avec le chanteur brésilien Milton Nascimento est une pure merveille, aux mélodies imparables et chatoyantes, mêlant jazz, rock, funk (Herbie Hancock est aux claviers)  et musique brésilienne dans la création d’une world music accessible à tous. “Ponta de Area”  et “Miracle of the fishes” sont devenus des classiques, repris par des gens comme Earth Wind & Fire  ou Esperanza Spalding, qui déclara avoir été très marquée par cet album, qui eut aussi un grand retentissement en France, où Claude Nougaro reprit “Beauty & the Beast”  sous le titre “Comme une Piaf au masculin” et les frères Belmondo en firent une relecture en compagnie de Milton Nascimento, que l’on put admirer à Vence aux Nuits du Sud. Que vous soyez fan de jazz ou non, un album indispensable à tout mélomane.

3/ Ben Webster – Stormy Weather – 1988 (Black Lion) par Jacques Lerognon

Ben-Webster-Stormy-Weather[1]Ben Webster est un musicien que l’on ne peut qu’aimer.  Même si on a écouté toute sa vie du rock ou de la musique médiévale, il suffit de patienter les quelques vingt secondes de l’intro du piano de « Our Love is Here To Stay » pour que la magie opère. Le ténor de Ben Webster sonne, résonne, envahit les enceintes, on est immédiatement transporté dans une cave enfumée d’un club de Copenhague, de New York ou de Nice. Un jeu de saxophone tout en délicatesse, en douceur, qui, à chaque note, respire la joie, la bonne humeur même dans les blues, les tonalités mineures. Webster met du velours dans son jazz. Du velours qui swingue ! Chaque clé qui s’ouvre ou se ferme semble le faire sur l’une des veines qui vont au cœur.   Et si vraiment vous n’aimez pas Webster, un seul remède : essayez son compère Coleman Hawkins.

4/ Eric Dolphy – Out There – 1960 (Prestige Records) par Sylvette Maurin

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A 24’33’’, Sketch of Melba ! Suivi de Feathers, qui clôt l’album aux portes du free jazz, pour lequel Eric embarquera en compagnie d’Ornette Coleman. Pour l’heure, il reste “sage”, si tant est que l’on puisse qualifier ainsi les prestations dont il honore ses compagnons de route, Ron Carter et George Duvivier à la contrebasse et Roy Haynes à la batterie. Pour lui-même , il se contentera du saxophone alto, de la clarinette basse et de la flûte traversière. Laquelle flûte est au cœur de ce délicat lamento qui s’enroule dans les 4’40 ‘’  d’un voyage effectivement très extraterrestre.

L’audace du violoncelle, encore rarement utilisé, n’est pas pour rien dans l’étrangeté de ces mélopées qui ensorcellent l’esprit. Le thème de Sketch of Melba, une fois écouté dans sa vie, on le porte en soi, pour toujours.

5/ Kamasi Washington – The Epic – 2015 (Brainfeeder) par Trane

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Le New York Times l’a surnommé le « Guerrier du jazz ». Incontestablement Kamasi Washington aura été le musicien de l’année 2015, en assurant le souffle ainsi que quelques arrangements sur le bijou de Kendrick Lamar « To pimp a butterfly » et en sortant son propre chef-d’oeuvre avec « The Epic ». A l’heure de la frilosité sur la musique non-dématérialisée, ce jeune homme de 35 piges se permet de sortir un triple album de jazz sur le label électro/hip-hop de Flyin Lotus, Brainfeeder. Une suite dantesque composée de trois parties pour autant de vinyls ou Cds : The Plan, The Glorious Tale et The Historic Repetition. Autour de lui, on retrouve sa bande de potes de Los Angeles comme Ronald Bruner, Thundercat, Cameron Graves ou encore Dwight Trible, mais aussi une immense section de cordes, doublée d’une conséquente chorale gospel : LA superproduction. Intemporelle et indispensable !

6/ Logan Richardson – Shift – 2016  (Blue Note) par Trane

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Pour son premier album sur Blue Note, le saxophoniste de Kansas City n’a pas fait les choses à moitié. Tout d’abord dans le casting qui lui tient compagnie. Jason Moran avec qui il a participé à l’aventure du Big BandWagon, Nasheet Waits, mais encore Pat Metheny et Harish Raghavan. Logan Richardson a emmené ce beau monde pour 2 jours au Sear Sound Studio de New York afin  d’enregistrer ces 10 thèmes signés du saxophoniste, et une reprise du « Locked out of heaven » de Bruno Mars plus attrayante que l’originale. Si on ajoute à tout cela une belle pochette et un livret en bande-dessinée qui nous narre la genèse du disque dans une introspection humoristique qui lui permet un clin d’oeil à son mentor Ahmad Alaadeen. « Shift » est l’une des belles surprises du moment.

7/ SOFT MACHINE / Elton DEAN -Third –  1970 (CBS) par Jack Lalli

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Groupe phare avec les Pink Floyd, ils sont à l’affiche dans des soirées psychédéliques en 1967. Soft Machine a déjà un côté décalé, dadaïste, et ne séduit forcement pas les rockeurs, ni les puristes de jazz méprisant ces beatniks. Erreur ! Ce groupe a eu l’honneur d’avoir Daevid Allen (futur Gong), Robert Wyatt, Kevin Ayers, Mike Ratledge, Hugh Hopper... Elton Dean arrive fin 60’s, il est musicien au saxophone alto et saxello. Il amène un son plus jazz, et défriche cet univers comme Miles Davis, Coltrane… Le double disque « Third » en sera le beau résultat (cf « Slightly All the Time »). Puis il jouera avec diverses formations (dont Soft Heap, Equip’Out), et reviendra pour le groupe « Soft Machine Legacy » avec Hugh Hopper... Jazz fusion, jazz rock, et ailleurs, Soft Machine a été la pierre angulaire de ces styles, avec Elton et ses saxophones !

8/ Nancy Wilson – Cannonball Adderley –  1960 (Capitol Records) par Denia Ridley

: Nancy Wilson - Cannonball Adderley

Vous êtes fatigué d’entendre toujours les  mêmes vieux standards de jazz? Est-ce que les instrumentaux, avec leurs  interminables solos vous ennuient à mort? Ou peut-être avez vous envie de crier :  « Non, pas encore une autre chanteuse de jazz ! » Quoi qu’il  en soit, cet album est pour vous. Enregistré en 1961, l’album phare « Nancy Wilson / Cannonball Adderley« , rassemble la « voix de cuivre » de Nancy Wilson avec la musicalité impeccable du quartet de Julian Adderley. Ensemble, les cinq démontrent parfaitement comment comment intégrer comme un autre instrument une chanteuse dans un groupe de jazz. Avec les arrangements adéquats, la performance  à la fois subtile  et puissante de la chanteuse, et ses interprétations inattendues l’ego ne ne supplante jamais  la chanson. Cet album est  d’une unité sans faille., la collaboration par excellence.Que vous soyez à Paris, France ou à Teaneck, New Jersey, il est certain  de vous plaire. En plus, ça swingue.

9/ The World Saxophone Quartet – Steppin’ with the WSQ – 1979 (label Black Saint)  par Sir Ali

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Il y a un siècle (1915-1920), émergeait aux USA un phénomène musical et social le « Sax Craze » : Tout le monde voulait jouer du sax, de tous les saxes et dans tous les genres musicaux. Il faudra attendre le milieu des années 70 pour découvrir, de deux côtés de l’atlantique, des quartet de saxophones. Plus pointus et réservées à la scène jazz avant-gardiste, ces formations étaient exclusivement constituées de 4 saxophones, sans une section rythmique. The World Saxophone Quartet est un des premiers et toujours des plus renommés, est un all star qui réunit : David Murray (ténor), Hamiet Bluiett (baryton) Julius Hemphill et Oliver Lake (alto et soprano), tous les quatre jouent également flûtes et clarinettes. « Steppin’ with the WSQ » paru sous le label Black Saint en 1979, est le deuxième des 22 albums de ce quatuor. Tous les titres sont écrits par les 4 saxophonistes et chacun est une fable de jazz racontée selon les sax. Pour les amoureux de cet instrument, cet album est un coin de paradis quadriphonique et pour les autres …… un passage en enfer poursuivi par un troupeau d’éléphants !

10/ JB Moundélé – REVELATION – 2016 (Buda Musique / Socadisc) par Sir Ali

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Le saxophone est l’instrument qui serait le plus proche de la voix humaine, les qualités de son souffle lui confèrent le même impact émotionnel qu’un chant. JB Moundélé sait faire chanter son saxophone en toute simplicité. Au fil de ses nombreux séjours en Afrique de l’Ouest, il est baptisé Moundéle ou Le blanc/noir. (Lingala du Zaïre). Révélation est son troisième album dans lequel il exploite les mélodies et chants traditionnels sur des rythmes festifs, ruraux ou urbains. : Highlife, Mandingue funk, Rumba et surtout les variants de Coupé-décollé. L’ambiance et la densité musicale de ce disque oscille de Manu DiBango, à Grover Washington ou encore Gato Barbieri à l’africaine….à des instrumentations de chant tribaux, des diverses régions de son continent de cœur.

Ecrit par Imago records & production

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