#Chronique : « Conversation » John Coltrane par Frank Kofsky

« Si l’on risque de se brûler les ailes à trop approcher du soleil, avec Coltrane ça n’a pas été le cas : plus je l’écoutais, plus il me fascinait ». Ainsi débute en guise de préambule Frank Kofsky, jeune journaliste et futur historien de l’Université de Sacramento, qui, grâce au soutien de la fondation Rabinowitz, passa deux semaines durant l’été 1966 à interviewer ses héros de la Jazz Revolution. Suite →

Ecrit par Benjamin Grinda

#Jazz & #Art : Peindre le jazz : Jean-Michel Basquiat 

« Je ne sais pas comment décrire mon travail. C’est comme demander à Miles Davis : comment sonne votre trompette ? » répondait-il aux journalistes. Fulgurante et sauvage, l’oeuvre de Basquiat se nourrissait des influences musicales du peintre. De David Bowie aux pionniers du jazz, en passant par Bach et Beethoven, la musique était essentielle pour le petit prince des rues New-Yorkaises. Suite →

Ecrit par Benjamin Grinda

#LIVEREPORT Charlie Jazz Festival 2018

C’est sous la luxuriante plataneraie du domaine de Fontblanche à Vitrolles que la 21ème édition du Charlie Jazz Festival s’est tenue, avec une programmation ambitieuse concoctée par son directeur Aurélien Pitavy qui redonne toute sa place au jazz, sans tenter les grand-écarts hasardeux auxquels certains grands festivals de jazz nous habituent désormais.

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Ecrit par Benjamin Grinda

#SurLaPisted’Un33Tours Weldon Irvine « Time Capsule »

Weldon Irvine, Time Capsule, Nodlew music

Figure tutélaire incontournable du jazz fusion des années 70 et plus tard du hip-hop, Weldon Irvine demeure néanmoins un artiste méconnu du grand public. Time Capsule, second opus du pianiste natif de Virginie, offre une des meilleures entrées en matière pour découvrir la sensibilité et le groove irrésistible de celui qui influencera nombre de ses contemporains, jusqu’à devenir le mentor d’un Q-Tip ou d’un Mos Def.

En 1973, date à laquelle paraît ce second album sur le label Nodlew fondé par Irvine, celui-ci score déjà quelques faits d’armes, et pas des moindres : chef d’orchestre et parolier de Nina Simone, il est notamment l’auteur en 1969 de « Young, Gifted and Black », le fameux hymne aux droits civiques qui fut l’un des morceaux les plus populaires de la diva militante. Inspiré par la pièce To Be Young, Gifted And Black regroupant des manuscrits posthumes de la dramaturge Lorraine Hansburry, les paroles de la chanson hommage convoquent l’espoir et la fierté d’une communauté bafouée.

Les années 70 s’ouvrent, héritières de l’esprit combatif et protestataire des mouvements pour les droits civiques. Pétri de cette conscience sociale, Weldon Irvine s’engage davantage vers un dialogue introspectif et une réflexion sur les forces spirituelles et cosmiques qui régissent la marche de l’univers. Jazz, funk, soul, musique latine et blues fusionnent pour préfigurer ce qui sera plus tard à l’origine de l’acid jazz : « J’ai appelé ça du rock-jazz à l’époque », dit Irvine. « J’écrirais une ligne de basse avec laquelle James Brown serait à l’aise, et j’aurais un motif de batterie de R & B avec cette ligne de basse, puis j’emprunterais une mélodie de mon expérience de jazz et je l’assemblerais. » 

Les 8 morceaux de l’album révèlent le brio de ce style qui s’affirme, où les influences entrent en résonance au sein d’un kaléidoscope funky. Time Capsule est un legs aux générations futures : oeuvre de sauvegarde collective, l’album empreint de spiritualité est conçu comme un témoignage pour l’avenir. Au mélodica, au Fender Rhodes ou à l’orgue Hammond, Weldon Irvine entre en symbiose avec ses musiciens pour offrir une œuvre lumineuse et réflexive. La voix chaude du poète agrémentée des récitations de Charlette Cook distille l’Amour comme lien indissoluble entre les hommes et les peuples, sur un rythme scandé annonçant le rap des origines. « Nous, les plus honnis d’entre tous, devront prendre la haine dans nos mains, et, par le miracle de l’amour, le transformer en espoir », se souvient Maya Angelou à l’écoute du révérend Martin Luther King. Une capsule temporelle … ou intemporelle ?

Playlist :

1 Time Capsule

2 Feelin’ Mellow

3 Soul Sisters

4 Deja Vu

5 Watergate-Don’t Bug Me !

6 Spontaneous Interaction

7 I Am

8 Bananas

Ecrit par Benjamin Grinda

#SURLAPISTEDUN33TOURS Brigitte Fontaine « Comme à la Radio »

Sur la piste d’un 33 tours par Benjamin Grinda

 

 

Brigitte Fontaine, Comme A La Radio, Saravah records, 1970

Comme À La Radio n’est pas un disque de jazz à proprement parler. Creuset de multiples influences, cet album paru à l’issue d’une série de concerts donnés par la poétesse entre 1969 et 1970 est une rupture, une mise en acte engagé, une oeuvre d’art totale. OVNI musical, il parle pourtant du Jazz, comme de toutes les musiques rebelles, en réhabilitant leur vocation subversive.

Connue pour son humour grinçant depuis son premier opus signé chez Saravah en 1968, Brigitte Fontaine est … Folle, le second projet de la chanteuse porté par le label libertaire s’annonce révolutionnaire. Entourée d’Areski et de Jacques Higelin, Brigitte Fontaine est également accompagnée de l’Art Ensemble Of Chicago, quatuor de musiciens noirs américains récemment installé à Paris. Leur philosophie épouse une liberté d’expression totale, représentative de leur conception du jazz : « le Jazz signifie simplement la liberté de prendre de multiples formes ».1

Mélange d’influences, de performance artistique et d’improvisation, leur collaboration scénique aboutit à la conception de l’album, où se mêlent folk, free Jazz, musique orientale, art brut et talk over. Les compositions musicales débridées et les textes hallucinés assènent la folie d’un quotidien qui régit notre monde somnambule. Comme À La Radio est une aventure épique, vouée à sortir l’auditeur de sa propre torpeur, celle qui rend sourde, aveugle et muette. Brigitte Fontaine décoche ses flèches poétiques comme autant d’aiguillons acérés destinés à réveiller les consciences. D’un point de vue formel, le résultat n’est ni éclectique, ni une fusion : c’est un réarrangement, qui outrepasse les formes musicales les plus cadrées pour proposer une « matrice de créativité » dans la lignée de la Great Black Music.

Brigitte Fontaine est … folle? Pas tant que ça. Sous ses airs délurés et fantasques, la diva loufoque a bien la prétention d’être normale. Qu’est-ce que la frontière entre le normal et le pathologique, à l’aune de notre monde ? Sans doute de refuser la perversion d’une société du pousse-au-jouir, habitée par un art du bluff permanent. « Ce que nous faisons, ce n’est pas de la musique-objet. Dans mes chansons, le texte est capital, mais il ne sert à rien. La musique seule peut le faire vivre. Quand je chante, ce n’est pas un concert, ce n’est pas un récital, c’est un drame. » 2

Playlist :

Comme À La Radio

Tanka II

Le Brouillard

J’ai 26 Ans

L’Été l’Été

Encore

Léo

Les Petits Chevaux

Tanka I

Lettre à Mr Le Chef de Gare de la Tour de Carol

1Duke Ellington, cit., 1947

2B. Fontaine, Le Monde, 1970

Ecrit par Benjamin Grinda

#Sur La Piste D’Un33 Tours Hal Singer & Jef Gilson « Son of Africa »

Hal Singer & Jef Gilson / Soul Of Africa (Le Chant du Monde, 1974, Kindred Spirits, 2008)
Par Benjamin Grinda

Si le rayonnement de la scène française fut l’un des plus importants du jazz européen à la fin des années 1960, il est notamment lié à la vision et à l’engagement d’artistes tel que Jef Gilson. Peu connu du grand public, Jef Gilson n’en a pas moins marqué toute une génération de musiciens ayant oeuvré aux avant-gardes du jazz. L’occasion de découvrir Soul of Africa, réédité il y a quelques années par le label Kindred Spirits.

En 1974, date à laquelle paraît son neuvième opus, Soul Of Africa, Jean-François Quiévreux alias Jef Gilson a 48 ans. Il a déjà derrière lui une longue carrière de près de 30 ans dévolue à sa passion, depuis ses débuts de clarinettiste aux côtés de Boris Vian, en 1946. Tour à tour pianiste, compositeur, producteur, arrangeur, chef d’orchestre, critique, chanteur, ingénieur du son, enseignant, théoricien, fondateur de labels, ce touche-à-tout de génie ne connaissait pas d’horizon bornant son talent. Les plus grands noms du jazz français sont passés par son studio : Henri Texier, Jean-Luc Ponty, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Michel Portal, François Tusques, Eddy Louiss, Jacques Di Donato, Christian Vander…

C’est avec le saxophoniste ténor Hal Singer qu’il signe ce projet bâti autour d’un amour commun pour les rythmes africains. Le saxophoniste américain découvre l’Afrique quelques années auparavant, en 1972. L’explorateur du jazz Jef Gilson s’était quant à lui passionné pour Madagascar et ses musiciens, qu’il rencontre en 1968. Une expérience essentielle pour le jazzman qui multiplie les collaborations avec ses amis malgaches, comme ici où l’on retrouve Frank Raholison à la batterie, suivi par Del Rabenja et Gérard Rakotoarivony aux percussions.

Ouvrant l’album, Chant Inca, un des premiers thèmes écrits par Gilson dans les années 50, est réinterprété selon une adaptation qui donne le ton : l’expression spirituelle de l’album sera portée par les répétitions rythmiques tantôt d’une basse lourde, des percussions, des élans du sax ou du piano, menant une transe hypnotique comme un voyage retour à l’âme originelle, celle de la terre mère de l’acte jazzistique, Mother Africa. Un retour également vécu pour de nombreux musiciens de cette époque qui relient le jazz intellectuellement à ce qui le fonde, son ambition spirituelle.

« D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous », s’interrogeait déjà Paul Gauguin au contact des populations de Polynésie. Jef Gilson sonde ici le sens de cette quête, afin qu’advienne dans sa pratique musicale une liberté esthétique, au croisement d’une liberté revendiquée par tout un continent en lutte pour son indépendance.

Playlist :

1 Chant Inca
2 Mother Africa
3 The High Life
4 Libertarian
5 Garvey’s Strut
6 Le Grand Bidou (édition Kindred Spirits)
7 Fable Of Gutenberg (édition Kindred Spirits)

Ecrit par Benjamin Grinda

#LIVEREPORT : Mulatu Astatké : le Printemps des Nuits du Sud

Le vendredi 7 avril dernier, le Printemps des Nuits du Sud a offert aux spectateurs azuréens un rendez-vous précieux : la programmation de l’élégant Mulatu Astatké, père fondateur de l’éthio-jazz. Du haut de ses 74 printemps, le fringant vibraphoniste s’est présenté au public Vençois sur la belle scène de la place du grand jardin, pour un voyage musical des plus dépaysants.

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Ecrit par Benjamin Grinda
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