#Chronique : Stefano Di Battista « Morricone Stories »

Nombreux sont les jazzmen à s’être attaqués à l’oeuvre des grands compositeurs de musiques de films. Citons pour mémoire Herbie Hancock ou Miles Davis pour George Gershwin, Bill Evans pour Michel Legrand, et beaucoup d’autres. Ici, c’est le grand saxophoniste alto italien Stefano Di Battista (peut-être le plus grand des saxophonistes de jazz de la Péninsule) qui nous livre son interprétation de l’oeuvre de son compatriote Ennio Morricone, connu dans le monde entier pour son travail avec le réalisateur Sergio Leone, et aussi pour ses mélodies qui illuminaient les films de Henri Verneuil ou de Bernardo Bertolucci, et dernièrement de Quentin Tarantino.

Stefano est entouré par un trio hors-pair, qu’on en juge :  le vétéran niçois André Ceccarelli tient la batterie, Fred Nardin, l’un des jazzmen les plus en vue en France est au piano, et jeune bassiste italien Daniele Sorrentino officie à la contrebasse. Un quartet de choc. L’hommage débute par le thème de « Mais qu’est il arrivé à Solange ? » un thriller franco-italien des années 70. Puis suit le thème de « Peur sur la ville«  de Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo. Un thème terriblement efficace, comme le sont certains thèmes de Lalo Schifrin, Stefano et ses hommes sont d’une incroyable précision et d’un swing imparable. Mention spéciale au groove sans défaut de Dédé Ceccarelli. Ils explorent également la musique de  »Il était une fois en Amérique » le film -fleuve de Sergio Leone, avec James Woods et Robert De Niro. Nostalgie d’une Amérique perdue, évoquée par un jazz mélodique et chantant avec un Stefano lyrique à souhait au soprano. Nostalgie encore avec une évocation du magnifique film historique »1900 » de Bernardo Bertolucci, une grande sensibilité dans cette  »Aperura della caccia », volutes impalpables et beau travail tout en finesse de Fred Nardin au piano. Pendant que les images de Gérard Depardieu, Robert de Niro encore et Stefania Sandrelli défilent dans notre tête, nos oreilles se régalent…Grand saut dans temps avec  » La femme du dimanche (« La Donna della domenica ») (« La femme du dimanche » Luigi Comencini, 1975, avec Marcello Mastroianni et Jacqueline Bisset). Là encore le quartet fait merveille avec un  »interplay » riche et inventif, qui rend toute la beauté du thème, tout en étant un tremplin idéal pour l’improvisation. Ensuite un extrait de « Mission » de Roland Joffé (Palme d’Or à Cannes en 1986, Robert de Niro toujours !) de la plus belle facture, Stefano et Fred faisant des miracles, appuyés avec swing, rigueur et inventivité par la rythmique. Enfin, la clôture de ce voyage fantasmagorique  dans l’univers de Morricone avec son plus grand succès, la musique célébrissime et inoubliable de « Le Bon, la brute et le truand »,une conclusion parfaite pour ce disque exemplaire, l’alliance de deux univers faits pour s’entendre, une balade dans notre patrimoine cinématographique et musical, à la fois nostalgique  et terriblement actuelle. Complimenti, ragazzi !

http://www.stefanodibattista.eu

Ecrit par Gilbert D'Alto

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