#Entretien « Rouge Brésil » avec Françoise Miran

« Dans tous les festivals, tout le monde passe la même chose », déplore-t-elle. Artiste et musicienne, Françoise Miran est déjà très animée dans le monde du spectacle lorsqu’elle quitte Paris pour Nice au milieu des années 50.

Elle Chante Brassens, Ferré. Fréquentait assidument, les caves de St Germain, le Discophage. Femme aux convictions solides  Elle crée en 1980, l’association culturelle « les Alizés » avec un idéal artistique et sociétal : agir pour la culture et la liberté de son expression. Et c’est avec cet état d’esprit que la trublionne va façonner le 1er Festival Brésilien de Nice en 1984 avec la Ville de Nice qui la charge de la programmation musicale pour Cimiez.

Mùsica Popular Brasileira.

« Le choix n’est jamais innocent avec la musique. La musique a toujours un caractère politique et à cette époque le Brésil est encore une dictature. Des gens étaient emprisonnés Gilberto Gil a dû s’exiler.  J’avais déjà voyagé seule au Brésil. C’était hard. Et la Mùsica Popular Brasileira parler de cela » raconte Françoise Miran « Ils étaient tous en train de se libérer et c’est normal que l’on retrouve cette expression dans la samba, les bossa. L’avantage c’est que ça collait complètement à cette actualité. Ils voulaient se libérer de ces militaires et ça été fait d’ailleurs. Ils se sont libérés ». Missionner pour aller à Rio, Françoise Miran ramène une line up inédite :« La musique d’un autre Brésil » souligne-t- elle.  La Mùsica Popular Brasileira dite MBP, une musique aux textes conscients forte d’une exigence de démocratie immédiate, une revendication identitaire polyculturelle. : de nombreux musiciens majeurs sont annoncés. Paulinho da Viola. João Bosco, Dorival Caymmi, Alceu Valença, Dona Ivone Lara, Zézé Motta, Teca Calazans, Nazaré Pereira, Gilberto Gil aux influences rock londonien, reggae, caraïbes ; les Bossa Nova métissées, les « Choro » cariocas , la musique bahianaise, le Mina Gerais de Milton Nascimento, dont les textes à la narration universelle prose sur la MBP samba rock pop ; Les Etoiles, Luis Antonio et Rolando Faria, duo travesti aux maquillages exubérants, devenus depuis iconiques.

Le Sambodrome sur la Prom

Le Festival Brésilien investit la ville et donne à voir la culture Afro-brésilienne. Expo photo, colloque. Une semaine cinéma organisée pour Gaumont Brésil par son directeur Gabriel Albicoco, présente une sélection de films notamment   « QUILOMBO » de Carlos Diegues  en avant-première , un long métrage puisant dans le XVII siècle, l’Histoire d’une nation d’ex-esclaves fugitifs résistant au colonialisme. Des musiques de Gilberto Gil, et Zézé Mota au casting. En plein centenaire du carnaval de Nice, 80 artistes d’écoles de Samba de Rio, ville jumelée, déboulent avec leur batucadas sur la Promenade des Anglais. Danseurs en plumes et paillettes posent leur pas devant des camions chargés de gros son. La Promenade des Anglais a des airs de Sambodrome. Les « Mocidade Indépendante,» les danseurs de Padre Miguel, costumes vert et blanc investissent les lieux festifs et les plages des sambistes bahianais et cariocas habituellement en plein carnaval se rencontrent. S’ajoute aux festivités, un grand bal de carnaval et un bal populaire place Massena. Cette première édition est une réussite mise à part les taxis récalcitrants à transporter tardivement les artistes brésiliens en galère. 30 000 personnes ont foulé du pied les Arènes « pour ceux que l’on a pu compter ». Le contrat est rempli pour ce « Festival de cultures musicales » mais il n’y aura pas de seconde édition à Nice, faute d’intérêt de la municipalité. Le Brésil des « Alizés » fera escale à Juan Les Pins l’année suivante.

Joao Gilberto à Juan

« En janvier 1985, je retourne au Brésil pour mon deuxième festival mais à Juan les pins. Le régime est tombé, je vais assister à « Rock in Rio ». Cette manifestation organisée par un opposant au gouverneur de Rio réunissait un tas d’artistes internationaux- venus soutenir un brésil libéré. Hasard du calendrier peut être. C’était assez fabuleux que ce Rock in Rio, dans un pays en plein changement de régime. Chaque jour, près de 100 000 personnes assistaient aux concerts. Des nouveaux cariocas. Des cariocas libres ! C’était fabuleux d’être avec eux et avec des artistes comme Nina Hagen, Queen. Araso ! Araso ! Une chance ! » s’amuse la voyageuse.

La pinède Gould accueille en juillet la programmation soignée de Françoise Miran. Même recette qu’à Nice, une sélection cinéma, des écoles de samba et un bal populaire pour les soirées juanaises. Sur scène, Jorge ben, Paulo Moura, Antonio Carlos jobim, Osah, Xangai, Osvaldinho, les Etoiles, Gilberto Gil, des représentants de la musique émergente et Joao Gilberto un tour de force pour l’organisatrice. L’artiste stressé par ce voyage risque de ne pas vouloir monter sur scène. « Il n’a pas été facile » jure-t-elle. Il se cachera sous le lit pour le premier concert qui était à Rome et viendra à Juan les Pins le lendemain dans un état lamentable, ce qui ne l’empêchera pas de faire 10 rappels ! Françoise Miran programme également un maitre de la Samba, une icône de la musique angolaise. Bonga chante sa world angolaise en kimbundu. Un acte de résistance dans son pays en pleine guerre civile. La musique est politique lors qu’elle porte des textes conscients.

D’une rive à l’autre 

Après Juan Les Pins, direction Châteauvallon pour un nouveau Festival brésilien, où l’école de samba Beija Flor de Rio retrouve Salvador de Bahia avec le trio electrico de Osmar et Armandinho. Dans ce cadre idyllique près de Toulon, elle enchaine les productions, crée un festival de percussion qui se produira pendant trois ans avec notamment Trilok Gurtu et un Chaman de Sibérie. En 1993, la voyageuse revient à Nice à la suite d’un appel d’offre pour le Festival de Jazz. Avec ses copains parisiens, le projet retenu, elle embarque pour ce qui va devenir le Nice Jazz Festival en lieu et place de la Grande Parade. Son projet investit à nouveau la ville. Création du Festival Off : Apéro jazz, jam session, bateau musical, création du off assortie d’une note brésilienne. Mais c’est une autre histoire… Françoise Miran, la défricheuse, poursuit sa route artistique. Les Alizés ont dédié plus de 40 ans à l’expression de la Culture musicale. Le vent souffle toujours dans le bon sens pour celle qui, déterminée, sait monter les voiles.

www.facebook.com/associationlesalizes

Plusieurs livres ont été édités aux Editions de l’Harmattan dont le dernier « Ces Dames du Cabaret »

 

 

Ecrit par Lawrence Damalric

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