Ibrahim Maalouf au Printemps de Bourges

Ibrahim Maalouf : Avenir ou fossoyeur du jazz ?

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Titre accrocheur, peut-être mais j’ai rarement vu un artiste susciter autant de passion : on adore ou on déteste. De plus, les habitués des festivals estivaux croiseront obligatoirement cet artiste dans ceux estampillés Jazz (Marciac, Vienne, Nice, Marseille…) mais nouveauté, aussi dans ceux Rock (Francofolies, Solidays, Paléo, Vieilles Charrues…).

Deux disques sont sortis à la rentrée 2015, « Kalthoum », le support de la tournée hivernale (salles de 1000 personnes affichant « complet ») et « Red & Black Light » pour la tournée d’été aux accents électro. Personnellement, je trouve ces deux albums en demi-teinte, je regrette l’esprit de « Diagnostic », de « Wind » et du fabuleux « Illusions » et des concerts associés. Mais il faut reconnaître que rares (excepté Avishai Cohen ou Marcus Miller) sont les artistes estampillés « jazz » qui remplissent des salles de 1000 personnes sur une tournée (les grincheux diront que c’est facile lorsque la salle est remplie par les abonnés mais comment expliquer que jeunes et plus âgés se lèvent en fin de concert pour ovationner l’artiste pendant de longues minutes, l’abonnement ne l’oblige pas). Pour « Red & Black Light », j’ai assisté au show au Printemps de Bourges, concert devant 7000 personnes. Ibrahim Maalouf était coincé entre Jain (victoire de la musique 2016) et Louise Attaque tant attendu, avec la Ministre de la Culture, Audrey Azoulay dans la foule.

Le public entra dans le jeu dès les premières notes, chanta d’une seule voix (alors qu’il n’y a pas de paroles) et rendit le concert suivant terne, voire dépassé. Les médias en ont peu parlé, mais la performance d’Ibrahim Maalouf était sur les lèvres de beaucoup de festivaliers et avait frappé un grand coup dans l’édition des 40 ans. Qu’en penser ? L’artiste voit juste, vise juste, tout est parfaitement programmé, les musiciens qui l’entourent sont exceptionnels : Mark Turner (Kalthoum), Eric Legnini, Frank Woeste, François Delporte (Red & Black Light) notamment, les shows grandioses. « Red & Black Light » rassemble un public de 15 à 60 ans, spectacle consensuel peut-être mais pas tant que cela. Où est le jazz ? Un fil conducteur, Erik Truffaz avait osé il y a un quelques années (Miles Davis avait aussi en son temps déstabilisé l’establishment jazz de l’époque), le son de la trompette d’Ibrahim est toujours aussi beau. Ibrahim Maalouf secoue-t-il le jazz ? Il le modifie assurément. Stéphane Kochoyan (ex directeur de Jazz à Vienne et directeur artistique de Jazz des Cinq Continents) rappelait que c’était la soirée « Jazz Legends » qui avait attiré le moins de monde dans l’édition 2015 de Jazz à Vienne malgré un plateau de rêve. Il faut admettre qu’un certain jazz meurt peu à peu et que Ibrahim Maalouf, Guillaume Perret, Snarky Puppy portent cette musique sur d’autres rives en amenant un nouveau public à eux. Les anciens vont se perdre, crier au parjure… mais c’est le cas pour toutes les musiques qui bougent, évoluent et vivent finalement. A l’ère des sites de musique en ligne, si vous tapez artistes similaires à Ibrahim Maalouf, la sélection vous propose : Avishai Cohen, Paolo Fresu, Renaud Garcia-Fons, Henri Texier… n’est-ce pas une formidable passerelle entre deux mondes, peut-être pas si éloignés que cela en définitive ? L’été arrive, Ibrahim Maalouf va faire danser, chanter le public, et nous allons vivre de très beaux festivals. Je suis curieux d’entendre son prochain disque, qui est peut-être même déjà prêt et j’espère qu’un nouveau défi sera relevé.

Photo : Jean-Luc Thibault

www.ibrahimmaalouf.com

Ecrit par Jean-Luc Thibault

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