#INTERVIEW : Bernard Taride « Quand le Jazz rythme l’Art »

Bernard Taride est né au Maroc. Il vit et travaille à Nice depuis 1956. Nous connaissons Bernard Taride pour son travail de sculpteur de miroir souvent associé à des objets du quotidien. Je me suis rendu chez lui pour parler musique et jazz en particulier. Plantons le décor : Une maison au calme en apparence, mais à l’intérieur, un musée hétéroclite. Rempli d’œuvres d’art de ses amis de l’école de Nice mélangées avec les siennes, Bernard Taride vit et travaille dans un environnement presque exclusivement tourné vers l’art. Mais, comme il dit, ma vie est constituée de deux passions, les arts plastiques et le Jazz.

Jacky Ananaou : Bonjour Monsieur Taride !

Bernard Taride : Bonjour ! (avec sa voix rieuse)

Nous nous installons sur la terrasse.

JA : Tout le monde vous connait en tant qu’artiste de l’école de Nice, mais vous avez une autre passion, le Jazz. À quel moment cette musique vous est devenue indispensable ?

BT : « La première fois que j’ai entendu du jazz, ce n’était pas tout à fait du jazz, mais plus de la musique de danse de l’époque, pendant la guerre. Pas encore de musiciens américains, puis j’ai découvert des musiciens de jazz français comme Alix Combelle, Aimé Barelli, Django Reinhardt.. . »

JA : Puis vient le moment du débarquement des Américains au Maroc

BT : Oui ils s’installent et créent une radio qui va me permettre de découvrir cette musique. Il y avait souvent des concerts de musiciens militaires qui jouaient du Jazz.

JA : Vous êtes arrivé à Nice en 1956, déjà en amateur confirmé de cette musique. Quels sont les musiciens que vous avez découverts alors ?

BT :  Là c’était le bonheur, on allait écouter du jazz dans plusieurs clubs, le Cha Cha et surtout le Storyville créé par Jean-Marie Auda, de 1959 à 1967. C’est là que j’ai rencontré Barney Willen, qui plus tard au festival Jazz à Juan a fait une première partie avec le groupe de mon fils. On pouvait acheter tous les disques américains. Au Maroc j’avais déjà écouté des disques, à Nice je me suis perfectionné sur mes préfères. Il y avait déjà une scission entre les amateurs de jazz moderne « les raisins aigres » et les classiques «  les figues moisies », qui s’est illustrée par la programmation très traditionnelle du 1er festival de 1948.

JA : Parlons un peu du Festival de Jazz de Nice.

BT : Il a repris en 1971, mais j’allais souvent à celui de Châteauvallon, j’y ai vu des concerts fabuleux, Charles Mingus, Keith Jarrett je me suis lié d’amitié avec Dizzy Gillepsie. Un jour où il devait jouer à Nice, il m’appelle, « je suis dans un hôtel minable », OK je viens te chercher. Il a passé deux jours chez moi et tous les soirs c’était la fête avec tous les musiciens. Puis vient la période de la grande parade. La première programmation fut très axée sur le Jazz classique, ils ont compris qu’il fallait aller vers un Jazz plus moderne. Là j’ai pu assister à des concerts de T-Bone Walker, Herbie Hancock Quintet, Charlie Mingus, Art Pepper, Bill Evans, Stan Getz …

JA : Et parmi vos rencontres amicales, de quelle personne voudriez-vous parler ?

BT : J’ai bien connu Simone Ginibre qui était la représentante française de George Wein. Fondatrice de la grande Parade, elle était souvent à la maison, elle aimait la cuisine de ma femme. Grâce a elle j’ai rencontré George Wein chez qui j’ai pu côtoyer des musiciens célèbres. Il a d’ailleurs une pièce de moi dont Simone lui a fait cadeau. Un jour, elle me dit qu’elle n’a rien acheté pour l’anniversaire de Miles Davis. Je lui donne une pièce qui représentait un miroir gratté avec une de ses pochettes en arrière-plan. Elle me rappelle le lendemain, l’œuvre lui a beaucoup plu il veut te rencontrer. Malheureusement, Miles a dû partir précipitamment, on remet ça l’année prochaine. Hélas Miles Davis décède, je n’ai jamais pu le rencontrer. »

JA : Est-ce que le Jazz a influencé votre évolution dans l’art ?

BT : Je me suis souvent posé cette question. Je ne crois pas. Ce sont vraiment deux passions différentes. Je me suis intéressé aux deux évolutions, l’art et le Jazz, d’une manière séparée. J’ai assisté à l’explosion de la musique, en particulier avec Miles Davis, dont j’ai aimé toute sa carrière. C’est magique ce foisonnement de musiciens, de style, de créativité. Ça n’arrêtait pas de me surprendre. J’ai tout aimé avec une petite difficulté sur le free. J’ai suivi très attentivement les changements perpétuels depuis 1940 sans jamais me lasser. J’ai une petite baisse d’intérêt à depuis les années 90. Aujourd’hui les musiciens sont toujours techniquement exceptionnels. Le grand changement actuel est la variété des courants, car la vertu du jazz est celle de s’approprier toute sorte de culture pour en faire son miel.

JA : On ne peut pas parler de tous les musiciens que vous avez aimés. Mais si on doit en citer un ou deux ?

BT : On va dire trois. Une grande surprise fut le deuxième quintet de Miles avec Herbie Hancock, Ron Carter Wayne Shorter etc.. . Un grand choc, quelques minutes pour me remettre, et ce concert fabuleux à Jazz à Juan. Un autre choc a Paris celui-là, j’ai assisté au concert de Don Cherry et Gato Barbieri au Chat qui pèche. Je dois avouer que j’ai une passion pour les grands orchestres, particulièrement celui de Thad Jones – Mel Lewis au Village Vanguard de New York. Et surtout un saxophoniste créatif Michael Brecker qui a trouvé un langage nouveau et qui a influencé bon nombre de musiciens contemporains..

Nous avons continué longtemps encore. Un amoureux et passionné ne s’arrête jamais. Au pas de la porte, il me lance ; « LE JAZZ C’EST MIRACULEUX » Bonsoir Monsieur Taride.

http://www.bernardtaride.fr

Ecrit par Jacky Ananou

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