#Interview : L’alchimie de Yaron Herman

Une nouvelle fois le pianiste israélien, Yaron Herman a fait halte sur la Côte d’Azur, invité par Imago record production pour la sortie de son nouveau CD Songs of the Degrees (1), un enregistrement en douceur qui va satisfaire autant les amateurs de Jazz que de musique classique.

Les quelques phrases prononcées face à la presse par Yaron Herman vous guident sur son parcours musical… c’est l’exploration qui m’intéresse plus que la note parfaite…si je savais ce que je cherche, je risquerais de le trouver et ça pourrait être la fin…dans la musique de jazz, on s’élève en cherchant et on devient créatif. Créatif, il le fut très vite dans la mesure où son premier prof fut Opher Brayer, un jazzman convaincu que philo et maths font un bon musicien. Résultat pour l’élève qui décroche à 18 ans un prix Talent Junior avant d’enregistrer deux ans après son premier album (2) et en 2008 et 2009, rebelote pour desVictoires du Jazz. Depuis il poursuit la route tracée par son premier mentor lors de conférences dans le monde entier et bien sûr concerts et festivals font partie du voyage de l’alchimiste.

En fait vous vous posez sans cesse des questions ?

Yaron Herman : Oui oui, mais je n’ai pas toujours des réponses… l’expérience de chercher, d’explorer dans le moment idéal compte autant que le résultat, je suis passionné par cette sorte d’apprentissage en direct que permet le jazz, dans le temps présent sans être tenu par des notes obligatoires ou même des notes parfaites, qui jouées au mauvais moment deviennent des fausses notes… c’est une alchimie de l’instant même, de l’intention derrière la note, de l’émotion, des connaissances harmoniques et mélodiques, c’est une alchimie qui englobe le présent, le passé et l’avenir où la justesse de la note est mesurée à la justesse de son emplacement.

Quelle est la place de la mélodie dans vos compositions ?

Yaron Herman : La mélodie fait partie de la narration, le but de l’artiste est de raconter quelque chose de personnel, mais il faut se connecter à l’universel, cela englobe forcément une étape à laquelle on se cultive… on ne peut pas faire pousser une plante sans l’arroser, il y a donc pour moi une phase d’arrosage intellectuel et culturel pas simplement tourné vers la musique…quand on joue le thème par exemple on essaie que l’auditeur le retienne entre les improvisations…si vous n’avez rien à dire, ça sonnera dans le vide, il faut du sens, du contenu, mais il faut se nourrir et laisser une place afin de recevoir un peu plus que sa petite expérience ?

Pourquoi aimez-vous en particulier le piano solo ?

Yaron Herman : Bien sûr on a une grande liberté, mais on est seul avec obligation de ne pas faiblir, on est la source, l’émetteur et le récepteur de ce qui se passe, c’est une réelle confrontation avec soi-même… il faut avoir préparé des munitions… il faut être prêt avec cette solitude.

Quelle musique écoutez-vous et quelle est votre écoute des musiciens qui vous ont précédé ?

Yaron Herman : J’écoute du jazz bien sûr, mais aussi du rap et de la pop, d’ailleurs à mes débuts j’étais fan de ces tendances, mais jouer certaines musiques très jazz est difficile et parfois un peu racoleur, mais tous les styles se nourrissent mutuellement. Quant aux musiciens qui m’ont précédé, ce serait un mauvais oubli, par exemple pour moi de ne pas écouter Coltrane et Shorter… je vous parlais de garder une place dans la conquête d’un son et donc je pense à tous ceux qui se sont posé ces questions avant nous, ils ont un vécu qui a nourri l’histoire du jazz et il ne faut pas les exclure de notre expérience, ils devraient dire certainement… « ne faites pas ce que je fais, mais cherchez ce que j’ai cherché »… en tous cas j’essaie de transcrire ce précieux héritage afin de prétendre créer quelque chose de nouveau et aussi de donner de la transparence à ma musique.

C’est le moment des vacances, si vous passez par Montreux, en Suisse, pendant le célèbre festival, n’hésitez pas à vous arrêter, il sera là, car il est entre autres impliqué dans la compétition Montreux Jazz Solo Piano qui prépare les prochains alchimistes du jazz.

  1. Chez Universal avec Ziv Ravitz à la batterie et Sam Minaie à la contrebasse
  2. Takes 2 to Know1 

www.yaronherman.com

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

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