#INTERVIEW Manu Carré

Saxophoniste, compositeur, enseignant au Conservatoire de musique de Menton, Manu Carré sort un deuxième album « Labyrinthe » et répond aux questions de Gilbert d’Alto.

Gilbert d’Alto : Manu Carré, un nouvel opus, « Labyrinthe » qui vient tout juste de sortir, toujours avec votre groupe électrique « Manu Carré Electric Five » (Manu Carré, sax ténor et soprano, Florian Verdier claviers, Aurélien Miguel, guitare, Nicolas Luchi, basse, et Félix Joveniaux, batterie). En quoi diffère-t-il se son prédécesseur « Go » ?

Manu Carré : La différence principale, c’est qu’on ne s’est pas préoccupé de savoir si on jouait du jazz, du rock, du blues ou autre chose.., l’important c’est que l’on continue de jouer ensemble, et que l’on ait un projet commun, ce qui est assez rare dans ce milieu.

GDA : Vous citez Weather Report, et en particulier son co-fondateur Joe Zawinul, comme une influence déterminante pour vous et votre musique, et sur ce groupe dont vous êtes le principal compositeur, en quoi Joe Zawinul vous inspire-t-il ?

MC : Eh bien lorsqu’on écoute Weather Report, on a un pianiste qui vient du jazz « classique » (Cannonball Adderley, Dinah Washington) mais quand il forme son groupe, il laisse éclater ses multiples influences, en particulier ses origines hongroises et tziganes. Il y a d’ailleurs sur l’album un morceau « Bax » pour basse et sax, inspiré des expériences de Weather Report, époque Jaco Pastorius.

GDA : Vos origines justement, elles sont importantes dans votre musique, vous venez de Picardie, vous avez commencé par le rock, vous étiez inspiré par Clarence Clemons (saxophoniste de Bruce Springsteen, aujourd’hui décédé. NDLR) puis vous avez découvert le jazz ; que vous avez développé, et vous êtes également professeur au Conservatoire de Menton, ville où vous demeurez. Est-ce que tout ça est présent dans « Labyrinthe » ?

MC Bien sûr, mais pas seulement dans «  Labyrinthe », dans ma musique en général.

GDA : Pourquoi ce titre « Labyrinthe », justement ?

MC C’est parce qu’on entre dans la vie comme dans un labyrinthe, on ne sait pas toujours où on veut aller puis on le découvre peu à peu, on fait des choix, et c’est pareil dans la musique, spécialement dans ce groupe, on se découvre petit à petit, en faisant murir les choses, et en finalité à leur donner du sens.

GDA : Est-ce que vous ferez votre la devise de Joe Zawinul pour Weather Report « We always solo and we never solo » ?

MC Oui, en ce sens que dans ce groupe, nous ne jouons pas à la manière d’un orchestre de jazz, où on expose le thème et puis chacun fait son solo, et on revient au thème, ce qui est une manière de jouer que j’aime beaucoup aussi, et que j’ai d’ailleurs pratiquée récemment avec Linus Olsson. Mais dans l’Electric Five, nous essayons plutôt de jouer sur les couleurs, sur les changements de rythmes, d’installer des climats.

GDA : Que pensez-vous du public niçois et de la scène musicale azuréenne en général ?

MC : Il y a dans la région un bon nombre d’amateurs de jazz et de musique vivante ; attentifs et éclairés, et un extraordinaire vivier d’excellents musiciens, tellement que je ne peux pas tous les nommer, mais peu d’endroits où jouer. C’est pourquoi nous voulons exporter notre musique ailleurs, reprendre le minibus et partir sur les routes de France et jouer partout, et à l’étranger aussi, Allemagne, Suisse, Belgique.

GDA : Comment trouvez-vous les titres des morceaux ?

MC Dans toutes les situations me viennent des idées de morceaux. Par exemple « Rain ID » vient des terribles inondations de l’automne 2016, pendant lesquelles je me suis retrouvé coincé toute une nuit dans ma voiture, « Vendredi 27/4″ n’est pas le vendredi 27 avril, mais la métrique du morceau. J’essaie aussi d’avoir un peu d’humour, par exemple le morceau « Chat feule » est basé sur un shuffle, le plus vieux rythme de la musique afro-américaine, qui a servi de base au blues, au jazz et à tous leurs dérivés. Voilà.

GDA : Des projets parallèles à l’Electric Five ?

MC Oui, je me produis également en duo avec le pianiste Benjamin Frischi, pour une musique entièrement acoustique et complètement différente de celle de l’Electric Five.

GDA : Manu Carré, merci.

Manu Carré Electric « Labyribthe » – Acm Jazz – 2017

www.manucarre.com

Ecrit par Gilbert D'Alto

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