Interview – Sebastien Chaumont

seb chaumont
Seb pour les aficionados du saxophoniste niçois Sébastien Chaumont, depuis une dizaine d’années, il est l’une des figures du jazz azuréen, un jazz très diversifié avec toutes ses tendances dont celle de Seb qui est dans la plus pure ligne de Charlie Parker avec des notes qui swinguent celles qui marquent les grands standards dans l’histoire du jazz.

Impossible de ne pas l’avoir entendu aux quatre coins du département avec une renaissance des clubs (1) depuis plusieurs années en particulier à Nice. Droit devant son micro, petite veste en tweed, l’artiste joue sans partition, même s’il n’hésite pas à dire qu’il est autodidacte… Il connaît la musique… Un musicien qui depuis des années travaille 8 heures par jour et qui a su profiter parfois de bonnes rencontres.

J’ai eu la chance de travailler directement avec un percussionniste qui était dans la région, il s’appelle Daniel Maldonado, c’est un portoricain de New York qui s’était perdu en région PACA… Ensuite, j’ai enchaîné avec un groupe de musique caraïbe, reggae, funk avec Albert Marolany et puis, ensuite, je suis parti à Londres. J’y ai rencontré une bande de zigotos dont le pianiste Olivier Slama et c’est eux qui m’ont branché à l’époque sur le hard rock et le be bop. Je suis passé de Maceo Parker à Charlie Parker directement et, à partir de là, ça a été un enchaînement de rencontres… La pierre angulaire, ça a été Bibi Rovere, il a été mon premier maître de musique qui m’a transmis la musique tonale. Ensuite il y a eu François Chassagnite, Fred d’Oelsnitz. On a développé tout un projet, on avait monté le Mosaïque Quartet qui a fusionné avec Chassagnite pour créer le François Chassagnite Quartet. On a pu se produire dans plusieurs festivals dont Marciac pendant quelques années, la Villette à Paris, Ramatuelle dans le Var. Au décès de François, moi j’ai continué avec le quartet qu’on avait monté avec Slama.

10446648_1510869765809049_9025317690305169589_nPasser de Maceo Parker à Charlie Parker, est ce une aventure particulière ?
Ce n’est pas vraiment une autre aventure, je pense que s’il n’y avait pas eu de Charlie Parker, il n’y aurait pas eu de Maceo Parker. C’est juste un retour au maître, quand on se met à étudier la musique de Bird, d’Armstrong ou de Bud Powell… Avec Maceo Parker, je faisais du funk mais c’était évident, avec Bird on est dans le génie absolu, on est dans l’association de la musique européenne avec le blues… Avec Maceo Parker, c’est une des branches de cette musique là, je la conseillerais à tout le monde. Si j’avais aujourd’hui un élève qui voulait être un alto, je lui recommanderais fortement d’étudier la musique de Maceo, ne serait ce que pour le sens rythmique et ensuite, de partir sur Bird qui est vraiment la source.

Vous êtes l’un des rares à jouer ce répertoire, beaucoup de jeunes veulent faire un jazz, disons entre parenthèses plus moderne et, vous, vous avez cette ligne, comment peut on définir cette démarche ?
Souvent, les gens font du jazz Be-bop et ils ne savent pas ce qu’il y avait avant et ce qu’il y a après quand on parle de modernité… Pour moi, c’est quelque chose de tout à fait relatif et, je ne vois pas en quoi Bach est moins moderne que McCoy Tyner puisque la musique, c’est la représentation de quelque chose qui se passe dans l’instant… Moi, je joue du Charlie Parker, c’est mon langage mais je n’ai pas la prétention même le souhait de jouer comme Parker, c’est juste mon langage, la musique modale, c’est juste une école de musique classique… Pour moi, l’important, c’est oser, innover mais en ayant une base solide et traditionnelle.

Vous faites souvent des voyages à New York, ça vous apporte quoi ?
New York, pour moi, c’est au-delà de la musique, c’est très personnel. J’aime cette ville, j’aime les rues, j’aime les gens, j’aime le temps qu’il fait là bas, j’aime l’Amérique. J’ai des copains musiciens, on a un projet très sérieux… J’ai enregistré un album avec le quartet niçois, il y a deux ans et on l’a sorti officiellement aux Etats-Unis sur un label qui s’appelle iTi Records Warrent Music. Le producteur s’appelle Michael Dion et c’est un copain de McLaughlin. A mon dernier voyage, j’ai enregistré un deuxième album avec Marc Decise au piano, Fuku Tanaka à la batterie et Hassan Shakur à la contrebasse.

Revenons en France et plus précisément dans les Alpes Maritimes où je vous ai entendu cet hiver dans l’église de Biot au côté du saxophoniste Bob Martin (2) dans ce lieu vous avez parlé de spiritualité et de l’art en général ?
La spiritualité, c’est très important quelque soit la forme dans laquelle elle se manifeste… J’aime toutes les religions, j’aime m’entretenir avec les gens et ce qui m’intéresse par exemple c’est d’amener la musique dans ces lieux parce que ça touche parfois un public différent, on n’est pas dans une salle anonyme… On écoute mais on voit autre chose… L’atmosphère du lieu et la musique donne un autre son… Je suis un fan de Woody Allen quand il parle de son athéisme, c’est un sujet qui me touche… Je vois aussi beaucoup d’analogie entre tout ce qui touche l’art et en particulier l’art religieux et la musique, je retrouve un peu les mêmes structures… On a tendance à oublier que ce sont des grands artistes qui bâtissent tous ces endroits, les architectes qui ont fait les plans, les maçons qui ont construit, les artistes-peintres qui ont peint sur les murs, ces dizaines de corporations pour un même but, comme un grand orchestre finalement qui enregistre après avoir longuement répété, il laisse une oeuvre…

En dehors de la musique, qu’est ce qui vous intéresse ?
Tout rentre dans mon univers musical, je ne ferais pas de musique si je n’allais pas écouter des concerts symphoniques, si je n’allais pas à l’Opéra, si je ne me rendais pas au théâtre… Je suis aussi un boulimique de lecture, j’ai la même démarche avec la littérature qu’avec la musique, il y a des maîtres, des incontournables… Je suis aussi très branché sur l’histoire des religions. Je suis un grand fan de Mircea Eliade, c’est un écrivain roumain. J’aime bien un peu de littérature japonaise. J’aimerais lire plus de romans, je lis beaucoup en anglais, je lis Woody Allen et Steinbeck… C’est comme la nourriture… j’aime bien le Mac Do mais j’aime aussi les bons restos où le cuisinier a pris son temps pour mijoter son plat… Lui aussi compose… Si tu arrêtes de te nourrir, tu meurs, si tu arrêtes de nourrir ton esprit, c’est pareil.

Quelle est la part de vos compositions et celle des standards ?
Moitié moitié… et dans l’orchestre actuel, il y a autant de compositions d’Olivier Smala que de moi, on coécrit pas mal de trucs… J’ai autant de plaisir à dénicher des standards, de les jouer et de les arranger que de composer. J’ai la prétention de swinguer et d’avoir des mélodies qui tiennent la route…

On ne vous voit jamais avec une partition, est ce que vous faites partie de ces musiciens qui ont la plus belle oreille du monde ?
J’ai la plus belle oreille de mon monde à moi… çà, c’est sûr…

Au revoir Nice, bonjour New York ! Sébastien a déjà préparé sa valise, il devrait enregistrer là-bas un 3e album avant de revenir sur ses terres pour une première expérience au saxophone ténor avec le trompettiste Ronald Baker.

1- A Nice, les lieux les plus réguliers : La Cave Romagnan, le BSpot, Le Shapko.

2- Il a travaillé 20 ans avec le batteur américain Buddy Rich, notamment dans son Big Band dans les années 60.

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

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