JAZZ ET POLAR Jusqu’au Bout du Bleu

Portrait Jean Claude IZZO

jean-claude-izzo« Hassan avait laissé filer l’album de Coltrane et Ellington. Ils attaquaient « Angelica » Une musique qui parlait d’amour. De joie. De bonheur. Avec une légèreté capable de réconcilier n’importe quelle tristesse humaine avec l’envol d’une mouette vers d’autres rivages. » Ces phrases sont extraites d’un des romans de Jean Claude Izzo, Solea, le dernier de la trilogie marseillaise consacrée à Fabio Montale.

Amoureux des mots- il avait commencé l’écriture par la poésie- de sa ville natale Marseille, le personnage principal de tous ses romans mais peut être que la musique l’emportait sur toutes ses autres passions. Toutes les musiques, intitulant le premier tome de la trilogie Total Cheops et le deuxième, Chourmo, références aux groupes marseillais IAM et Massilia Sound System.Total-Kheops_1471

Avec une prédilection pour cette note bleue que son personnage principal va si souvent écouter dans les hauts lieux du jazz de la cité phocéenne. Citant Jim Harrison au début de son premier récit, « Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des histoires », l’écrivain en fait son projet d’écriture : raconter sa ville, ses habitants, le passé du petit Fabio Montale, fils d’émigrés italiens, chassés du quartier du Panier en 1943 ou chantant les chansons de Renato Carosone dans le cabanon des Goudes. Montale est d’abord flic mais dégouté par certaines pratiques il démissionne. Avec « un cœur gros comme ça », il aidera ensuite ses amis, ou tout simplement quelqu’un qui est dans le besoin, dans la détresse, souvent à cause de sordides magouilles qui les dépassent. Ces romans se déroulent dans les années 90, les trafics sont toujours plus nombreux, souvent coordonnées par des gens des  » beaux quartiers », et le Front National commence à s’implanter, y compris dans les cités nord de Marseille. Pour lutter, l’ex-flic n’a que quelques solides convictions, des amis indéfectibles, quelques belles histoires d’amour et la musique. Pas de quoi être particulièrement optimiste, et le ton des romans est souvent sombre, contrastant avec la lumière éblouissante et les ciels d’azur que l’auteur dépeint avec émotion voire tendresse. Et puis, il y a les moments conviviaux où Montale partage un repas, un plat, avec Honorine, sa voisine, ou bien encore Féfé, il concocte d’ailleurs de délicieux plats provençaux, et l’on salive au parfum des beignets de langue de morue ou bien encore de la bouillabaisse qu’évoque ce gourmand polardeux. La musique ne le quitte pas : » Je m’étais mis à la cuisine tôt le matin, en écoutant de vieux blues de Lightnin’ Hopkins. Après avoir nettoyé le loup, je l’avais rempli de fenouil, puis l’avais arrosé d’huile d’olive. » Tout un programme.

Il nous faut évoquer aussi le magnifique « Les marins perdus », écrit en 1997 où celui qui a tant erré sur les quais raconte les destins de quelques marins, abandonnés sur un vieux rafiot en rade de Marseille par un armateur pourri. Le grec, le libanais, le turc ne peuvent quitter ce bateau, leur seule maison, leur seul repère. Un récit pétri d’humanisme et un magnifique cri d’amour à Marseille et ses habitants. La musique y est moins présente mais l’amateur pourra toujours la retrouver en écoutant la très belle chanson « La plage du prophète » écrit par Jean Claude Izzo pour son ami Gianmaria Testa. Le premier nous a quittés en 2000, le second, il y a quelques semaines. Consolons-nous en écoutant leurs mots, leurs notes, leurs silences.

« Et la musique n’avait de sens que si elle avait du cœur. »

Bibliographie (romans)

Total Kheops, Série Noire, Gallimard, 1995 rééd. Folio policier
Chourmo, Série Noire, Gallimard, 1996 rééd Folio policier
Les marins perdus, Flammarion, 1997, rééd. J’ai Lu
Solea, Série Noire, Gallimard,1998 rééd. Folio policier
Le soleil des mourants, Flammarion, 1999, rééd. J’ai Lu

Ecrit par Jacques Lerognon

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