#Jazz & #Littérature : Coltrane, l’homme avisé

On a déjà beaucoup lu sur la vie de John Coltrane. Articles et biographies sont déjà nombreux et pourtant cet ouvrage de Nicolas Fily n’est pas qu’un livre de plus sur le saxophoniste de Caroline du Nord. Le parti pris de l’auteur est de raconter la musique de Coltrane plutôt que sa vie personnelle même si elles sont intimement liées.

Il n’évoque Naima, sa première femme, que parce qu’elle donne son prénom à l’une des plus belles compostions du saxophoniste ou Alice, la seconde, quand elle prend la place de McCoy Tyner derrière le piano du groupe.  Ce « Wise One » est, de fait, une bio-discographie, chaque album, est étudié dans l’ordre chronologique de son enregistrement (les bandes du récent « Both Directions at Once » paru en 2018 datent de mars 63). Chaque thème est scruté du point de vue de l’auditeur, mais aussi du musicologue. En 1955, Coltrane joue encore avec Miles Davis, Fily aborde le LP « Workin’ », et nous dit: « Dès l’introductif « Just Squeeze Me », on sent poindre le futur style de Coltrane quand il succède à la beauté du solo de Miles. Le son est chaud, mais déjà poussé par une certaine forme de fulgurance et subtilement porté vers l’aigu. ». Le style de Coltrane évolue, de chapitre en chapitre, de Dizzy à Pharoah Sanders, ses compagnons de route, de studio. Nicolas Fily nous guide dans les méandres de l’abondante production de Trane, pointant les mutations dans le jeu, dans l’inspiration, l’apparition de la spiritualité, jusqu’à son plongeon dans le free jazz. Et c’est cette dernière partie du récit qui est la plus passionnante. Fily tente, tout en gardant quelques réserves, une défense et illustration de cette période décriée par beaucoup.  Il dit à propos du fameux « Live In Seattle » de 65, « il n’y a plus de hiérarchie, mais un panorama de notes. Le résultat est une musique anarchique et difficile pour qui ne s’est jamais évadée des carcans de la musique tonale traditionnelle ». Néanmoins, il montre comment l’évolution spirituelle puis politique de Coltrane est isochrone à celle de son jeu. Le free jazz et le Black Power sont intimement liés. Les fulgurances du saxophone répondant aux revendications radicales des Black Panthers. Référence absolue pour de nombreux amateurs de jazz, Coltrane est devenu, comble de la spiritualité, le St John d’une église de San Francisco. Un livre à lire avec une bonne pile de 33T prêt à l’usage pour en savourer la substantifique moelle.

Nicolas Fily « John Coltrane The Wise One » éditions Le mot et le reste – 2019

Par Jacques Lerognon

Ecrit par Jacques Lerognon

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