#Jazz & #Littérature : Hampton Hawes avec Don Asher « Lâchez-moi »

La maison 13ème note éditions, spécialisée dans la littérature américaine, a publié il y a déjà 5 ans cette passionnante autobiographie du pianiste Hampton Hawes, (1928-1977) géant du jazz West Coast et disciple fort doué de Bud Powell, qu’il n’était pas loin d’égaler.

On traverse avec ce livre, originellement publié aux États-Unis en 1972 sous le titre « Raise up off me » et fort bien accueilli, une période clé du jazz qui va de la fin des années 40 jusqu’au début des années 70. On découvre aussi un personnage attachant, malgré ses nombreux travers, dont l’addiction à l’héroïne n’est pas le moindre. Une vie faite de frasques, de musique, de rencontres passionnantes (Bird, Miles, Coltrane, Bud, Monk, Dexter Gordon, Billie Holiday, Chet Baker, Sonny Rollins, tout le gotha du jazz moderne est présent dans ces pages), mais aussi de souffrances et de déboires (cinq ans de prison pour détention de stupéfiants qui se terminèrent sur une grâce présidentielle par John F.Kennedy lui-même dont la lettre est reproduite dans ces pages). Néanmoins Hampton Hawes, ne se départit jamais de son humour, en particulier dans l’épisode de son service militaire en Corée du Sud, et sa rencontre touchante lors de ce service avec une prostituée junkie dans une maison close. Ses réflexions sur la musique sont également passionnantes, surtout lorsqu’à sa sortie de prison, il découvre un jazz tout à fait différent de ce qu’il a connu. Le jazz-rock est arrivé, le binaire aussi, l’acoustique ne fait plus recette, il tente de se greffer à ce mouvement, mais le cœur n’y est pas vraiment. Lui qui était un très grand pianiste de be-bop, dont la technique avait impressionné Art Tatum lui-même, ne se retrouve pas dans cette modernité-là. Il grave encore quelques faces, puis s’éteint, victime de ses excès, a 48 ans. Pour se rendre compte de son génie, accompagnez votre lecture de ses disques, par exemple les trois volumes réunis sous le titre All Night Session, ou encore le superbe For Real enregistré avec Scott La Faro. Un artiste méconnu par ici, sauf par quelques spécialistes (et par Martial Solal qui le vénérait et avec qui il enregistra un album en duo). À redécouvrir de toute urgence.

Ecrit par Gilbert D'Alto

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