#Jazz & #LITTERATURE Vernon Sullivan / Boris Vian en BD

Au milieu des années 1940, le poète, écrivain, dramaturge, musicien et critique de jazz Boris Vian crée le personnage de Vernon Sullivan. À une époque où les romans policiers d’outre-Atlantique connaissent un grand succès en France, cet alias américain, dont Vian prétend au départ n’être que le traducteur, permet à son auteur de s’essayer au roman noir et d’explorer ainsi tout un nouveau pan de sa littérature – et sans doute d’assouvir quelques fantasmes secrets… et de remplir son escarcelle car ses romans « classiques » ont du mal à se vendre !

Violents, crus, sexuellement explicites, ces romans choquent les bien-pensants de l’époque, en particulier les sympathisants communistes, très puissants à ce moment là (le P.C. frôle alors les 20%) et toujours prompts à condamner la décadence morale américaine (nous sommes au début de la guerre froide), et réclament (en vain) l’interdiction de ces romans.  Car, en ces années de post-libération, tout ce qui vient de chez le libérateur Yankee est pain béni : cigarettes blondes, chewing-gum, whisky et surtout films et romans. Mais en Amérique, tout est loin d’être rose : les soldats noirs rentrés au pays découvrent, après avoir été décorés et fêtés en Europe, que chez eux, rien n’a changé, le racisme et la ségrégation sont toujours présents. De cette amère déception, naîtra une nouvelle forme de jazz, lyrique et déchiré, le be-bop, dont Boris Vian se fera l’ardent défenseur. Quant à la société américaine, dans son ensemble, elle ne va pas très bien. Les inégalités entre riches et pauvres s’accroissent, suite logique, la criminalité aussi ; de ce fait, la « machine à rêves » d‘Hollywod accouche d’un nouvel enfant, beaucoup plus réaliste : le film Noir, peinture désespérée de ces tensions, évoquées dans des drames policiers très chargés en symbolique. Boris Vian, amoureux du polar et de la Série Noire (il fut le traducteur de Raymond Chandler) trempe alors sa plume dans ce vitriol là, pour ces romans dont la noirceur n’a d’égale que la violence.
Le Jazz bien sur, tient une place importante dans ces livres, non seulement parce que Boris Vian l’aime plus que tout (« seules deux choses ont de l’importance dans la vie » dira-t-il « l’amour des jolies femmes et la musique de jazz »), mais aussi parce qu’il est la bande- son d’une certaine modernité qui voit poindre les années soixante. Ainsi, l’action se déroule souvent dans ces clubs de jazz, dont Boris Vian, est un habitué… Il s’est simplement contenté de transporter le cadre de l’action de Saint-Germain- des Près dans Manhattan...

Evidemment, ces histoires d’une grande intensité dramatique ne pouvaient manquer d’intéresser le cinéma, et en 1958 une adaptation de « J’irai cracher sur vos tombes » fut mise en chantier par le désormais retraité Michel Gast, avec Christian Marquand et Antonella Lualdi dans les rôles principaux. Le film sorti en 1959 et eut un certain succès, grâce à l’odeur de scandale qui le précédait. Ironiquement Boris Vian, qui désapprouvait totalement l’adaptation de son roman, subit un arrêt cardiaque dans la salle au début de sa première projection…

Alors qu’en-est-il de ces 4 adaptations BD de l’oeuvre de Vian / Sullivan ?  Eh bien disons le franchement : c’est une réussite ! Bien présentés dans quatre  beaux albums, ces histoires et ces dessins y gagnent une clarté et une simplicité d’approche des plus agréables, qui  tempèrent (un peu…) la noirceur du propos. Une redécouverte  jubilatoire ! Un must de la rentrée.

« J’irai cracher sur vos tombes » « Les morts on tous la même peau » « Et on tuera tous les affreux » « Elles se rendent pas compte » Editions Glénat.

https://www.glenat.com/bd/collections/vernon-sullivan-boris-vian

Ecrit par Gilbert D'Alto

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