NOUVELLE : Dialogue avec le saxophone

Dialogue avec le saxophone

Selon je crois des dires, le saxophone par son apparition plus ou moins serpentesque, plus ou moins lumineuse en chrome avec sa tessiture qui s’étend du si grave au fa aïgu, annonce un heureux présage.

Saxophone

Vous allez pouvoir en juger.

Alors que je courrai dans les rues d’Alep, Alep mon amour …

Au sol, un nuage de poussière colossal s’éleva sous les feux des parties en fumée. Le choc de l’explosion du bombardement toucha jusqu’à la moelle.

Un immeuble venait d’être frappé et s’écroula sous ses habitants.

Les yeux exorbités et pris de panique devant la découverte macabre des corps et la folie des hommes, je m’enfuis, comme des milliers de personnes, laissant derrière moi, la cité millénaire qui renaîtra de ses cendres, grâce au Saxophone  qui a inventé une liberté comme une vision du monde, une respiration différente.

Où crier à la face du monde mon inquiétude ?

Avec qui dialoguer ?

Mon voyage sera donc immobile.

Je me souviens d’une scène de saxophone presque incongrue  en Orient.

Ce fut un temps béni de paix, suspendu.

Un saxophoniste s’était hasardé dans les souks d’Aleph.

Oui, le saxophone comme dialogue, plus puissant que toute cette absurdité de la guerre, avec sa verve inépuisable que l’on ne peut faire taire.

Les notes plus puissantes que les mots !

Je l’écoutais pendant des heures.

Je sentis comme des tambours  secrets des nuits, haïtiens ou africains qui soufflaient du saxophone.

Que semblait-il dire ?

Son histoire, celle du continent Africain au roulement de tambours, celle qui s’exprimait dans l’indicible, lorsqu’ils chantaient dans le son de la culture des champs de coton, sous le poids de l’esclavage, leur propre histoire musicale comme une lointaine racine, le son comme le prolongement d’une  pensée, celle de Senghor, d’Aimé Césaire.

Mais aussi, l’expression du champ des possibles, de la modernité, de l’insolence, de la liberté.

  • Vous connaissez cet air ? me dit-il.

J’en ai d’autres à votre service !

Et Duke Ellington, vous l’aimez ?

Avez-vous jamais entendu Count Basie ?

Il connaissait tous les virtuoses.

Cette rencontre, forte, fraternelle, fut celle aussi d’un style de musique, à l’image d’une vie rêvée, d’un langage commun.

Il y a quelque chose, quand on entend le saxophone de suave qui réjouit, qui étonne.

J’entends ces sons qui mordent d’abord l’oreille  puis la caressent, ensuite l’enveloppent de mélodie !

Et là, ce que j’éprouve, c’est comme si je revenais trois ou quatre fois à la vie, trois ou quatre fois à la mort.

Ecrit par Brigitte Dhrey

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