Persona Non Grata


C’est le cœur meurtri et choqué devant les images de mon poste de télévision que je prends la plume chers lecteurs. Décidément de tous temps les hommes ont eu la fâcheuse tendance de croire que leur race se devait d’être supérieure à celle des autres. Et c’est bien entendu l’actualité qui me conduit, une fois de plus à cette réflexion.

Les individus qui, sous le feu des projecteurs ces derniers jours à Charlottesville en Virginie ont démontré une telle violence, existent depuis toujours et ce n’est pas les huit années progressistes qui viennent de passer qui ont changé quoi que ce soit aux choses.

Bien cachée quand elle n’était pas simplement camouflée des médias, la haine était bien vivante. Tenace avec son terrible cortège d’idées nauséabondes.
Ce qui m’intéresse n’est pas uniquement politique.

C’est bien plus profond.
Fan de Jazz et de son afro américain, je connais le réel apport de cette communauté à la culture universelle. Malcolm X, Martin Luther King et Angela Davis ne sont pas que des wallpapers pour habiller nos gadgets connectés. Il en est de même des nombreux artistes qui en plus d’exercer leur passion, nous ont fait découvrir le charme lointain de leurs contrées à travers la rêverie souvent.

Ils étaient et sont fiers de leur pays qui trop souvent les confère à une minorité ethnico artistique « fréquentable » pour les plus connus. Que serait la musique actuelle, celle de nos glorieux ainés sans le blues ?

Musique de l’âme par excellence, fille du gospel et née dans les champs de coton, son influence sur la scène mondiale est indéniable.

La trilogie électrique de Bob Dylan, le British blues boom et des pléiades de groupes s’en réclament. Les pionniers du blues s’exprimaient devant leurs condisciples mais l’auditoire à vite atteint une plus grande assemblée. Et fort heureusement pour la musique !

Il en est de même bien entendu pour le jazz. Curiosité à ses débuts pour les uns, tropicalisme pour les autres, le jazz d’il y a cent ans fut vite tendance, au point d’être «blanchi» pour les besoins de l’establishment …

Pathétique mais d’époque vous allez me dire. Il était temps pour la génération des GI’S, pas trop noirs pour aller se battre en Europe, de s’exprimer à travers une musique à nouveau bien à eux et le Be Bop fut cette nouvelle voie. Je viens de réécouter les albums du Bird dont «  Now’s the time »

Bien reçus dans le Paris et l’Europe libérée, certains y restèrent jusqu’à la fin de leurs jours. La suite allait être croustillante car il était temps de faire bouger le curseur pour la communauté bonne comme chair à canon mais encore trop méprisée au pays.

Le Hard Bop allait être la bande son des droits civiques et Art Blakey avec sa façon de faire sonner sa batterie en hommage aux percussions africaines en sera un des chefs de file, puis Charles Mingus composera en 1959 Fables of Faubus en réponse au racisme du gouverneur de l’Arkansas Orval Faubus et John Coltrane emboîtera le pas avec Alabama suite à un attentat dans une église de Birmingham.

Mouvement multi racial par son implication, les droits civiques apportèrent une première lueur d’ espoir dans l’Amérique de Kennedy. Les jazzmen allaient s’engouffrer dans la brèche qui s’offrait à eux.

Nombreux sont les albums « politiques », souvent free, gravés par les musiciens de jazz dans les années 60/70, ceux d’Archie Shepp par exemple et les petits labels comme Black Jazz entre autres allaient contribuer à la mise en avant d’une culture Afro underground aux Etas Unis.

Je pourrai vous parler de la désillusion que furent les meurtres du Pasteur King, de Malcolm X et de la radicalisation à travers le mouvement Black Panther. Je pourrai encore vous narrer les années 80 et l’avènement du mouvement Hip Hop qui dénonça à son tour les exactions policières. A ce propos Public Enemy travailla avec Archie Shepp toujours présent pour la lutte. Au milieu de mon flow j’ai peur de tomber dans une forme de dégoût à force…

Mais la jeune garde est bien là avec sa façon unique de faire sonner les notes, son groove inné et son implication .
Je recommande par ailleurs, l’excellente série de Daniel Glover : Atlanta, qui en soi est un constat cinglant sur la situation sociale des afro américains actuellement.

Il est tard, j’éteins la lumière et me plonge dans le noir …

Ecrit par David Rompteau

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