#Portrait : « BASH » jazz with Jowee Omicil 

Saxophoniste surdoué, travailleur acharné, Jowee Omicil est un souffleur multi-instrumentiste porteur d’un jazz décomplexé. Des racines des territoires de l’afrobeat, à la pop, et au gospel, son jazz est coloré.

Son vœu pieux « que le Jazz redevienne populaire ! ». Né en 1977 à Montréal de parents haïtiens, il découvre le saxophone à l’église de son père pasteur avant d’intégrer le prestigieux Collège of Music of Berkley à Boston (USA). En 3 mois, l’étudiant adopte l’instrument et explore ses variations. Soprano, alto, piccolo, clarinette joue dans les clubs et sur scène. Touche à tout, il mêle ses racines aux musiques du monde jazz, hip-hop, groovy and soul. Taille sa route, joue avec Branford Marsalis, Richard Bona, Marcus Miller, Wyclef Jean… Le RH Factor de Roy Hargrove qui l’encourage à se lancer dans une carrière solo.

L’artiste polyglotte et nomade, qui s’installe à Paris en 2006 est toujours en mouvement et en quête de nouveaux sons. Il voyage, élabore.

J’improvise en touchant à tout. Dans mon école, il faut oublier la partition pour intégrer de la vie. Quelque chose d’organique qui me surprend ainsi que l’auditoire. J’ai commencé avec Let’s Do This, en 2006, puis parlé de mes racines dans Roots and Groove, en 2012. Deux ans plus tard, je me suis mis à nu dans Naked.

Jowee Omicil joue comme il l’entend son jazz… accessible, sucré. Fabriqué comme un rhum arrangé, potion magique dont on ne se défait pas. Un philtre d’Amour. Un jazz sans frontière. Au gré des enregistrements, mélodies, frappes délicates des tablas indiens, enchâssent les sons boisés de Guinée à la juste verticale d’acier libératrice d’un souffle free. Le globe-trotter marie sans retenue les langues symphoniques, hip-hop, créoles. Les phrases tutoient avec insolence le jazz d’Ornette Coleman avec qui il établit une relation de proximité pleine de déférence. Son crédo, BASH… Beauté ascendante pour une Société Honnête. Le terme inventé par Jowee est la clé de ses compositions, sa philosophie.

Let’s Bash (aimons-nous) en 2017 s’affirme comme un premier album international. Enregistré lors d’une session-fleuve de 4 jours, la marque de fabrique du processus de Jowee Omicil. La musique est inspiration, libre, spirituelle. Il s’explique :

J’aime enregistrer tous mes musiciens dans la même pièce, sans écouteurs et en cercle. Ça se fait peu de nos jours. Le but, c’est d’avoir un son chaud, acoustique, qui aboutisse à une communion musicale. Quand on met des frontières, on sépare… J’ai l’opportunité sous le parapluie du jazz d’avoir des mondes musicaux fusionnels.

Jowee « Bash » n’arrête pas le flow lorsqu’il enregistre : Douze titres, douze ambiances. Let‘s Bash rend hommage à ses figures tutélaires, à des lieux géographiques, des traditions musicales, tonalités hypnotiques. En ouverture, il joue hip-hop et groovy qu’il adresse au monde entier. Une biguine puis reconstruit un pont d’Avignon, fait un détour par le blues des Tinariwen, les musiques du Cap-Vert en hommage à Luis Morais. Twa groove! le jazz world de Bash est joyeux » Love Matters en 2018 est cette profession de foi. L’album a été engendré dans la foulée la session d’enregistrement d’Avignon. Pour Jowee Omicil, le jazz est synonyme de liberté et d ‘Amour. Le musicien compositeur a mis son île au cœur de ce nouvel opus. Les racines se mêlent aux cultures du monde, référencent ses mentors Charlie Parker, Wayne Shorter, Miles Davis. Notes bleues, groovy, soul, hop, rendent hommage à Fela Kuti, Mozart et Thelonious Monk, au Moyen-Orient. Il traverse la génération jazz hop world.

« Y pati » sorti le 11 décembre est le dernier né de cet appétit fusionnel. Conçu en duo avec le pianiste Randy Kerber, rencontré sur le tournage de la série The Eddy de Damien Chazelle sur Netflix. Magie du tissage émotionnel le piano de Randy Kerber et les sax de Jowee O. Bash s’osmosent. « The Long way Home », le premier titre est inspiré pour The Eddy. Souvenir de Randy au piano pour la série.

Pour « Grenadié », c’est Randy qui a entamé les hostilités. Quand on commence, on ne sait jamais trop où on va. Mais « Grenadié à l’assaut » est une expression de mon père. Une façon de se battre pour la liberté qui a inspiré le titre.

Selon Randy Kerber, l’album s’est construit comme un jazz cinématographique, avec l’envie qu’il y ait à chaque fois, une incarnation, une évocation, des images. Une progression qui mène de l’ombre à la lumière. « J.C.O » est un hommage au père de Jowee.

Randy a déchiffré des notes que j’avais gribouillées et a prolongé le morceau. Ce que joue Randy Kerber est magnifique.

La généreuse alchimie opère lors de l’enregistrement de l’ album en session unique. On y retrouve, la créolité haïtienne, le slam hip-hop, les touches coulées, le sax libre. Chaque morceau enregistré improvisé, imaginé, sans reprises ni retakes, a une histoire qui s’est jouée dans l’instant. L’Album Y pati est savoureux. Let’s just bash ! Aimons-nous ! Love matters! l’Amour compte.

Ecrit par Lawrence Damalric

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