Portrait : Ella Fitzgerald

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Ella Fitzgerald ou l’incarnation du rêve américain

Chronique sur le livre «Ella Fitzgerald» de Stuart Nicholson

”Le plus grand arbre est né d’une graine menue” (Lao Tseu). Dans le monde du jazz, la fantastique odyssée d’Ella Fitzgerald est l’une des preuves les plus flagrantes de la véracité de cet apophtegme. Sans domicile fixe, sale au point d’être repoussante, traînant ses guêtres dans les rues pauvres de Harlem, Ella parviendra à se hisser au sommet de la gloire jusqu’à devenir une icône.

Une Ella loin des clichés

Pour briser l’omerta d’Ella sur son passé et trier le vrai du faux dans toutes les fables qui ont été écrites sur son compte, Stuart Nicholson ira jusqu’à se procurer les actes d’état civil, les rapports d’école et les actes de recensement national. Il questionnera les proches de la chanteuse, aussi bien ses amis que les musiciens qui ont joué avec elle. Grâce à ce travail de détective, l’auteur nous dévoile une femme bien différente de celle que son public connaît.

Le physique d’Ella, dont elle était très complexée, a été un handicap. Lorsque le vocaliste Charles Linton présentera Ella à Chick Webb, ce dernier lui rétorquera vertement, sans même l’avoir entendue chanter une seule note : ”Tu ne vas pas mettre ça sur ma scène. Non, non, non. Dehors ! ”. Il a fallu tout le génie d’Ella pour surmonter les barrières d’un show business machiste où une vocaliste doit incarner la beauté avant de savoir chanter.

Dans sa vie amoureuse, Ella ira d’échec en échec malgré ses nombreuses aventures romanesques et finalement, sa solitude sera cuisante. La grande Ella était en manque d’amour. Douce et faible de cœur, elle sera souvent courtisée pour son argent et quelque fois même dangereusement escroquée.

C’est également une Ella étrange que nous présente l’auteur. Capable d’enfermer les souvenirs qui lui déplaisent à double tour et de mentir pour n’avoir à les révéler, Ella fera un ”black out” sur son enfance et son adolescence. Peu de personnes parviendront à obtenir d’elle des renseignements fiables, ce qui explique les versions contradictoires que les journalistes ont du échafauder pour écrire sur sa vie.

Ella était désorganisée et impulsive. Elle flambait sa fortune, mettait ses robes à la poubelle dès qu’elles étaient sales, ne savait pas prendre un billet d’avion, et passait ses rares journées libres devant la télévision à regarder des soap operas. Petite fille encore, elle était toujours entourée d’une figure paternelle : Chick Webb tout d’abord, puis Dizzy Gillespie, et enfin son manager Norman Granz, dont elle satisfera sans sourciller les moindres requêtes.

La carrière d’Ella, en long et en large

Ella pouvait tout chanter. Elle pouvait regarder un saxophoniste de bop dans les yeux et penser “Je peux faire mieux“, et le faire ! Stuart Nicholson restitue parfaitement la puissance musicale d’Ella lorsqu’il retrace la maturation de sa voix, ses influences, ses choix de répertoire et ses performances scéniques époustouflantes malgré le rythme intenable de son agenda. On assiste ainsi aux soirées du Savoy ou de l’Appolo Theater, aux rendez-vous du Jazz At The Philamonic et à la naissance des grands tubes d’Ella : “A tisket, a tasket », “Mr Paganini”, “Lady be good “, ”Flying home” ou ”How high the moon”.

Cette velléité à être exhaustif va d’ailleurs trop loin. C’est un œil impatient qui lit les innombrables détails de tournées et d’enregistrement d’albums qui nous éloignent encore plus d’Ella et dont on finit par se lasser (j’avoue avoir sauté quelques pages !).

Malgré ces éléments historiques et les anecdotes qui parsèment le livre, on est loin d’atteindre la proximité avec l’artiste que permettent certaines biographies, et a fortiori les autobiographies (dont celles d’Anita O’Day ou de Charles Mingus sont remarquables). Tout au long de la lecture, “l’absence“ d’Ella se fait sentir. Elle reste entourée d’un halo de mystère que l’auteur n’arrivera pas à percer.

Une biographie qui se veut ”documentaire”. On aime ou pas. Elle est en tout cas une mine d’informations pour tous ceux que le nom Ella fait rêver.

Ella Fitzgerald : A Biography Of The First Lady Of Jazz – Da Capo Press; Reprint edition (August 22, 1995) disponible sur Amazon.com

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Ecrit par Yael Angel

Un commentaire

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