PORTRAIT : Le saxophone 2.0 de Guillaume Perret

Le saxophone 2.0 de Guillaume Perret photo JL.Neveu

Pas étonnant que John Zorn lui même fut impressionné par la musique de Guillaume Perret et son électrique Epic au point de faire paraître son premier album sur son prestigieux label Tzadik car le jeune prodige français avait tout pour attirer l’attention de l’avant gardiste compositeur et saxophoniste new yorkais.

A l’instar de son ainé américain, Guillaume Perret et son quartet tellurique explosent littéralement les frontières du jazz et proposent une approche « augmentée » de l’instrument créé par Adolphe Sax en l’amplifiant à différents endroits, bec, tampons… et le faisant passer dans une véritable usine à gaz de pédales d’effets. Filtres, distorsions, whah wha… élargissent considérablement la palette sonore de son saxophone tenor au service d’une musique novatrice et puissante, électrique et hybride. Jazz, rock progressif, grooves funky, delays dub, intros à la Led Zeppelin , métal ou ethiojazz sont convoqués dans les compositions virtuoses de celui qui possède des prix de conservatoire à la fois en jazz et classique ainsi qu’un diplôme en musiques actuelles.

C’est à la fois subtil et péchu, sur scène, une énorme claque. on ferme les yeux et se laisse bercer par le groove langoureux et le thème très « astatkien » du morceau « ethiopic vertigo » puis on on se surprend à « headbanger » sur des morceaux tels que « Shoebox » ou encore le bien nommé « Massacra ».  Je garde en souvenir les basses volcaniques faisant trembler la scène et la puissance dégagée par cet Electric Epic la première fois que je l’ai vu en live au Cedac de Cimiez. Impossible d’écouter ça assis. Tout en étant intrinsèquement du jazz, mais de celui qui s’inscrit dans la transcendance du style, la modernité et l’éclectisme, la musique de Perret est l’antithèse du « jazz à papa », c’est un uppercut dans la face du jazz d’ascenseur ou de celui de restaurant. Alors « saxophone hero »? il y un peu de ça dans la manière d’actionner les pédales de distorsions, de faire hurler les harmoniques jusqu’au look même du soliste, jeune, décontracté, urbain et cette lumière rouge qui sort du pavillon de l’instrument et dont l’intensité répond à celle du son mais ici, point de frime, il ne s’agit pas de débiter de la note au kilomètre sur quinze changements d’accords par mesures, la virtuosité présente ne tombe jamais dans l’esbroufe le ténor hurle, chuchote, distille des percussions, crée des nappes lourdes et sombres aussi bien que des effets subtils.

Le mot fusion prend tout son sens lorsqu’on évoque la musique du quartet, c’est polymorphe, synthétique, éclectique et tellement cohérent, loin d’être un patchwork de styles et de courants musicaux divers, Electric Epic c’est une somme d’influences digérées et régurgitées avec fougue, classe et brio. Et pour servir cette musique on ne peut plus actuelle, pour répondre à la surpuissance du son de Perret il fallait un line up de musiciens affranchis des carcans stylistiques, la section rythmique est une machine de guerre, la basse ronflante accordée en quinte de Phillipe Bussonnet (Magma) depuis remplacé par Laurent David dialogue avec le Niçois Yoann Serra (ONJ) à la batterie et le guitariste Jim Grandcamp. On peut retrouver parfois en guest le vocaliste et trompettiste fou Médéric Collignon, musicien aventureux s’il en est.

En transcendant à la fois son instrument et le style purement jazz, Guillaume Perret s’est imposé avec son Electric épic comme un grand instrumentiste, compositeur et visionnaire d’une musique en perpétuelle mutation. Un ovni dans le paysage musical français, en dehors des étiquettes, résolument moderne et totalement dans son temps. Electrique, éclectique. Epique.

www.guillaume-perret.fr

Ecrit par Jean-Christophe Bournine

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