Sur La Piste d’un 33 Tours : John Coltrane – A Love Supreme – 1965 (Impulse)

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John Coltrane – A Love Supreme – 1965 (Impulse)

Peu d’albums jouissent de l’aura que possède « A Love Supreme » de John Coltrane. Au-delà du jazz et de la musique, ce disque a touché le public par sa dimension spirituelle. Cet amour suprême n’est-il pas l’une des plus belles déclarations d’amour à Dieu ?

A San Francisco, la Saint John Coltrane Church continue de prêcher le Saint Coltrane au son de « A Love Supreme ». L’humble Coltrane aurait certainement été gêné de cette situation. Cependant son objectif serait assurément atteint, lui qui avouait : « J’aimerais montrer aux gens le divin dans un langage musical qui transcende les mots. Je veux parler à leur âme ».

Le mercredi 9 décembre 1964 John Coltrane rentre au Studio Van Gelder sous la production de Bob Thiele pour le label Impulse ! Il est accompagné de son trio magique Elvin Jones à la batterie, McCoy Tyner au piano et Jimmy Garrison à la contrebasse. Ce quartet à la vie courte aura marqué l’histoire du jazz. Avec cet enregistrement, il vit  ses dernières heures. Les musiciens découvrent la musique le jour de l’enregistrement. Quatre thèmes pour une suite éternelle : Acknowledgement (reconnaissance), Resolution (résolution), Pursuance (accomplissement) et Psalm (psaume). Le 10 décembre, il retourna bien en studio enregistrer deux autres versions de Acknowledgement avec le renfort de Art Davis et Archie Shepp, mais c’est la session en quartet qu’il choisit de garder pour son album avec quelques overdubs rajoutés de-ci, de-là. Car John Coltrane avait une idée bien précise de cette offrande magnifique qu’il voulait offrir à Dieu. Dans le choix de la photo de couverture, sérieux et déterminé.

Dans les liner notes de l’album où il remercie encore Dieu de cette foi retrouvée qui lui permet de transcender son amour dans sa musique. Pour sa prière finale « Psalm », Coltrane a écrit une poésie qu’il récite au saxophone. Les intonations montantes à la manière des prêcheurs méthodistes, la douceur de  sonorités collant aux mots : cette musique est une prière. Comme il le disait à Michel Delorme qui  l’interrogeait sur l’importance de la religion lors de son passage à Antibes, en 1965 : « Elle est tout pour moi ; ma musique est un remerciement à Dieu ». C’est d’ailleurs cette année là qu’il donna la seule version live de cette suite. Programmé deux soirs, il dérouta le public en débutant le premier avec l’intégralité de A Love Supreme.

Un peu plus de 45 minutes et Coltrane tourne les talons et quitte la scène. La messe est dite ! Puis, il a lu son poème le 24 avril 1966 à l’église de St Gregory à Brooklyn. Certains disent qu’il aurait joué « Acknowledgement » pour son dernier concert, mais c’est à peu près tout. De quoi donner une valeur encore plus divine à cette œuvre.

« Quand on commence à mesurer les possibilités de la musique, on désire alors faire quelque chose de vraiment bon pour les gens, aider l’humanité à se libérer elle-même de ses craintes. Je pense que la musique peut rendre le monde meilleur et, si j’en suis capable, je veux le faire. » John Coltrane

*« John Coltrane sa vie sa musique » Lewis Porter, Outre Mesure

*« John Coltrane « je pars d’un point et je vais le plus loin » Michel Delorme, Editions de l’éclat

Ecrit par Trane

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