#LiveReport #4 : Gildaa incarnée sur la scène du MJ5C

Dans la cour de la Vieille Charité, le Marseille Jazz des Cinq Continents accueille Gildaa à 20 heures, avant Gabriel Gosse. La soirée s’inscrit dans l’édition 2026 du festival, qui investit plusieurs lieux de Marseille jusqu’au 12 juillet.

Fond de scène, côté jardin : Gildaa apparaît enveloppée dans une robe violette à sequins. Elle avance à petits pas, au bras de ses musiciens. Elle balaie le public du regard. Depuis l’avant-scène l’artiste lance d’une voix à la Piaf : « Vous n’êtes pas du bon côté, les gars ! » L’artiste sourit et glisse aussitôt : « La petite fille est revenue. C’est l’histoire d’une petite fille, mais je n’ai pas le temps de développer. »

En quelques secondes, le double scénique de Camille Constantin Da Silva s’est incarné. A cappella, « Mainha » — « petite mère » — ouvre le concert, et la scène semble déjà traversée par plusieurs voix : celles de l’enfance.

Le projet musical prend la forme d’une saga, retraçant sept générations de femmes confrontées aux normes sociales. Des femmes de la lignée, des vivants et des morts.

«  Soul Sister » ouvre un chapitre, puis « Like a Child » prolonge cette manière de chanter comme on convoque une mémoire. Le répertoire aborde l’emprise, la transmission entre générations de femmes, les violences de genre et le métissage. Rien n’est posé lourdement : tout passe par le corps, l’ironie, le rituel et la rupture de ton. Gildaa est drôle décalée ,habitée Aux côtés de Mathias Durand à la guitare et de Zé Luis Nascimento aux percussions, l’auteure -compositrice navigue entre chanson, jazz, soul, sonorités afro-brésiliennes, cantique yoruba et baile funk. Avant « Perséphone », elle s’adresse encore au public : « Vous connaissez ? Ce n’est pas grave, je n’ai pas le temps de développer. » Puis elle raconte cette figure qui retourne aux enfers chercher la moitié de son âme oubliée. La formule claque, drôle et cruelle. Chez Gildaa, le mythe n’est jamais décoratif : il devient un miroir tendu à nos oublis, à nos héritages, à nos contradictions. les titres « Pas assez » et « Utopiste » confirment la force d’un univers libre, entre satire, ferveur et fragilité assumée.

Au fil des titres, Gildaa s’impose comme une entité à part, qui semble prendre possession de l’artiste. Elle convoque les femmes de sa lignée et les réunit dans une même présence scénique. « Alma Gemea » prolonge ce dialogue intime, entre incarnation et douce possession. Une chanson devient prière, une blague ouvre un abîme, une percussion fait surgir le Brésil. L’artiste évoque sa grand-mère, ancienne prêtresse du candomblé et infirmière en psychiatrie, comme un passage entre les mondes. Avec « Pensées Diluviennes », la cour bascule dans un espace plus trouble, où le mystique côtoie l’absurde. Authentique et habitée, Gildaa explore cette seconde conscience aux frontières de la transe et invite le public à effleurer ses questionnements. Sa musique singulière, portée par des textes en français, en anglais et en portugais, dessine un être traversé de sensations extrêmes, en quête de mémoire, d’apaisement et de lumière. À la fin du concert, le public se lève et applaudit longuement. De cette ovation surgit une voix  de femme: « Merci Gildaa ! Merci ! »

Gildaa poursuit sa tournée en France. Ne pas aller l’écouter serait dommage ; ne pas la voir sur scène le serait plus encore, tant son monde semble naître dans l’instant, au contact du public Son premier album éponyme, GILDAA, est sorti le 6 mars 2026. 

Le Marseille Jazz des Cinq Continents se poursuit jusqu’au 12 juillet 2026.

www.marseillejazz.com

Photographies & textes : Lawrence Damalric

Ecrit par Lawrence Damalric

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