#LiveReport : les moments forts de Jammin’ Juan 2017

Trois  jours de musique, une centaine de musiciens, 18 groupes en showcases, 9 en concert, un véritable marathon voilà ce qu’était la deuxième édition de Jammin Juan qui se déroula au Palais des Congrès de Juan-les-Pins les 20, 21 et 22 octobre 2017.

Centrée aussi sur la promotion des jeunes talents du jazz, cette deuxième édition différait de la première en cela par le fait qu’elle constituait un véritable salon professionnel où les les acteurs du jazz, musiciens, agents artistiques,  journalistes, organisateurs de festivals, etc…, se sont tous retrouvés pour ce « Salon d’automne du jazz« .

Dés le premier jour, les découvertes furent nombreuses. Tout d’abord Macha Garibian, pianiste et chanteuse qui ouvrait le bal, et qui nous charma par son univers poétique et intimiste. Intimisme encore avec Joséphine Chloè, chanteuse et joueuse de handpan qui se produisait en duo avec son bassiste Eric Deblond. J’en retiendrai pour ma part une belle version, chantée d’une voix cristalline et sur des harmonies empreintes de folk, du classique « Afro Blue« .

Un grand moment aussi avec la prestation de Sébastien Chaumont et son quartet, pourtant plus habitué des caves et des clubs que des sets en milieu d’après -midi… néanmoins, son chaleureux hard-bop nous fit du bien au coeur.
Le Greg Lamy Quartet, venu du Luxembourg lui aussi s’inspirait de l’héritage afro-américain, avec un grand talent, en particulier de la part du leader, guitariste émérite venu lui de la Nouvelle-Orléans, et offrait une couleur jazz-fusion bienvenue.

Pour moi, le sommet de cette première après-midi de showcases, fut le groupe Tie-Break. Dirigé par le pianiste Cyril Benhamou, ce trio marseillais est vraiment une perle d’énergie, de pure joie de jouer et d ‘improviser. Cyril, farfadet bondissant derrière son piano, nous précisa qu’ils ne jouaient que des compositions originales. Une musique riche, moderne, et swinguante, un bonheur.

Le duo Flow (guitare/saxophone soprano) nous parut en revanche un poil trop limpide et lisse pour vraiment accrocher l’auditoire.

Vint l’heure des concerts. On commença fort avec le duo Binker & Moses venu de Londres, sax et batterie pour une improvisation très libre, certes free, mais avec de belles envolées lyriques, et une « pêche » incroyable.

Ensuite, ce fut le tour du Trio Gauthier Toux, dont nous nous avions pu admirer le brio lors du showcase de l’après-midi, et  goûter sa musique, faite de brisures, de silences puis d’envolées rythmiques, avec une batterie très en avant, poussant le piano exalté du leader.

Et enfin, LE concert attendu par tout le public de ce premier jour de Jammin Juan, celui du guitariste Sylvain Luc, accompagné des percussionnistes iraniens Bijan et Keyzan Chemirani, de Stéphane Belmondo à la trompette et de Lionel Suarez à l’accordéon.

En effet, fut un vrai régal, hélas trop court, les entrelacs de la guitare de Sylvain Luc suivant ou précédant ceux de l’accordéon, les percussions traditionnelles créant une transe rythmique alors que trompette survolait tout cela d’une manière aristocratique, avec un son de toute beauté, 45 minutes de splendeur.

Le lendemain samedi, s’annonçait la plus grosse journée du salon, débutant dés 10h  le matin, avec la chanteuse Emily Johnson qui devait également se produire le lendemain soir,  qui permit à votre modeste reporter de pouvoir se reposer un peu plus.

Le fameux Merakhaazan lui succéda pour un set de contrebasse solo, avec toujours ce style entre psychédélisme, classique, jazz et electro qui n’appartient qu’à lui, en tous cas dans le domaine de la contrebasse solo.

Le Damien Groleau Trio, qui nous venait de Frontenay, présentait un intérêt certain, mais avait comme défaut de sombrer légèrement dans ce qu’André Ceccarelli appelle  »le bradmehldauisme ambian »qui fait que l’influence de Mehldau est tellement énorme que tous les pianistes de la jeune génération finissent par sonner comme lui.

Le guitariste Tom Ibarra, impressionna tout le monde par sa maturité musicale pour son jeune âge 17 ans) et son groove jazz-fusion envoûtant.

Le violoniste Scott Tixier, qui était présenté par le Cri du Port, fut pour nous LA révélation de cette deuxième journée de showcases. Le jeune français résidant désormais à New York, salué par la presse américaine et adoubé par Jean-Luc Ponty lui-même, fit la démonstration de l’actualité de  cette tradition française du violon jazz que les américains semblent adorer. Sa musique, métisse comme lui, allie classique jazz et rock. Une démonstration étourdissante.

Du « violon à l’accordéon » comme disait Jacques Brel il n’y a qu’un pas, et il fut franchi en allant voir le trio Viale-Cordogli-Asplanato feat. Mey. Le talentueux accordéoniste cannois Frédéric Viale fit encore une fois notre bonheur avec sa musique qui intègre Argentine, Brésil, Jazz et Musette, et un grand bravo à Alain Asplanato qui remplaçait au pied levé Yoann Serra. Ils furent rejoint pour le dernier tiers par la chanteuse bulgare Magi Aleksieva Mey pour deux standards de jazz.

Pol Berardi’s Force, venus du Luxembourg, leur succédaient, avec une musique toute différente, résolument moderne, avec des aspects assez rock, surtout dans le jeu du batteur Nils Engel. Si leur musique est certes puissante, elle gagnerait peut être à un peu plus de légèreté. Chapeau néanmoins à la virtuosité du leader, le bassiste Pol Berardi.

Roccaserra Quartet présentait une musique entièrement acoustique et instrumentale, avec un line-up à l’originalité certaine : Jean- louis Ruf-Constanzo au mandoloncelle (« le camion de la famille des mandolines » comme il nous l’expliqua…) de nouveau Frédéric Viale à l’accordéon, décidément très demandé, le violoniste italien Sergio Caputo, et le batteur de No Jazz, Pascal Reva. De farandole en tarentelle, de samba en folklore oriental, nous eumes droit à 45 minutes d’une véritable sono mondiale.

Ce fut ensuite au tour du quartet italien De Finti Acoustic Quartet, mené par le pianiste Lorenzo De Finti. Une belle musique, entre musique de chambre et jazz, avec un son clair et de belles mélodies déchirées parfois par les fulgurances de la trompette de Gendrickson Mena Diaz.

Le New Meeting Quartet propose une musique proche dans l’esprit de celle de Roccaserra Quartet, mais l’instrument qui répond ici à l’accordéon (tenu par Thierry Ravelli) et le piano du leader Xavier Triviaux, avec Jean-Jacques Cristofari à la basse et à la batterie Jean-Christophe Galliano, fils de Richard, dont ils reprennent d’ailleurs une composition.

Pour terminer cette deuxième et dernière après-midi consacrée aux Showcases, le trio d’Amaury Faye, jeune pianiste fort prometteur, salué comme une révélation par Jazz Magazine, et ma foi, si le mot est un peu fort à nôtre goût, il fut néanmoins très convaincant.

La soirée, en revanche, fut plus que décevante. MCD III et Steiger, les deux groupes présentés par « Gent Jazz Festival » pratiquaient un free jazz curieusement daté pour de si jeunes gens, et n’avaient rien pour convaincre un  grand public déjà peu réceptif au genre à l’époque… Nous ne pûmes hélas pas assister au concert de Laura Perrudin qui fut de toute beauté aux dires de certains confrères.

Enfin, le dimanche, qui ne consistait qu’en une série de concert. Nous permit d’assister tout d’abord au show d’Emily Johnson, chanteuse de soul swinguante et séduisant , mais au son trop marqué années 8O, avec une batterie très en avant, qui nuisait au son voulu « funky » de l’ensemble.

Changement complet d’atmosphère avec le quartet de Pierre Marcus, qui nous plongea avec ravissement dans sa musique de plus en plus riche et complexe tout en restant toujours aussi attractive. Toujours Frédéric Perréard au piano, Maxime Berton remplaçait ce soir là Baptiste Herbin au sax (ténor pour lui) et l’excellent Fred Pasqua officiait derrière les fûts. Un moment de magie avec les belles et amples compositions de Pierre comme « Longue Attente » ou « Berthé fûté », bonifiées par le temps et les soli flamboyants de ses compères.

Il était 18 h30 et nous étions arrivés à l’heure du dernier concert de ce marathon musical et professionnel. Le groupe de Richard Manetti, (guitare) venait de prendre place sur scène. Fred D’Oelsnitz était au piano et au Fender Rhodes, Jean-Marc Jafet à la basse et Yoann Serra à la batterie, des musiciens d’exception pour accompagner un guitariste qui ne l’est pas moins, sur des standards du jazz voire de la chanson française, avec une grande place laissée au répertoire de Django Reinhardt, un parfum de Saint Germain des Prés d’après guerre se dégagea tout à coup dans l’air juanais. Un moment de bonheur qui mit idéalement fin à ces trois jours de musiques et de rencontres.

Nous partîmes ensuite dîner avec les membres des deux derniers groupes, auxquels s’était joints Scott Tixier et ses musiciens, trois heures d’anecdotes, d’humour, de bonne chère et de bon vin, qui virent la création ou du moins l’élaboration de nombreuses collaborations comme l’idée d’un quintet Manetti / Tixier par exemple, et bien d’autres.

Un final plus que positif pour cette première, et nous vous prenons volontiers rendez vous pour 2018.

Photos : Jacques Lerognon

jammin.jazzajuan.com

Ecrit par Gilbert D'Alto

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

  • Les concerts Jazz et +

  • Le Jazzophone