#JAZZCOOKIN’ Salade Caesar Façon Blue Note

Jazz Cookin par Cécile Cohen

 

 

Salade Caesar façon Blue Note, Jazz club, New York

Pourtant créée à Tijuana au Mexique, la salade Caesar est emblématique des USA…retour aux sources, voici la merveilleuse histoire de la véritable salade Caesar, et par la même occasion, la recette authentique…de sa célèbre sauce !

Restaurateur immigré italien ayant vécu en Californie dans les années 30, Caesar Cardini (1896-1956) aurait inventé sa fameuse sauce Caesar un jour de fête du 4 juillet 1924, lorsqu’’il se serait retrouvé à court d’ingrédients et aurait improvisé un assaisonnement avec ce qui restait en cuisine : de la salade romaine, de l’huile et des œufs, du jus de citron, des croutons grillés et de la sauce Worcester.
Le succès de sa sauce fut immédiat et Cardini fit ensuite fortune en distribuant sa sauce en bocal dans tout le pays…tout ça pour vous dire que le plus important dans cette Salade c’est sa sauce…!

▪ Une belle salade romaine
▪ Du  Parmesan
▪ Deux filets de poulet
▪ De la sauce Worcester
▪ De la moutarde
▪ Un jaune d’œuf
▪ Un citron
▪ Un petit verre à liqueur de vinaigre blanc
▪ Une gousse d’ail
▪ Un peu de pain légèrement rassis de la veille
▪ Du poivre, sel et de l’huile d’olive (vierge première pression)
▪ 2 cuillères à soupe de sucre glace
▪ Graines de sésame
▪ Noix de cajou ou des cacahouètes (optionnel)

Faire dorer à veuf vif les filets de poulet puis moins fort une dizaine de minutes afin de les cuire à cœur…saupoudrez en toute fin de cuisson une demi-cuillère à café de sucre glace, ajoutez le jus d’un demi-citron et mélangez bien en laissant caraméliser un peu.

Faire dorer les croutons. Ajouter quelques graines de sésame en fin de cuisson.
La fameuse sauce.

Battre dans un bol le jaune d’œuf, une petite cuillère de moutarde, une pincée de sel et de poivre. Mélangez jusqu’à obtenir une matière homogène, puis versez une ou deux cuillères à café d’huile d’olive et montez le mélange à la manière d’une mayonnaise à l’aide d’un fouet.
Continuez de verser lentement environ un verre d’huile d’olive tout en battant avec le fouet énergiquement. La sauce doit monter sans se défaire, et devenir assez ferme. Surtout, ne la laissez pas redevenir liquide !  C’est la seule phase délicate de la recette. Certains disent même qu’il vaut mieux l’exécuter les soirs de pleine lune… d’autres le contraire…

Ajoutez le vinaigre blanc, la gousse d’ail émincée finement. Mélangez jusqu’à ce que la sauce s’éclaircisse pour devenir presque blanche.

A l’aide d’un économe débitez des copeaux de parmesan dans un bol. Utilisez-en la moitié en les concassant au creux de la main pour les émietter et ajoutez-les à la sauce (l’autre moitié servira pour décorer le plat).

Ajouter des noix de cajou ou des cacahouètes grillées émiettées au couteau, et de la ciboulette ou du persil émincé. La sauce doit devenir assez compacte.

Ajoutez quelques gouttes de sauce Worcester (attention, assez corsée et pourrait donner un goût trop prononcé). Mélangez bien le tout. La sauce est prête, il ne reste qu’à dresser la salade.

Réchauffez juste avant de servir les filets de poulet et les croutons.
Pressez le demi-citron qui vous reste au-dessus de la viande de poulet.
Ajouter le reste de Parmesan en copeaux.

Mélangez la salade à la sauce juste au moment de servir, comme le faisait Cardini pour qu’elle garde tout son croquant.
Variantes possibles:

▪ Bacon grillé
▪ Œufs mollets (5 min de cuisson)
▪ Filets d’anchois salés écrasés dans la sauce
▪ Câpres
▪ Filets de poisson à la place du poulet
▪ Pointes d’asperges qui sont de saison et des morceaux de mangue

Enfin le printemps…toutes les graines sont bonnes à planter, même celles du cœur…silence ça pousse…enjoy ! 


A déguster en écoutant « Bird Feathers » de Giraudo – Chassagnite 4tet.

Ecrit par Cécile Cohen

JAZZ&LITTERATURE Satchmo, Capone et les autres

 

Satchmo, Capone et les autres par Jacques Lerognon

1928, Al Capone règne encore en maître sur la ville des vents. La prohibition comme la corruption sévissent sur toute la ville, des quartiers blancs riches aux ghettos pauvres et noirs. Louis Armstrong a quitté la Nouvelle Orléans depuis six ans, il est une star désormais dans le nord. Le jazz est partout dans la ville, mais surtout dans les zones noires. Peu importe, une nouvelle profession est née, les entremetteurs qui organisent des concerts, mais surtout des parties privées pour quelques nantis, amateurs de bonne musique, d’alcool facile et de femmes peu farouches. Le whisky est brun foncé, les distractions noires de peau, seule, les notes, celles de la trompette, du piano, de la contrebasse ou des saxophones restent bleues. Le cadavre d’un blanc dans un quartier noir va inciter le photographe de la police Jacob Russo, à enquêter. Pas vraiment dans ses attributions, mais comme il est doué et minutieux, ses agissements sont tolérés. Trouvera-t-il un rapport avec la disparition d’une jeune fille huppée et de son fiancé pour laquelle deux détectives de l’agence Pinkerton sont mandatés.
Dans les clubs, Louis Armstrong et son pianiste Earl Hines créent un nouveau genre: « Son Time était tellement parfait que les batteurs avec qui il jouait avaient du mal à suivre ses fantaisies rythmiques. Son sens de l’harmonie était si inventif et surprenant que les autres musiciens peinaient à suivre la complexité de ses lignes mélodiques. Il n’y avait que Louis qui était à l’aise avec lui. Chacun stimulait l’autre ». Mais Armstrong, entre deux gigs, après une joute de trompette mémorable avec le cornettiste Bix Beiderbecke fera l’intermédiaire, l’insider, entre la pègre et les Pinkerton. Sur l’estrade, en backstage, on entend bien des informations anodines qui peuvent se révéler essentielles. Un très beau thriller qui transporte littéralement le lecteur au cœur du Chicago des années 20, les fameuses Roaring Twenties. Un polar qui swingue sur un rythme aussi effréné que le solo de Louis Armstrong dans « West End Blues ». L’auteur, influencé par l’OuLiPo, donne d’ailleurs comme contrainte à son roman, la structure du Blues de Satchmo, (cadenza, duo, pont, solo, chorus général, improvisation, coda). Mais Ray Celestin ne se contente pas d’une intrigue rondement menée, son polar est aussi un roman noir de plus de cinq cents pages. La ségrégation est omniprésente, mais la misère elle, ne regarde pas la couleur de peau, dans les forges, les aciéries, les abattoirs. Le rêve américain n’existe pas sur les bords du lac Michigan même pour les jazzmen qui finiront par rejoindre New York, et donner naissance au Be Bop. Mais c’est une autre histoire.
Mascarade (Dead Man’s Blues), par Ray Celestin – Le Cherche Midi. Traduit par Jean Szlamowicz

Ecrit par Jacques Lerognon

#JAZZ&LITTERATURE Jazz à Mort

 

Jazz à mort par Corinne Naidet
Les personnages de ce recueil de nouvelles s’appellent Albert Ayler, Art Pepper, Billie Holiday, mais aussi Rodney King, Rosa Parks ou bien encore Jean Michel Basquiat. Des instantanés dans les vies tourmentées, cabossées de quelques musiciens, quelques artistes souvent obligés de dealer, de braquer afin de se payer la came. Ainsi Pepper pris la main dans le sac par un flic, qui finira par lui donner un billet parce que Chili Pepper était son album favori. On y croise la Dame aux gardénias, fleur bien flétrie à l’hôpital, sur les draps sales d’un hosto à Harlem. Une lumière souffreteuse, la nuit opaque, et les chevaux de la mort piaffant derrière la porte. Quelques pages plus loin, Thelonious Monk écoute passer le temps pendant que deux jeunes cambriolent la maison où il vit, survit. À l’écoute de Ruby, My Dear, ils suspendront leur vol. Dans Marvin et Rosa, le jeune trompettiste Marvin est assis dans le bus où Rosa Parks ne cédera pas sa place. Est-ce pour cela que le musicien (Marvin Stamm ? effectivement originaire de Memphis, il pouvait se trouver dans un bus en 1955) pourra  « inventer tout le reste, la musique dans la tête » ? Marc Villard nous laisse improviser sur ces tranches de vie. L’on est certes dans l’intimité des jazzmen, mais l’auteur n’oublie pour autant pas la société alentour, et la condition miséreuse de la communauté noire aux États-Unis particulièrement à l’avènement du be-bop ou du free.
Quelques pages suffisent à l’écrivain pour nous plonger dans l’ambiance glauque des quartiers de Harlem, Los Angeles ou encore Tijuana. Ses références sont multiples et il s’amuse à faire se rencontrer, se croiser anonymes et artistes, putes, musiciens, arnaqueurs. L’espoir est mince, la chute est proche et le monde est moche. Il reste les moments hors du temps, quand, par exemple, après le meurtre de son père, Le jeune Théo peut avancer avec allégresse vers l’indépendance des quatre membres, cela aide quand on veut tâter de la batterie. Ou bien encore Albert Ayler jouant à la Fondation Maeght à St Paul de Vence, le lendemain dans un camping du coin. « Les mecs en short, les nanas en bikini et Al, complètement parti avec son biniou. « 
Réalité, fiction, on s’en moque; avec ces récits, l’on plonge « dans une contrée inaccessible aux mortels. »Si tu vois ma mère, Marc Villard, Cohen & Cohen, 2017

Ecrit par Corinne Naidet

#JAZZ&CINEMA Michelangelo Antonioni Cinéaste et JazzFan

Jazz et Cinéma

Michelangelo Antonioni, Cinéaste et jazzfan par Gilbert D’Alto

 

Considéré par la plupart des cinéphiles , critiques et spécialistes du cinéma italien comme l’un des plus grands réalisateurs du XXème siècle,Michelangelo Antonioni était aussi un grand amateur et connaisseur de musique en général et de jazz en particulier ( Il était aussi grand amateur et connaisseur de football, mais je m’éloigne…). Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

#PORTRAIT Nancy Wilson

Si en France, on connait bien sûr la sainte trilogie des chanteuses de jazz, c’est-à-dire Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan et Billie Holiday, on connait beaucoup moins celle qui dans le domaine du jazz est considérée leur égale et qui , dans le domaine de la soul est comparée à Dionne Warwick et Diana Ross , j’ai nommée »The Girl With the Honey-Coated Voice » ( la fille avec la voix habillée de miel ) , Miss Nancy Wilson. Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

#INTERVIEW La « Quincaillerie » de Didier Lockwood

La « Quincaillerie » de Didier Lockwood
par Jean Pierre Lamouroux

Il y a 20 ans, le violoniste de jazz Didier Lockwood quand il rencontre Stéphane Grappelli, l’un des piliers dans les années 1950 du célèbre quintet du Hot Club de France « mais comment ça marche ton usine à gaz, c’est de la quincaillerie… » dit Stéphane Grappelli au jeune musicien qui joue sur un violon électrique. Didier Lockwood depuis ce jour, a joué longtemps avec son maître avant de donner après sa disparition, des récitals en forme d’hommage comme celui en février à l’Opéra de Nice(1), la même scène où Stéphane Grappelli s’était produit un même 27 février en…1948, moment d’émotion.
Didier Lockwood : Oui, c’est normal parce que c’est Stéphane qui m’a épaulé complètement quand j’étais plus jeune. C’est lui qui m’a repéré, qui m’a emmené dans des concerts et qui m’a fait connaître le milieu du jazz, moi j’étais plutôt dans le rock avec Magma à l’époque et voilà, il m’a entendu dans un big band puis il est venu me dire, « est que ça vous plairait de me suivre dans mes concerts ? »
Jean Pierre Lamouroux : Il y a une belle anecdote avec lui au sujet de vos instruments.
Didier Lockwood : Oui, il était parti aux Etats-Unis, il avait ramené un violon Barcus Berry c’était un Fender,il l’a gardé dix jours et, il me l’a donné parce qu’il disait qu’il n’avait pas besoin de ce truc-là. ..bon, je l’ai trafiqué, j’ai essayé d’en faire autre chose (rires),à
l’époque, il voyait çà effectivement comme de la quincaillerie, de nos jours,c’est de la haute technologie. Il est différent sur sa forme et sur le matériau,il n’a pas de cordes qui donnent de la résonance, mais il en a six dont deux plus graves que le violon classique, je couvre la tessiture du violon alto et pratiquement celle du violoncelle….bien sûr, c’est moins intime à l’oreille, mais c’est plus facile pour construire des espaces parce qu’il n’y a plus de larsen.
JP L : Comment voyez-vous la musique de jazz en ce moment, peut-on classer les musiciens dans une catégorie bien définie?

Didier Lockwood : Le problème aujourd’hui, c’est que le jazz, il est parti dans une voie plus cérébrale, c’est vrai que la difficulté, c’est de voir comment les choses évoluent et surtout les jeunes musiciens, je trouve qu’il y a moins d’incarnation, il n’y a pas que dans le jazz, dans le classique aussi…mon plaisir, c’est cette incarnation, je prends du plaisir quand mon corps va dans la musique.
JP L : À quel moment, dans quelle situation vous composez ?
Didier Lockwood : Je compose sur de nombreuses routes, là j’écris une pièce de 45 minutes pour orchestre symphonique avec 6 violonistes pour l’anniversaire des 100 ans de Yehudi Menuhin, je fais des musiques de film, j’ai fini mon disque avec mon nouveau quartet avec André Ceccarelli entouré d‘Antonio Farao au piano et Darryl Hall à la basse…je vais être prétentieux (rires) tout est beau, la mélodie, le son, les espaces, bref, je renoue avec un truc digeste et bien sûr je m’occupe toujours de mon école de musique improvisée qui est en enseignement supérieur et bientôt on pourra donner des Masters.
JP L : Vous êtes toujours en ébullition musicale,est-ce une façon de garder la forme ?
Didier Lockwood : Oui, oui, vous avez raison, c’est cette drogue (rires), j’essaie de transmettre aux jeunes, je leur dis, vivez la musique, c’est la plus grande de vos richesses,profitez de chaque instant, progressez, avancez et vous verrez que dans la musique, il y a,une dimension initiatique pour bien vieillir et voir les choses et entendre mieux.
Didier Lockwood,celui qui en demande toujours plus à son violon, au cours de ce concert à Nice dans le classique titre, La Mer
il a réussi à nous faire entendre les sons des mouettes et une sirène de bateau ou encore sur Barbizon Blues où il scatte comme la voix d’un chanteur, non, le violon de Didier Lockwood n’est pas une longue… valse tranquille.

(1) Ville de Nice, La Ruche et Imago Productions avec Diego Imbert (contrebasse) et Noé Reinhardt (guitare)

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

#INTERVIEW Marc Peillon « 40 ans de carrière »

MARC PEILLON : QUARANTE ANS DE CARRIÈRE

Propos recueillis par Yaël Angel

Contrebassiste reconnu, directeur adjoint du conservatoire intercommunal du SIVOM de Villefranche-sur-Mer, professeur de basse et de contrebasse au conservatoire d’Antibes, organisateur d’évènements, Marc Peillon a bien quatre cordes à son arc, comme son instrument !

C’est aussi un penseur de la musique et de la vie.

« J’ai beaucoup de chance »

J’ai eu la chance de pouvoir construire ma vie autour de ma passion qu’est la musique. À 18 ans, j’ai sillonné la France avec l’orchestre de Jean-Claude Lauran. On jouait de la variété dans les bals. Moi, j’apprenais le métier. Puis, en 1985, j’ai décidé de jouer du jazz, de cette musique qui avait donné ses lettres de noblesse à mon instrument, la contrebasse. J’ai donc intégré le CNR de Nice et j’ai passé mon prix. J’ai besoin de la créativité du Jazz, cet art instantané.

« J’ai décidé de transmettre la joie  »

La musique n’est pas faite pour être mise en boite. À mon avis, l’invention de l’enregistrement est une énorme erreur. On perd les vibrations, le message. La musique doit rester un évènement physiologique. En cela, elle est pour moi un médicament, une jubilation. De toutes les émotions, c’est la joie que j’ai décidé de transmettre. D’autres musiciens choisiront la contestation ou la spiritualité. Moi j’ai choisi la joie, même si ce n’est pas trop à la mode (rires).

« L’enseignement et l’organisation d’évènements m’ont équilibré »

Il y a 25 ans, j’ai ouvert ma vie à deux nouvelles activités : l’enseignement et l’évènementiel. J’avais besoin de prendre de l’altitude par rapport à la condition de musicien, qui nous oblige à nous « vendre », à attendre  » le  » coup de fil. L’enseignement et l’événementiel m’ont libéré de cette pression. Depuis, je me sens mieux et, paradoxalement, cela m’a rapproché de la scène. Je n’ai jamais autant joué.

En ce moment, on parle beaucoup de « Pepita Musiques et Cultures », cette association que j’ai créée lorsque j’ai mis en place le festival Cap Jazz à Cap d’Ail. Pepita, à l’époque, s’occupait également de Jazz au Village, un festival que j’avais créé à Villeneuve-Loubet. Avec la collaboration de Philippe Déjardin, l’association organise actuellement le « Saint Jazz Cap Ferrat » à Saint-Jean-Cap-Ferrat et des concerts dans divers clubs de la région.

« Je suis toujours à la recherche de nouvelles planètes »

Chaque projet musical est pour moi un univers. Je suis fidèle aux musiciens que j’aime et avec lesquels je joue depuis très longtemps comme Robert Persi, Jilly Jackson, Nina Papa, Jean-Luc Danna et Fabrizio Bosso. Je ne ménage cependant pas mes efforts pour créer de nouvelles aventures.

« La peur est ce que je redoute le plus »

Ecrit par Yael Angel

Jazz in Israël

JAZZ IN ISRAEL (par Cyril HELY)

Le nom d’Israël revient régulièrement dans l’actualité, associé à des thématiques de géopolitique, de géostratégie ou d’économie. Mais, c’est oublier le bouillonnement culturel, au travers du cinéma (une pensée pour la regrettée Ronit Elkabetz), de la télévision (les séries « Hatufim » ou « False flag ») ou de l’architecture (les fameux immeubles de style Bauhaus de Tel-Aviv).
Et le jazz dans tout ça, me direz-vous ? Rassurez-vous, la scène israélienne se porte à ravir. Elle a su développer au fil des années sa spécificité en mélangeant les influences traditionnelles de cette musique avec ses propres sources d’inspiration liées à son environnement culturel (musique orientale, musique klezmer). Le tout en maintenant un axe privilégié entre Tel-Aviv, New York et Paris.
Le plus visible médiatiquement pour le grand public reste Avishai Cohen, contrebassiste de talent. Remarqué par Chick Corea dans les années 90, Avishai Cohen s’est rapidement imposé comme une valeur sûre. Il est devenu une sorte de parrain de la scène jazz au travers du label qu’il a créé ou du festival de jazz d’Eilat dont il assume la direction. J’ai un faible pour l’album « Aurora » sorti en 2009 sur le label Blue Note. Pour la première fois, Avishai Cohen pose sa voix sur plusieurs morceaux en anglais, en hébreu et même en espagnol. Il intègre parfaitement des instruments tels que l’oud ou la derbouka en complément des plus traditionnels piano, batterie ou contrebasse avec, en point d’orgue, « Alon basela » (littéralement, un chêne dans la roche).
À l’instar de Miles Davis, il est intéressant de porter une attention particulière aux musiciens ayant travaillé, plus ou moins régulièrement, avec Avishai Cohen. En tirant la pelote de laine, nous arrivons à un pianiste qui a collaboré sur quatre albums, Shai Maestro. Plus jeune qu’Avishai, il est tout aussi talentueux. Shai Maestro, à la tête de son trio, a une approche plus classique du jazz et les convergences avec des influences extérieures sont plus subtiles, moins frontales. Sa musique est empreinte de légèreté, de fluidité, de délicatesse. On flirte parfois avec de l’hypnotique. Depuis 2010, le trio a sorti quatre albums dont le récent « The stone skipper » (2016) qui est pour moi, à ce jour, l’album le plus abouti.
Qui dit Shai Maestro, dit … Avishai Cohen. Je ne radote pas, je vous rassure. Je parle de l’autre Avishai, le trompettiste. Nous restons en compagnie de la nouvelle génération, mais basculons du classique vers le traditionnel. Pour autant, cela est très réducteur. En effet, Avishai « Trumpet Man » Cohen est également connu comme membre du Wu-Tang-Clan du jazz israélien, Third World Love. Le parallèle est certes audacieux, mais, si le Wu regroupait de multiples talents, Third World Love n’est pas en reste avec une association de All stars : Avishai Cohen, Omer Avital (contrebasse, oud), Yonathan Avishai (piano) et Daniel Freedman (batteur) même si ce dernier n’est pas né en Israël. La première écoute de « Sketchs of Tel-Aviv », 3ème album du quatuor, est une claque salutaire qui consacre quatre musiciens et compositeurs exceptionnels. Personnellement, j’ai un faible pour le morceau « Hareshut » (la permission) avec ses accents orientaux et ses chants en hébreu.
Restons sur un des membres du quatuor, Omer Avital. Ce dernier a un positionnement particulier, car il est à la fois initiateur de cette scène jazz et un des acteurs majeurs. Plus âgé que ses petits camarades, Omer est initialement contrebassiste (certains le surnomment le Charles Mingus israélien). Après avoir collaboré avec Wynton Marsalis, Brad Mehldau ou Kenny Garrett, il retourne en Israël pour compléter son background en étudiant l’oud. Ses albums sont les carrefours d’influences multiples, allant de musiques traditionnelles à des musiques urbaines, passant du Moyen-Orient à Cuba, tout en conservant une cohérence et une structuration. « Arrival » enregistré en 2006 (avec la magnifique « Song for Amos ») ou le récent « Abutbul music » symbolisent cette créativité sans cesse renouvelée.
Il est important d’évoquer le cas Yaron Herman. Venu tardivement, et par accident, au piano (16 ans), c’est aujourd’hui un virtuose capable de travailler des chansons pop comme « Toxic » de Britney Spears ou de développer un projet plus classique (album « Variations », seul au piano, même si on en doute parfois comme à l’écoute de la reprise de Sting « Fragile »). Son dernier opus « Y » confirme cette prédisposition à mixer des inspirations très diverses avec des accents rock et des compositions chantées.
Il est agréable de poursuivre cette flânerie musicale dédiée à la scène jazz israélienne en évoquant par exemple le pianiste Omri Mor, mais la rédaction du Jazzophone me rappelle à la triste réalité de mes 4300 caractères largement dépassés.

Ecrit par Cyril Hely