#JAZZ&CINEMA Michelangelo Antonioni Cinéaste et JazzFan

Jazz et Cinéma

Michelangelo Antonioni, Cinéaste et jazzfan par Gilbert D’Alto

 

Considéré par la plupart des cinéphiles , critiques et spécialistes du cinéma italien comme l’un des plus grands réalisateurs du XXème siècle,Michelangelo Antonioni était aussi un grand amateur et connaisseur de musique en général et de jazz en particulier ( Il était aussi grand amateur et connaisseur de football, mais je m’éloigne…). Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

#PORTRAIT Nancy Wilson

Si en France, on connait bien sûr la sainte trilogie des chanteuses de jazz, c’est-à-dire Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan et Billie Holiday, on connait beaucoup moins celle qui dans le domaine du jazz est considérée leur égale et qui , dans le domaine de la soul est comparée à Dionne Warwick et Diana Ross , j’ai nommée »The Girl With the Honey-Coated Voice » ( la fille avec la voix habillée de miel ) , Miss Nancy Wilson. Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

#INTERVIEW Jay Jay ! Milteau

Jay Jay ! Milteau 

Par Jean Pierre Lamouroux

Quand il se rend à Memphis, les musiciens américains saluent l’harmoniciste français Jean Jacques Milteau par un chaleureux « Jay Jay ». Un accueil bien mérité pour celui qui a su depuis des années évoquer l’histoire chargée de ce Sud des États-Unis où sont nées les plus belles pages du blues. En tournée(1) depuis l’enregistrement avec le chanteur guitariste américain Eric Bibb pour un hommage au célèbre bluesman décédé en 1949 Leadbelly, les deux musiciens s’étaient arrêtés sur la Côte d’Azur au Cap Cinéma de Cagnes sur Mer (1) à l’initiative de All That Jazz (2)

Après la disparition du Belge Toots Thielemans, Jean Jacques Milteau reste l’un des harmonicistes les plus en vue de la planète blues. Que ce soit dans son émission « Bon Temps rouler » sur TSF Jazz ou sur les scènes internationales, l’artiste, à la veste aux nombreuses poches qui renferment toutes sortes d’harmonicas, a su nous donner toute l’émotion que renvoie le blues, de plus, sa façon de présenter un titre n’a d’égal que son interprétation et , depuis sa rencontre avec le chanteur et guitariste américain Eric Bibb, on est encore plus fortement imprégné par cette musique. Un sentiment partagé par un confrère de Jazz Magazine Christian Gaufre qui disait « le blues ? Une inspiration, Memphis ? Une aspiration, l’harmonica ? Une respiration.


Jean Jacques Milteau : Je crois que c’est une musique première, on dit, il y a des Arts Premiers, le blues fait partie des Arts Premiers, il y a quelque chose d’élémentaire et en même temps d’indispensable. Où il se passe quelque chose, où il ne se passe rien , ce n’est pas un problème de technique, de productions, de chose comme ça, où il y a une communication, je dirais entre le musicien et son public ou elle n’existe pas, le blues repose là-dessus.
Jean Pierre Lamouroux : Vous n’êtes pas d’une famille forcement déshéritée, comment ce côté humaniste vous touche à ce point pour revisiter ce patrimoine culturel.
JJ M : Duke Ellington et Miles Davis ne venaient pas de familles déshéritées, mais ils jouaient aussi le blues. Je crois que çà c’est l’imagerie populaire, c’est l’origine qui vient, non pas de l’esclavage, mais l’après esclavage, les noirs se sont retrouvés rejetés, avant les esclaves étaient nourris, après, ils étaient affamés sur les routes, ils n’avaient pas le choix entre être seuls ou bien être artiste, musicien itinérant ou encore pasteur, c’étaient les trois alternatives…le blues, c’est une musique à la première personne, les artistes disent JE, c’est la première fois que les Afro-Américains s’exprimaient à la première personne.

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JP L : La guitare et l’harmonica se prêtent énormément à cette musique, y a-t-il une raison ?
JJ M : l’instrument traditionnel à corde, c’était le banjo, c’est vrai que la guitare a des notes qui durent, c’est plus facile à la faire parler parce qu’en fait, l’histoire du blues, c’est faire parler l’instrument comme les chanteurs, c’est rapprocher les instruments de la voix et pour l’harmonica, c’est assez évident parce que c’est quelque chose de physiologique. Si vous voulez, on joue beaucoup en aspirant, dans l’harmonica blues, il y a quelque chose qui est lié à la morphologie, il y a un côté gustatif.
JP L : Y a-t-il une façon très différente de jouer avec un harmonica chromatique ou diatonique (avec un piston)?
JJ M : Sur un diatonique, on joue beaucoup avec des altérations, la forme de la bouche change, la hauteur de la note c’est un peu comme un trombone à coulisse, c’est une question d’air…on en avait parlé avec Toots Thielemans, lui c’était un fantastique musicien qui jouait surtout chromatique… un jour j’avais mis la main sur son ventre quand il jouait, il m’expliquait qu’il ne jouait qu’avec le haut de la colonne d’air parce qu’il était asthmatique, il avait commencé l’harmonica quand il était gamin, c’est un docteur qui lui avait conseillé.
JP L : Découvrez-vous encore des sons nouveaux avec votre harmonica après une si longue carrière ?
JJ M : Oui, bien sûr, la liaison avec un instrument, c’est comme un couple, on a le droit de se connaître, de s’aimer, de gueuler aussi un peu, ce n’est pas tous les jours l’entente cordiale, l’instrument ne veut pas faire ce qu’on veut ou, on n’est pas ingénieux pour ce qu’on recherchait. Ce qui est intéressant sur l’harmonica, ce n’est pas franchement académique, on ne l’enseigne pas dans les Conservatoires ou très peu. Ce qui est intéressant c’est qu’il donne une certaine originalité à l’expression. Vous savez le blues techniquement c’est simple en fait, c’est basé essentiellement sur trois accords. La question, c’est à quel moment on change, ce n’est jamais pareil avec la personne avec qui vous jouez, c’est totalement différent. Le groove n’est pas le même, les accentuations ne sont pas les mêmes, ça se renouvelle toujours d’un soir sur l’autre, on pourra jouer chaque fois la même chanson, ça ne sera jamais la même chose.
JP L : J’ai lu un article, où vous disiez que vous n’étiez pas un bluesman, qu’en est-il ?
JJ M : On pourrait dire d’Éric qu’il est un bluesman, il a l’héritage de sa famille, en ce qui me concerne, je suis amateur de cette musique depuis ma tendre adolescence, j’essaie de la valoriser, j’essaie surtout de rendre les gens curieux autour d’elle, à la fois par les concerts, sur les radios…que les gens se disent, tiens, c’est curieux, on va en savoir un peu plus sur la musique, sur l’histoire des gens parce que la musique, c’est une histoire de génération.
JP L : Peut-on faire le même blues avec l’actualité de ces dernières années avec le problème des banlieues, de l’immigration, de la pauvreté, pourriez-vous composer avec l’histoire d’un syrien, par exemple, qui fuit son pays, ou un gosse errant dans la jungle de Calais ?
JJ M : Oui, bien sûr, pour l’instant justement, on a enregistré au Canada avec Eric Bibb un album intitulé Migration Blues, qui parle beaucoup de l’actualité américaine, les problèmes avec le peuple mexicain…il y a des textes très émouvants qui expriment que la terre est à tout le monde…sur le panneau, il y a interdit d’entrer, mais, en fait, on est de l’autre côté du panneau…j’aimerais ajouter, en ce moment de turpitudes que l’on devrait inscrire sur les frontons Liberté, Égalité, Fraternité et …Dignité.

Jean Pierre Lamouroux

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

#INTERVIEW La « Quincaillerie » de Didier Lockwood

La « Quincaillerie » de Didier Lockwood
par Jean Pierre Lamouroux

Il y a 20 ans, le violoniste de jazz Didier Lockwood quand il rencontre Stéphane Grappelli, l’un des piliers dans les années 1950 du célèbre quintet du Hot Club de France « mais comment ça marche ton usine à gaz, c’est de la quincaillerie… » dit Stéphane Grappelli au jeune musicien qui joue sur un violon électrique. Didier Lockwood depuis ce jour, a joué longtemps avec son maître avant de donner après sa disparition, des récitals en forme d’hommage comme celui en février à l’Opéra de Nice(1), la même scène où Stéphane Grappelli s’était produit un même 27 février en…1948, moment d’émotion.
Didier Lockwood : Oui, c’est normal parce que c’est Stéphane qui m’a épaulé complètement quand j’étais plus jeune. C’est lui qui m’a repéré, qui m’a emmené dans des concerts et qui m’a fait connaître le milieu du jazz, moi j’étais plutôt dans le rock avec Magma à l’époque et voilà, il m’a entendu dans un big band puis il est venu me dire, « est que ça vous plairait de me suivre dans mes concerts ? »
Jean Pierre Lamouroux : Il y a une belle anecdote avec lui au sujet de vos instruments.
Didier Lockwood : Oui, il était parti aux Etats-Unis, il avait ramené un violon Barcus Berry c’était un Fender,il l’a gardé dix jours et, il me l’a donné parce qu’il disait qu’il n’avait pas besoin de ce truc-là. ..bon, je l’ai trafiqué, j’ai essayé d’en faire autre chose (rires),à
l’époque, il voyait çà effectivement comme de la quincaillerie, de nos jours,c’est de la haute technologie. Il est différent sur sa forme et sur le matériau,il n’a pas de cordes qui donnent de la résonance, mais il en a six dont deux plus graves que le violon classique, je couvre la tessiture du violon alto et pratiquement celle du violoncelle….bien sûr, c’est moins intime à l’oreille, mais c’est plus facile pour construire des espaces parce qu’il n’y a plus de larsen.
JP L : Comment voyez-vous la musique de jazz en ce moment, peut-on classer les musiciens dans une catégorie bien définie?

Didier Lockwood : Le problème aujourd’hui, c’est que le jazz, il est parti dans une voie plus cérébrale, c’est vrai que la difficulté, c’est de voir comment les choses évoluent et surtout les jeunes musiciens, je trouve qu’il y a moins d’incarnation, il n’y a pas que dans le jazz, dans le classique aussi…mon plaisir, c’est cette incarnation, je prends du plaisir quand mon corps va dans la musique.
JP L : À quel moment, dans quelle situation vous composez ?
Didier Lockwood : Je compose sur de nombreuses routes, là j’écris une pièce de 45 minutes pour orchestre symphonique avec 6 violonistes pour l’anniversaire des 100 ans de Yehudi Menuhin, je fais des musiques de film, j’ai fini mon disque avec mon nouveau quartet avec André Ceccarelli entouré d‘Antonio Farao au piano et Darryl Hall à la basse…je vais être prétentieux (rires) tout est beau, la mélodie, le son, les espaces, bref, je renoue avec un truc digeste et bien sûr je m’occupe toujours de mon école de musique improvisée qui est en enseignement supérieur et bientôt on pourra donner des Masters.
JP L : Vous êtes toujours en ébullition musicale,est-ce une façon de garder la forme ?
Didier Lockwood : Oui, oui, vous avez raison, c’est cette drogue (rires), j’essaie de transmettre aux jeunes, je leur dis, vivez la musique, c’est la plus grande de vos richesses,profitez de chaque instant, progressez, avancez et vous verrez que dans la musique, il y a,une dimension initiatique pour bien vieillir et voir les choses et entendre mieux.
Didier Lockwood,celui qui en demande toujours plus à son violon, au cours de ce concert à Nice dans le classique titre, La Mer
il a réussi à nous faire entendre les sons des mouettes et une sirène de bateau ou encore sur Barbizon Blues où il scatte comme la voix d’un chanteur, non, le violon de Didier Lockwood n’est pas une longue… valse tranquille.

(1) Ville de Nice, La Ruche et Imago Productions avec Diego Imbert (contrebasse) et Noé Reinhardt (guitare)

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

Jazz in Israël

JAZZ IN ISRAEL (par Cyril HELY)

Le nom d’Israël revient régulièrement dans l’actualité, associé à des thématiques de géopolitique, de géostratégie ou d’économie. Mais, c’est oublier le bouillonnement culturel, au travers du cinéma (une pensée pour la regrettée Ronit Elkabetz), de la télévision (les séries « Hatufim » ou « False flag ») ou de l’architecture (les fameux immeubles de style Bauhaus de Tel-Aviv).
Et le jazz dans tout ça, me direz-vous ? Rassurez-vous, la scène israélienne se porte à ravir. Elle a su développer au fil des années sa spécificité en mélangeant les influences traditionnelles de cette musique avec ses propres sources d’inspiration liées à son environnement culturel (musique orientale, musique klezmer). Le tout en maintenant un axe privilégié entre Tel-Aviv, New York et Paris.
Le plus visible médiatiquement pour le grand public reste Avishai Cohen, contrebassiste de talent. Remarqué par Chick Corea dans les années 90, Avishai Cohen s’est rapidement imposé comme une valeur sûre. Il est devenu une sorte de parrain de la scène jazz au travers du label qu’il a créé ou du festival de jazz d’Eilat dont il assume la direction. J’ai un faible pour l’album « Aurora » sorti en 2009 sur le label Blue Note. Pour la première fois, Avishai Cohen pose sa voix sur plusieurs morceaux en anglais, en hébreu et même en espagnol. Il intègre parfaitement des instruments tels que l’oud ou la derbouka en complément des plus traditionnels piano, batterie ou contrebasse avec, en point d’orgue, « Alon basela » (littéralement, un chêne dans la roche).
À l’instar de Miles Davis, il est intéressant de porter une attention particulière aux musiciens ayant travaillé, plus ou moins régulièrement, avec Avishai Cohen. En tirant la pelote de laine, nous arrivons à un pianiste qui a collaboré sur quatre albums, Shai Maestro. Plus jeune qu’Avishai, il est tout aussi talentueux. Shai Maestro, à la tête de son trio, a une approche plus classique du jazz et les convergences avec des influences extérieures sont plus subtiles, moins frontales. Sa musique est empreinte de légèreté, de fluidité, de délicatesse. On flirte parfois avec de l’hypnotique. Depuis 2010, le trio a sorti quatre albums dont le récent « The stone skipper » (2016) qui est pour moi, à ce jour, l’album le plus abouti.
Qui dit Shai Maestro, dit … Avishai Cohen. Je ne radote pas, je vous rassure. Je parle de l’autre Avishai, le trompettiste. Nous restons en compagnie de la nouvelle génération, mais basculons du classique vers le traditionnel. Pour autant, cela est très réducteur. En effet, Avishai « Trumpet Man » Cohen est également connu comme membre du Wu-Tang-Clan du jazz israélien, Third World Love. Le parallèle est certes audacieux, mais, si le Wu regroupait de multiples talents, Third World Love n’est pas en reste avec une association de All stars : Avishai Cohen, Omer Avital (contrebasse, oud), Yonathan Avishai (piano) et Daniel Freedman (batteur) même si ce dernier n’est pas né en Israël. La première écoute de « Sketchs of Tel-Aviv », 3ème album du quatuor, est une claque salutaire qui consacre quatre musiciens et compositeurs exceptionnels. Personnellement, j’ai un faible pour le morceau « Hareshut » (la permission) avec ses accents orientaux et ses chants en hébreu.
Restons sur un des membres du quatuor, Omer Avital. Ce dernier a un positionnement particulier, car il est à la fois initiateur de cette scène jazz et un des acteurs majeurs. Plus âgé que ses petits camarades, Omer est initialement contrebassiste (certains le surnomment le Charles Mingus israélien). Après avoir collaboré avec Wynton Marsalis, Brad Mehldau ou Kenny Garrett, il retourne en Israël pour compléter son background en étudiant l’oud. Ses albums sont les carrefours d’influences multiples, allant de musiques traditionnelles à des musiques urbaines, passant du Moyen-Orient à Cuba, tout en conservant une cohérence et une structuration. « Arrival » enregistré en 2006 (avec la magnifique « Song for Amos ») ou le récent « Abutbul music » symbolisent cette créativité sans cesse renouvelée.
Il est important d’évoquer le cas Yaron Herman. Venu tardivement, et par accident, au piano (16 ans), c’est aujourd’hui un virtuose capable de travailler des chansons pop comme « Toxic » de Britney Spears ou de développer un projet plus classique (album « Variations », seul au piano, même si on en doute parfois comme à l’écoute de la reprise de Sting « Fragile »). Son dernier opus « Y » confirme cette prédisposition à mixer des inspirations très diverses avec des accents rock et des compositions chantées.
Il est agréable de poursuivre cette flânerie musicale dédiée à la scène jazz israélienne en évoquant par exemple le pianiste Omri Mor, mais la rédaction du Jazzophone me rappelle à la triste réalité de mes 4300 caractères largement dépassés.

Ecrit par Cyril Hely

#SurLaPisteD’Un33Tours Hal Singer & Jef Gilson « Son of Africa »

Hal Singer & Jef Gilson / Soul Of Africa (Le Chant du Monde, 1974, Kindred Spirits, 2008)
Par Benjamin Grinda

Si le rayonnement de la scène française fut l’un des plus importants du jazz européen à la fin des années 1960, il est notamment lié à la vision et à l’engagement d’artistes tel que Jef Gilson. Peu connu du grand public, Jef Gilson n’en a pas moins marqué toute une génération de musiciens ayant oeuvré aux avant-gardes du jazz. L’occasion de découvrir Soul of Africa, réédité il y a quelques années par le label Kindred Spirits.

En 1974, date à laquelle paraît son neuvième opus, Soul Of Africa, Jean-François Quiévreux alias Jef Gilson a 48 ans. Il a déjà derrière lui une longue carrière de près de 30 ans dévolue à sa passion, depuis ses débuts de clarinettiste aux côtés de Boris Vian, en 1946. Tour à tour pianiste, compositeur, producteur, arrangeur, chef d’orchestre, critique, chanteur, ingénieur du son, enseignant, théoricien, fondateur de labels, ce touche-à-tout de génie ne connaissait pas d’horizon bornant son talent. Les plus grands noms du jazz français sont passés par son studio : Henri Texier, Jean-Luc Ponty, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Michel Portal, François Tusques, Eddy Louiss, Jacques Di Donato, Christian Vander…

C’est avec le saxophoniste ténor Hal Singer qu’il signe ce projet bâti autour d’un amour commun pour les rythmes africains. Le saxophoniste américain découvre l’Afrique quelques années auparavant, en 1972. L’explorateur du jazz Jef Gilson s’était quant à lui passionné pour Madagascar et ses musiciens, qu’il rencontre en 1968. Une expérience essentielle pour le jazzman qui multiplie les collaborations avec ses amis malgaches, comme ici où l’on retrouve Frank Raholison à la batterie, suivi par Del Rabenja et Gérard Rakotoarivony aux percussions.

Ouvrant l’album, Chant Inca, un des premiers thèmes écrits par Gilson dans les années 50, est réinterprété selon une adaptation qui donne le ton : l’expression spirituelle de l’album sera portée par les répétitions rythmiques tantôt d’une basse lourde, des percussions, des élans du sax ou du piano, menant une transe hypnotique comme un voyage retour à l’âme originelle, celle de la terre mère de l’acte jazzistique, Mother Africa. Un retour également vécu pour de nombreux musiciens de cette époque qui relient le jazz intellectuellement à ce qui le fonde, son ambition spirituelle.

« D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous », s’interrogeait déjà Paul Gauguin au contact des populations de Polynésie. Jef Gilson sonde ici le sens de cette quête, afin qu’advienne dans sa pratique musicale une liberté esthétique, au croisement d’une liberté revendiquée par tout un continent en lutte pour son indépendance.

Playlist :

1 Chant Inca
2 Mother Africa
3 The High Life
4 Libertarian
5 Garvey’s Strut
6 Le Grand Bidou (édition Kindred Spirits)
7 Fable Of Gutenberg (édition Kindred Spirits)

Ecrit par Benjamin Grinda

#LIVEREPORT : Mulatu Astatké : le Printemps des Nuits du Sud

Le vendredi 7 avril dernier, le Printemps des Nuits du Sud a offert aux spectateurs azuréens un rendez-vous précieux : la programmation de l’élégant Mulatu Astatké, père fondateur de l’éthio-jazz. Du haut de ses 74 printemps, le fringant vibraphoniste s’est présenté au public Vençois sur la belle scène de la place du grand jardin, pour un voyage musical des plus dépaysants.

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Ecrit par Benjamin Grinda