JAZZ&LITTERATURE Satchmo, Capone et les autres

 

Satchmo, Capone et les autres par Jacques Lerognon

1928, Al Capone règne encore en maître sur la ville des vents. La prohibition comme la corruption sévissent sur toute la ville, des quartiers blancs riches aux ghettos pauvres et noirs. Louis Armstrong a quitté la Nouvelle Orléans depuis six ans, il est une star désormais dans le nord. Le jazz est partout dans la ville, mais surtout dans les zones noires. Peu importe, une nouvelle profession est née, les entremetteurs qui organisent des concerts, mais surtout des parties privées pour quelques nantis, amateurs de bonne musique, d’alcool facile et de femmes peu farouches. Le whisky est brun foncé, les distractions noires de peau, seule, les notes, celles de la trompette, du piano, de la contrebasse ou des saxophones restent bleues. Le cadavre d’un blanc dans un quartier noir va inciter le photographe de la police Jacob Russo, à enquêter. Pas vraiment dans ses attributions, mais comme il est doué et minutieux, ses agissements sont tolérés. Trouvera-t-il un rapport avec la disparition d’une jeune fille huppée et de son fiancé pour laquelle deux détectives de l’agence Pinkerton sont mandatés.
Dans les clubs, Louis Armstrong et son pianiste Earl Hines créent un nouveau genre: « Son Time était tellement parfait que les batteurs avec qui il jouait avaient du mal à suivre ses fantaisies rythmiques. Son sens de l’harmonie était si inventif et surprenant que les autres musiciens peinaient à suivre la complexité de ses lignes mélodiques. Il n’y avait que Louis qui était à l’aise avec lui. Chacun stimulait l’autre ». Mais Armstrong, entre deux gigs, après une joute de trompette mémorable avec le cornettiste Bix Beiderbecke fera l’intermédiaire, l’insider, entre la pègre et les Pinkerton. Sur l’estrade, en backstage, on entend bien des informations anodines qui peuvent se révéler essentielles. Un très beau thriller qui transporte littéralement le lecteur au cœur du Chicago des années 20, les fameuses Roaring Twenties. Un polar qui swingue sur un rythme aussi effréné que le solo de Louis Armstrong dans « West End Blues ». L’auteur, influencé par l’OuLiPo, donne d’ailleurs comme contrainte à son roman, la structure du Blues de Satchmo, (cadenza, duo, pont, solo, chorus général, improvisation, coda). Mais Ray Celestin ne se contente pas d’une intrigue rondement menée, son polar est aussi un roman noir de plus de cinq cents pages. La ségrégation est omniprésente, mais la misère elle, ne regarde pas la couleur de peau, dans les forges, les aciéries, les abattoirs. Le rêve américain n’existe pas sur les bords du lac Michigan même pour les jazzmen qui finiront par rejoindre New York, et donner naissance au Be Bop. Mais c’est une autre histoire.
Mascarade (Dead Man’s Blues), par Ray Celestin – Le Cherche Midi. Traduit par Jean Szlamowicz

Ecrit par Jacques Lerognon

Jazz & Littérature : Ronald L. Morris « Le jazz et les gangsters »

Les amateurs de jazz ou de cinéma connaissent bien les rapports plus qu’incestueux de Sinatra ou Dean Martin entretenaient avec la pègre, Nick Tosches le raconte très bien dans sa biographie  »Dino » (Rivages) mais dans cette étude, le sociologue Ronald R. Morris fait remonter à la fin du 19e, cette association entre jazzmen et mafieux. Il utilise plutôt les mots plus évocateurs de racketters, mobsters ou bootleggers. Suite →

Ecrit par Jacques Lerognon

R.I.P Nat Hentoff, jazz critic émérite.

Mr. Hentoff avec  le  clarinettiste  Edmond Hall en   1948 au  Savoy, un  club de Boston.

Nat Hentoff qui vient de s’éteindre à New York le 7 Janvier dernier à l’âge, certes canonique, de 91 ans était un journaliste, historien, romancier et critique américain de jazz. Il fut l’une des principales plumes d’après-guerre qui contribuèrent à persuader les médias et le grand public de la validité du jazz en tant que forme d’art. Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

#JAZZetPOLAR « La loi de Murphy »

On le sait, Bird est le surnom de Charlie Parker. C’est aussi le prénom du personnage principal d’un formidable roman d’Eric Miles Williamson, Bienvenue à Oakland, paru chez Fayard Noir, il y a quelques années. T. Bird Murphy a choisi de vivre dans un trou, au fond d’un box. Suite →

Ecrit par Corinne Naidet

JAZZ ET POLAR Jusqu’au Bout du Bleu

Portrait Jean Claude IZZO

jean-claude-izzo« Hassan avait laissé filer l’album de Coltrane et Ellington. Ils attaquaient « Angelica » Une musique qui parlait d’amour. De joie. De bonheur. Avec une légèreté capable de réconcilier n’importe quelle tristesse humaine avec l’envol d’une mouette vers d’autres rivages. » Ces phrases sont extraites d’un des romans de Jean Claude Izzo, Solea, le dernier de la trilogie marseillaise consacrée à Fabio Montale. Suite →

Ecrit par Jacques Lerognon