#Jazz & #Gangsters : Les Baumettes

Depuis les premières années de son existence officielle, le jazz a entretenu des relations privilégiées avec le milieu, les gangsters et par extension avec la prison. Cette relation que l’on pourrait qualifier de naturelle n’a pas échappé à l’équipe de Radio Baumettes qui lui a consacré deux pleines émissions « Le jazz et les gangsters », « Les jazzmen en prison », enregistrées en direct dans le studio des Baumettes à Marseille.

Cette radio a été créée en 2002, les émissions ont lieu depuis 2013. Elles sont animées depuis 2013 par E.P, intervenante extérieure, qui réunit autour d’elle cinq ou six détenus, dont un technicien fort expert Mathieu M. L’émission commence par un ping-pong où l’invité du jour est d’abord soumis au feu des questions (le ping). Il y a une session de cinq jours tous les mois et demi.

Le très beau film de Marie-Claude Treglia « 239 chemin de Morgiou » narre un épisode de cette aventure. La radio s’est récemment ouverte à des détenues  depuis qu’elle a été déménagée dans le nouvelle prison à côté, en septembre 2018, ce qui constitue d’évidence un grand progrès. Les émissions sont diffusées dans les cellules via un canal video interne. Elles peuvent aussi être rediffusées. Parmi les production locales, une feuilleton des plus réjouissants où l’humour domine est accessible en ligne. Deux thèmes d’émissions naturellement liées au jazz ont été traités : « Le jazz et les gangsters », « Le jazz et la prison ».

Dès sa naissance officielle, en 1917, le jazz s’est développé dans des villes où les gangsters tiennent le haut du pavé, notamment à la Nouvelle-Orléans, à Chicago et à New York. A la Nouvelle-Orléans, la Mafia est devenue une institution, en réaction aux violences exercées contre la population italienne récemment émigrée. Jazzmen et gangsters, blancs et noirs vont grandir dans les mêmes quartiers et les truands deviennent ainsi, tout naturellement, les sponsors du jazz. Leurs boîtes de nuit embauchent ces musiciens et le jazz y a pleinement droit de cité, c’est en quelque sorte « leur » musique.

A partir de 1919, jusqu’à 1933, la Prohibition va constituer une sorte d’âge d’or pour les truands, la fascination pour l’interdit va peupler es boîtes de nuit et les clandés. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, le jazz a largement honoré les prisons, à moins que ce ne soit l’inverse, et que la prison d’Etat de San Quentin peut se glorifier d’avoir maintenu en ses murs un superbe big band de jazz qui a vu défiler maints excellents jazzmen (dont Art Pepper et Frank Morgan), certains n’en étant jamais sortis.

On peut difficilement dissocier le jazz du monde de la nuit et jusqu’à l’époque où il a accédé à la « grande culture » (doublons les guillemets) traduite en « concerts » dans des salles prestigieuses et en festivals, il était l’accompagnateur idéal des plaisirs nocturnes. Maints films en témoignent jusqu’en France (Autour de minuit de Bertrand Tavernier se déroule dans les milieu des boîtes et du jazz à Paris).

L’odyssée que nous a conté ces émissions aux Baumettes traduit la stupéfiante (même si le qualificatif participe de l’ambiguïté.) imbrication de deux mondes : l’officiel lié à la vie quotidienne et celui du rêve et des plaisirs inséparable de la musique et que nos sociétés refoule en marge, quitte à nous le faire payer au prix fort.

Bibliographie Ronald L. Morris « Le jazz et les gangsters 1880-1940 », ed.Tempo, 1997.

Ecrit par Francois Billard

Un commentaire

  1. Poulpy 6 août 2019 0 h 43 min / Reply

    Il y avait aussi une autre forme de relation entre le jazz et la prison, immortalisée par Bird dans son titre  » relaxing at Camarillo  » 🙂

    Les drogués étaient envoyés de force faire une cure dans cet hopital / prison. Le Bird y a passé 6 mois ….

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