Peillon Jazz Festival 2026 : le vertige des hauteurs, l’évidence du jazz

Certains festivals, on les écoute simplement. D’autres, on les vit comme une vraie montée en altitude. À Peillon, ce village perché à 376 mètres dans l’arrière-pays niçois, le jazz ne fait pas juste du bruit : il s’imprègne des pierres, se glisse dans les ruelles étroites et suit les courbes du relief, comme si le village flottait entre ciel et souvenirs. La sixième édition (4-5-6 juillet 2026) renforce cette magie : ici, la musique ne vient pas à vous, c’est elle qui vous emporte vers le haut

Avant de grimper jusqu’à Peillon, le festival a lancé les hostilités à Nice, le 10 avril dernier, au Pathé Gare du Sud, lors d’une conférence de presse qui ressemblait déjà à un concert.

#LiveReport : Hugo Lippi

En prélude à la présentation du programme du 6e  Peillon Jazz Festival, le guitariste Hugo Lippi (prix Django Reinhardt 2020 de l’Académie du Jazz) a donné un court concert, en solo, dans une des salles du cinéma Pathé Gare du Sud. Le décor est simple, un tabouret, un ampli, un micro-voix et, au fond, sur l’écran la pochette du dernier album en date « Olha Maria » (For Musician Only – janv 26).

Hugo Lippi, tout de noir vêtu, s’installe avec sa très belle guitare Elferink. Le répertoire de la soirée, puisé dans ces deux derniers disques, est un hommage à la guitare jazz sous toutes ses formes. Du jazz classique avec une reprise de « A Child Is Born » du trompettiste Thad Jones mais aussi un joli medley mêlant deux chansons de Brassens à un méga standard de Django. Bien sûr un peu de brésilien avec une bossa de Paul Desmond couplée à un célèbre thème de Villa Lobos. Quelques autres thèmes se succèdent. On arrive, hélas, vite à la fin mais pas de concert de guitare sans un petit blues de derrière les fagots. Ce sera du Kenny Burrel. Hugo quitte son tabouret pour jouer debout un long chorus en bas du manche, façon guitar hero, qui ravit tous les spectateurs et pas seulement les guitaristes présents dans la salle. 

Comme les organisateurs du Peillon Jazz Festival aiment bien les surprises, l’harmoniciste niçois Luc Robert rejoint le guitariste pour un duo final impromptu en mode samba. Une belle mise en bouche car on retrouvera ces deux musiciens avec leur quartet respectif le premier jour de ce festival 2026.

Puis l’heure vient de présenter la programmation.   

Samedi 4 juillet, la guitare domine : Luc Robert Quartet, Hugo Lippi avec Olha Maria, Krystle Warren et la carte blanche d’Éric Legnini. Une soirée où les mélodies coulent, et le groove s’invite partout.

Dimanche 5 juillet, on voyage : Nicolas Gardel avec ses vibes afro-caribéennes, Harold López-Nussa et sa timba made in USA, Kyle Eastwood qui revisite le cinéma… Une journée qui sent l’exotisme, tout en restant ancrée dans le jazz. Et pour conclure la soirée, une décharge d’énergie collective : The Getdown Trio, porté par le batteur Arnaud Dolmen et l’organiste Laurent Coulondre. Une formation pensée comme une fête en mouvement, où le groove devient contagieux, presque physique.

Le lundi 6 juillet, le festival change légèrement de focale avec une ouverture confiée au Thomas Layrac Trio. Pianiste et co-organisateur du festival aux côtés d’Alban Leloup, Thomas Layrac incarne cette génération de musiciens-passeurs, capables de tenir ensemble la vision artistique et l’ancrage territorial. La suite déroule ses lignes de force : Aurore Voilqué et son Balkan Ladies Connection, André Ceccarelli en parrain fidèle, puis Vincent Peirani avec Living Being IV, exploration sensible du temps musical.

Entre les concerts, il y a les jam sessions nocturnes à l’Auberge de la Madone : un festival dans le festival, où musiciens et public se mélangent, et les nuits durent jusqu’à 2h du mat’. Ce qui marque à Peillon, plus que les stars, c’est l’harmonie globale. Le jazz n’est pas qu’un genre, c’est une langue partagée par tous.

Le dimanche après-midi, en haut du village, un concert gospel gratuit à l’église Saint-Sauveur rappelle que le jazz, c’est aussi du partage, une communauté, presque une célébration.

« Le plus perché des festivals », clame le dossier de presse. On pourrait rigoler, mais c’est spot on. Tout est question de proximité, entre les artistes, le public, et le paysage. On y grimpe pour du jazz, on redescend transformé. Une sensation précieuse, presque intime : celle d’avoir vécu un moment unique, qu’on ne retrouvera nulle part ailleurs.

Et c’est peut-être ça, le vrai luxe d’un festival aujourd’hui.

https://www.instagram.com/peillonjazz.festival

Ecrit par Jacques Lerognon

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Les concerts Jazz et +

  • Le Jazzophone