#Hommage à Jean-Pierre Lamouroux, journaliste, artiste et passeur de jazz

C’est avec une émotion profonde que nous avons appris la disparition de Jean-Pierre Lamouroux, voix historique du Jazzophone, compagnon de route fidèle depuis les premiers numéros du journal, mais aussi artiste aux multiples facettes, dont le parcours fut aussi singulier qu’intensément vécu.

Jean-Pierre Lamouroux faisait partie de cette génération d’hommes habités par la passion, qui semblent avoir traversé plusieurs vies en une seule. Curieux de tout, porté par une soif inépuisable de découverte, il s’est forgé au fil des décennies un chemin riche, atypique et profondément humain. Dans les colonnes du Jazzophone, il était bien plus qu’un rédacteur. Dès la naissance du journal, il a accompagné avec constance et ferveur l’actualité du jazz de la Riviera, des clubs intimistes jusqu’aux grandes scènes internationales. Ses textes se reconnaissaient à leur sensibilité, à leur précision, et surtout à cet amour profond des musiciens. Jean-Pierre écrivait comme il écoutait : avec attention, générosité et un infini respect pour les artistes.

Mais réduire Jean-Pierre Lamouroux au seul journalisme serait trahir l’essence de ce qu’il était.Avant de goûter à la douceur de la Grande Bleue à Antibes, Jean-Pierre avait longtemps exercé comme journaliste de télévision à Paris. Il avait connu l’époque de l’ORTF, cette télévision d’État encore sous étroite tutelle politique. Il appartenait à cette génération qui a vécu de l’intérieur les bouleversements de Mai 68 et les combats pour une information plus libre. Dans ses souvenirs, il évoquait souvent ces années où l’audiovisuel dépendait directement du ministère de l’Information, où les reportages étaient relus par le pouvoir avant diffusion, et où il fallait parfois batailler simplement pour montrer le réel. Il racontait les grèves de l’ORTF, les plateaux figés, les rues en ébullition, les étudiants, les ouvriers, mais surtout cette volonté partagée de conquérir une liberté de ton et d’expression.

Jean-Pierre avait aussi couvert des théâtres de guerre. De ces expériences, il gardait un regard profondément humaniste sur le monde. Derrière sa discrétion se tenait un homme engagé, au sens le plus noble du terme, convaincu que la culture, la musique, l’information et l’art sont au cœur de la liberté humaine.

Journaliste à France 3 pendant une grande part de sa carrière, il n’a jamais perdu cette passion pour le son, l’image et la mémoire des artistes. Bien avant l’ère numérique, Jean-Pierre faisait partie de ces veilleurs infatigables capables de sacrifier leurs nuits pour préserver la trace des concerts. Pendant des années, son mythique magnétophone Revox sous le bras, il allait collecter les enregistrements de Jazz à Juan ou du Nice Jazz Festival auprès des équipes techniques et des amis de Radio France, cousine naturelle de la grande famille de France 3. Grâce à ces complicités et à cette passion partagée du jazz, il a patiemment constitué une véritable mémoire sonore des festivals azuréens. Ces bandes magnétiques étaient pour lui bien plus que de simples archives : des fragments de vie, des instants suspendus, capturés dans la chaleur d’un solo, le souffle d’une trompette ou les applaudissements d’une nuit d’été sur la Côte d’Azur. Musicien lui-même, épris de jazz depuis toujours, il fréquentait les concerts comme d’autres entrent dans un lieu sacré. Il connaissait les standards, les histoires, les discographies, mais surtout les femmes et les hommes derrière la musique. Les rencontres avec les artistes comptaient pour lui autant que les notes jouées sur scène.

En parallèle de son activité de journaliste, Jean-Pierre développait depuis de nombreuses années une œuvre personnelle de sculpteur. Inspiré par la mer, les formes organiques et le mouvement, il façonnait un univers où la matière dialoguait avec la poésie et la contemplation. Ses sculptures portaient en elles cette même liberté intérieure qui traversait toute sa vie. La Méditerranée tenait également une place essentielle dans son existence. Plongeur passionné, amoureux des fonds marins, il entretenait avec la mer un lien presque philosophique. Ceux qui l’ont bien connu parlent volontiers de ce rapport au silence, à la profondeur, à l’observation du vivant, qui nourrissait autant son travail artistique que son écriture.

Et puis, il y avait son regard sur les autres. Son enthousiasme inépuisable. À chaque rencontre, Jean-Pierre ne cessait d’encourager : poursuivre le Jazzophone, maintenir les concerts, soutenir les artistes, défendre la musique vivante. Pour lui, le jazz n’était pas un simple genre musical, mais une manière d’habiter le monde, une respiration, une fraternité.

Il aimait répéter que la musique, c’est la vie. Et que la vie, c’est aussi l’amour.

Jean-Pierre faisait partie de ces présences discrètes mais essentielles qui marquent durablement une scène culturelle. Toujours là dans les festivals, les clubs, les vernissages, les rencontres artistiques, il incarnait une curiosité bienveillante devenue rare.

Au Jazzophone, nous perdons infiniment plus qu’un collaborateur : nous perdons un ami, une mémoire, une présence fidèle et profondément humaine. Toute l’équipe du Jazzophone adresse ses pensées les plus sincères à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont partagé un morceau de chemin avec lui.

Le jazz de la Riviera perd aujourd’hui l’un de ses plus beaux passionnés.

Ecrit par David Benaroche

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