L’ensemble Caravaggio joue une musique mêlant jazz, rock et musique électronique. Il présente ce soir, en création mondiale, une commande du festival intitulée Thirteen ways of being a blackbird Les quatre instrumentistes du groupe sont rejoints par deux invités la violoniste et vocaliste hollandaise Diamanda La Berge Dramm et l’altiste irlandais Garth Knox.
Le violoniste Benjamin de la Fuente et le claviériste Samuel Sighicelli ont élaboré, écrit, inventé un univers musical sur un poème de l’américaine Kate Colby. Caravaggio abandonne la basse électrique et la guitare ténor et se transforme en un quatuor à cordes avec la contrebasse de Bruno Chevillon
et la batterie et Eric Echampard. L’idée de mettre une voix dans Caravaggio trottait dans la tête du groupe depuis un moment et Diamanda La Berge Dramm s’avère être le bon choix avec sa voix envoutante, son phrasé entre psalmodie et récitatif. Ni une chanteuse jazz, ni une chanteuse lyrique.
Son chant évoque à certains celui de Bjork. Dans le poème épique qui inspire cette musique revient un leitmotiv en début de chaque séquence, I Mean, susurré, mugi, crié, cinglé, scandé avant que les archets ne dessinent l’humus de ce spectacle total. Les synthés de Samuel Sighicelli cliquètent, grondent dans des infras basses spectrales. Éric Echampard joue des contrastes entre ses cymbales éclatantes et les sons sourds et enivrants de son pad électro.
Même en l’absence d’instruments électriques, l’énergie rock n’a pas quitté la musique de Caravaggio entre l’attitude punk de la chanteuse et les ambiances berlinoises de certains passages. Garth Knox délaisse par moments son alto pour une vielle à archet ou une viole d’amour en une variation de timbres savamment orchestrés par les deux compositeurs.
Les lumières aussi sobres que magnifiques contribuent beaucoup à la narration et chacun peut voir et entendre son propre spectacle. Univers spatial pour certains, apocalyptique pour d’autres. La voix de Diamanda, les lignes mélodiques des violons apportent, de temps à autres, une douceur apaisante avant que le fracas du Moog ne vienne percuter le spectateur.
C’est toujours un privilège d’assister à la création d’une œuvre et, quand elle est de l’intensité de ce Thirteen ways of being a blackbird, c’est aussi un bonheur rare.
Et le Printemps des Arts continue :
