Chronique anniversaire : The Lounge Lizards (1981)

lounge tube

 Il y a 35 ans de cela, en juin 1981, sortait un album qui allait modifier (un peu ) le cours du jazz et influencer durablement toute une génération de musiciens. Mais auparavant , un peu d’histoire…

Au début des années 80, à New York (where else ?) nait le mouvement dit « jazz-punk » ou « No Wave« , qui veut allier les franges les plus radicales du jazz et du rock. Rien à voir avec le jazz-rock de la décennie précédente, celui des Mahavishnu Orchestra et autres Weather Report, et leur lisse virtuosité. Non, si l’on doit  faire référence aux musiciens des années 70, c’est au Miles Davis déjanté et surcocaïné des albums « On the Corner », « Big Fun »  ou « Live Evil », côté jazz ou, côté rock  aux Stooges de « Fun House » ou aux MC5, qui reprenaient du Sun Ra, auxquels il faut penser.

Cette mouvance inclue des musiciens comme le batteur Ronald Shannon Jackson, le guitariste James Blood Ulmer, venu du groupe Prime Time de Ornette Coleman, (autre grande influence sur le mouvement), Joseph Bowie et son groupe Defunkt, James Chance & the Contorsions, Lydia Lunch, et un certain John Zorn… Au milieu de tout cela se trouve John Lurie, un jeune saxophoniste, peintre et comédien, féru  de littérature  et de cinéma, du Film Noir et de la Nouvelle vague française en particulier, et du be-bop de Charlie Parker et Thelonious Monk.

John_Lurie

Très inspiré par ce renouveau musical, il fonde en 1980, The Lounge Lizards (les lézards de salon) avec son frère Evan (piano et orgue), Arto Lindsay (guitare), Steve Piccolo (basse), et Anton Fier (batterie). Leur concept est de jouer un jazz « décalé » avec humour et distanciation, même si l’admiration de Lurie pour les grands maîtres  est réelle. Grâce à leur talent musical et l’intérêt de la presse pour ce nouveau courant, ils signent sur  un assez gros label (EG) sous la houlette de Téo Macero, le légendaire producteur de Miles Davis.

Et l’album, éponyme, est une vraie réussite, sorte de B.O. idéale d’un polar imaginaire, né de l’imagination de Lurie. Le morceau d’introduction « Incident on South Street » donne le ton.  La ville, la nuit, la pluie, les pneus crissent sur le bitume… Ambiance à la Scorsese, à la Cassavetes, qu’adule Lurie.  Suit un « Harlem Nocturne » particulièrement  intense. Sont repris deux thèmes de Monk « Epistrophy » et « Well you need’nt » dans des versions particulièrement iconoclastes. Et tout est à l’avenant : un swing déstructuré particulièrement original et fascinant.

Par la suite le groupe changera de personnel (Lindsay sera remplacé par Marc Ribot, qui jouera par la suite avec Tom Waits, Zorn, et même notre regretté Alain Bashung national), ils publieront des albums  jusqu’en 1998, mais aucun n’égalera ce coup d’essai qui fut véritablement un coup de maître.

Quant à John Lurie, il connut une grande réussite cinématographique, en explosant dès 1982 dans le « Stranger than Paradise »  de son ami Jim Jarmusch et en poursuivant une carrière qui le verra tourner avec de grand réalisateurs comme Wim Wenders, David Lynch  (il joue dans les palmés à Cannes « Paris, Texas » et « Sailor et Lula« ), Martin Scorsese, Tim Burton, etc… Mais tout commença avec cet album…

Ecrit par Gilbert D'Alto

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