#Interview : Hugh Coltman, un corps qui chante

Une voix désormais reconnaissable, mais plus encore sur scène, comme une baguette magique elle donne l’ordre au reste du corps de se mouvoir, les doigts se tordent, le torse se gonfle, les genoux se regardent, les pieds lissent le parquet, on sent très vite la force du texte. C’est toute cette émotion, cette sensibilité que Hugh Coltman envoie au public.

Né en Angleterre, pris par la France depuis deux décennies il s’impose aujourd’hui comme une des plus insolites voix du jazz… crooner peut être, lui s’en défend, mais ça y ressemble !

Hugh Coltman : Crooner ça veut dire quoi ? Non je veux que l’on m’écoute comme je suis, sans me coller une étiquette, mais c’est sûr qu’avec mon dernier album enregistré à la Nouvelle-Orléans je suis dans le jazz, mais contrairement à ce que l’on dit souvent cette musique est la porte ouverte à d’autres styles pas forcément qui swinguent, rappelez-vous Stan Getz et la Bossa Nova, Israel Lopez et le Mambo et plus près de nous Brad Meldhau et la pop… bon, on m’a « catégorisé » crooner c’est comme ça, mais si ça doit aider le public a mieux découvrir ma façon de chanter c’est bien… vous savez la voix est d’une force énorme, elle peut être émouvante, sublime, éraillée, elle fait rire, pleurer, s’endormir, quel que soit le timbre, l’intensité des sons, les paroles font un tout qui rapproche le public à la musique, il y a une histoire, pour moi c’est la chanson qui me guide vers un style, alors crooner où pas… j’envoie !

Tes gestes, tes nombreux déplacements sur scène, tes contorsions, comment tu expliques cette attitude ?

Hugh Coltman : Je fais passer mon émotion tout naturellement, c’est une manière instinctive d’illustrer les paroles que j’ai choisies, surtout si elles sont fortes, réalistes, dénonciatrices, provocantes, j’anime des personnages que je fais exister, que j’ai rencontrés…ça peut être ceux qui vivent dans le fracas de la vie, ceux qui ratent le train où qui rêvent de prendre le bon, celui de jours meilleurs ou encore les « laissés pour compte » broyés par d’autres hommes sans pitié…c’est vrai il y a un côté scénique que j’assume, mais là aussi si ça aide le spectateur qui maîtrise mal la langue anglaise à me comprendre  c’est bien, non ?

Tu habites maintenant en France, à Montreuil (banlieue parisienne), tu fréquentes un vrai bistrot parisien que l’on a pu voir sur un clip, pourrais-tu chanter en français ?

Hugh Coltman : Pas encore, ta langue maternelle est ancrée dans ton cerveau, je n’éprouve pas la même émotion, les mêmes couleurs que dans ma langue natale.

Tu parles souvent des U.S.A où tu trouves la réalité très dure surtout celle qui touche une partie du peuple américain, précise ton point de vue.

Hugh Coltman : J’aime l’Amérique, celle du cinéma, la poésie, les paysages, certaines avancées technologiques et bien d’autres choses, mais je suis très choqué quand je vois comment on traite certaines catégories d’Américains et les gens les plus défavorisés, ça ramène encore de nos jours aux temps anciens, ça divise toujours ce pays, c’est souvent brutal…quand je chante Sugar Coated Pil, je n’invente rien, j’ai entendu un mec au téléphone qui parlait à son banquier, il pleurait misère pour payer son crédit, son boulot allait mal, sa maison avait besoin de travaux, je sentais son grand désespoir… tu sais quand je suis allé là-bas, à la Nouvelle-Orléans je n’ai pas vu que des mecs en Cadillac… par moment je pourrais pleurer en chantant la détresse des gens face aux nantis qui tapent sur les minorités et ceux qu’on laisse au bord de la route.

Il faudrait de nombreuses pages d’écriture après une rencontre avec Hugh Coltman, amoureux de textes sensibles et reconnaissants à ceux qui l’ont mis sur la route de Muddy Waters, Grégory Porter ou Stevie Wonder. Il est aussi celui qui aime expliquer pourquoi il fait sonner des cuivres sur un titre ou une fanfare sur un autre. Après avoir été l’invité des trois grands Festivals de Jazz de la Côte d’Azur, il s’apprête à parcourir le monde entier, la tête en bas les pieds en l’air, mais en chantant le jazz, la soul, le blues de sa voix inimitable.

www.hughcoltman.com

                                                                               

(1)Who’s happy ?

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

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