#Jazz & #World : Jazz Sud africain contre Apartheid : Johannesburg, le petit frère ignoré de la Nouvelle-Orléans

Hugh Masekela, trompettiste, chanteur, auteur, compositeur, activiste, ambassadeur culturel de lAfrique du Sud… rebaptisé le papa du jazz africain nous a quitté ce 23 janvier.

Un petit hommage lui est ici rendu, à son héritage et au jazz de sa terre natale… qui n’a jamais été exploité à sa juste valeur et apprécié par le grand public…et reste à découvrir.

« La ségrégation, comme aux USA ?! Tu rigoles ! C’était bien pire en Afrique du sud. Au moins, en Amérique, les Blacks avaient des lieux pour jouer et dés le début des 60’s, ils ont commencé à gagner des droits. Et ça coïncidait exactement avec le moment où les noirs  sud africains ont perdu leur honneur et le peu de droits qu’ils avaient  et la seule scène disponible était l’arrière d’une camionnette !!… ainsi, les musiciens étaient en mesure de fuir dés que la police arrivait ! » Voilà, mot par mot, la réponse de Chris McGregor quand je lui ai demandé en 1983 de me faire un résumé de l’apartheid chez lui… au bout de 3 heures d’interview intense, survolant histoire et géographie, les vécus personnels, les conditions générales, distinguant le vrai du faux… Ce jour là, l’apartheid était loin de sa fin et Chris McGregor préparait son concert au New Morning Club à Paris, avec son grand orchestre, The Brotherhood of Breath… un de ses concerts auquel j’ai assisté !!

En effet, j’avais la chance (et curiosité) de rencontrer quelques grandes figures du jazz sud africain, notamment le pianiste Chris McGregor qui était, au milieu des 50’s, le cofondateur de The Blue Notes, un des deux premiers groupes du jazz d’Afrique du Sud « reconnus mondialement », correspondant au quintet hard bop de l’époque des jazzmen américains, tels qu’Art Blakey et Horace Silver. The Jazz Epistles était leur concurrent et, comme The Blue Notes, incluait des membres très talentueux qui avaient parfaitement assimilé les idiomes du jazz avec l’atout d’une grande connaissance des sources de la musique traditionnelle du sud de l’Afrique, extrêmement riche et variée. Et leur combinaison « Township swing ».

Plus tard, la majorité des membres de ces deux groupes ont entamé des carrières internationales,  Chris McGregor, le saxophoniste Dudu Pukwana, le contrebassiste Johnny Dyani et le batteur Louis Moholo (seul survivant) et surtout les leaders des Jazz Epistles, le trompettiste Jazz Epistles et le pianiste Dollar Brand, lequel devint Abdullah Ibrahim quand Duke Ellington produisit son premier album !

Au début des 70’s, j’étais présent au concert de Hugh Masekela et il m’a immédiatement touché et profondément ! J’étais émerveillé par la beauté et la qualité douce et aigre de ses mélodies, magnifiées par la forte personnalité des harmonies et de leurs balancements syncopés sur des rythmes inattendus …et pour couronner le tout, par les improvisations hypnotiques, fluides, originales et non-américaines.

Depuis ce jour, j’ai sauté sur toutes les occasions pour écouter et savourer la musique sud-africaine. C’est bien de cette façon qu’au fil des décennies j’ai réalisé quelle était la richesse du jazz d’en bas, son authenticité, son évolution et ses influences politico-sociales. Donc, j’ose réclamer que Johannesburg est le petit frère oublié de la Nouvelle-Orléans et le reflet direct du jazz américain, en Afrique confidentiellement apprécié. Dans tous les cas, il est aisé de voir que le « jazz made in US » avait sa version sud africaine, époque par époque, genre par genre, du ragtime au swing jusqu’au be-bop, hard bop, free, le tout concocté entre Johannesburg et Cape Town.

Des similitudes historiques sont même frappantes : comparable à Congo Square et le quartier Français de New Orléans, Sophiatown, une banlieue multiraciale de Johannesburg, était le premier lieu où les peuples opprimés se réfugiaent, pour se réunir et s’amuser ensemble. Rapidement, ce point de départ est devenu le quartier où les spectacles de jazz se produisaient illégalement dans des shebeens (bars et clubs informels de townships). L’agitation et l’excitation de ces rassemblements perturbaient le gouvernement blanc et, en peu de temps, ils furent interdits. La production de la comédie musicale King Kong en 1960 fut l’événement majeur pour la scène du jazz sud-africain et le sommet d’un mouvement incontournable.

Miriam Makeba joua le rôle principal et The Blue Note et The Jazz Epistles interprétèrent sa musique. King Kong se produisit dans toutes les communes locales et, en 1961, fît ses débuts sur la scène internationale au Prince’s Theatre de Londres. Ce fut à ce moment que l’apartheid fut mondialement déclaré et que s’engagea ouvertement la lutte anti-apartheid. The Blue Not est resté en Angleterre et Hugh Masekela et son épouse Miriam Makeba s’installèrent aux USA… où Miriam Makeba (surnommée Mama Afrika) fît son audacieux discours anti-apartheid aux Nations-Unies.

Ecrit par Sir Ali

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