Le Jazz et… La Photographie

Univers noir et blanc. Comment oublier les yeux pétillants et le sourire démesuré de Louis Armstrong ? Comment ne pas être bouleversé par certaines images de Billie Holiday qui ont immortalisé la souffrance de l’interprète de Strange fruit ? D’hier à aujourd’hui, l’image qui caractérise le plus souvent le musicien de jazz, est celle d’une fusion totale de l’interprète avec sa musique : nul autre répertoire n’a donné lieu à autant de portraits chargés d’intensité.

Peut-être parce que la richesse même du jazz, dans ses multiples facettes aussi bien techniques qu’émotionnelles, exige-t-elle un abandon absolu ? Quand le jazz se fait musique de l’âme, il n’accepte pas la tricherie. Quand il se fait musique du cœur, celui de l’instrument et de l’artiste battent à l’unisson. Lorsqu’il est festif, il est explosion de vie. Même lorsqu’il s’intellectualise, il demande un tel engagement à l’interprète que, là aussi, celui-ci semble se fondre en une entité unique avec son instrument. Le photographe est le témoin privilégié de ces instants précieux: il capture, immortalise et transmet cette magie du son qui devient image, ouvrant la voie à une autre forme d’art. Musique jazz et photographie se nourrissent l’un de l’autre, l’un inspirant l’autre mais aussi parfois l’un contribuant à faire connaître l’autre.

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« Fresh Time » de Z@ius

L’une des figures emblématiques en ce domaine est Francis Wolff qui fut non seulement l’un des membres fondateurs du label Blue Note, avec son ami d’enfance Alfred Lion, mais aussi son photographe officiel pendant plusieurs décennies. Au départ, ce sont les circonstances particulières des prises de vue qui ont fait émerger un style nouveau. Francis Wolff réalisaient ses clichés lors des répétitions dans un studio d’enregistrement aux dimensions plutôt modestes. De là sont nées des séries de portraits, réalisés au plus près, auréolant les musiciens de jazz d’une aura légendaire. Nombre de ces photos ont ensuite été utilisées en couverture d’albums comme l’inoubliable portait de John Coltrane pour « Blue train » tandis que d’autres perpétuent le mythe du label que l’on peut d’ailleurs découvrir dans un magnifique recueil publié à l’occasion des 75 ans du label.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMais la plupart des photographes qui gravitent autour du monde du jazz sont avant tout des professionnels capables de faire jouer leurs objectifs dans de nombreux domaines. Pourtant, ils ont trouvé dans l’univers du jazz la matière par excellence leur permettant d’exploiter des ambiances, une lumière, une puissance scénique rare. Expositions, publications se sont multipliées offrant au public l’opportunité de revivre les grandes pages de l’histoire du jazz. Aux Etats-Unis, certains musées affichent dans leurs collections permanentes des photos d’artistes ayant accordé une place prépondérante à cette musique. On y découvre notamment les œuvres d’Herman Leonard qui a su merveilleusement rendre l’ambiance des clubs de jazz qu’il a connus aux premières heures de leur existence, ou celles de Philippe Levy-Stab, photographe français qui depuis une trentaine d’années n’a cessé de capter l’esprit de cette musique. Symbolique est le titre de l’ouvrage que publia Roy DeCarava au début des années 60 « The Sound I Saw ».

sound I sawLe chorégraphe Georges Balanchine mettait en avant l’idée que chaque spectateur devait pouvoir « voir la musique et écouter la danse ». Avec la photographie de jazz, chacun peut donner corps à la musique par l’image.

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La richesse de notre région en matière de jazz, tant à travers les festivals qui s’enchaînent été comme hiver que les différents concerts organisés tout au long de l’année, permet à des passionnés de perpétuer cette tradition artistique. En couleur ou le plus souvent en noir et blanc, ils sont animés de cette même passion sur laquelle le temps ne semble pas avoir d’emprise : la recherche de cette flamme dans le jeu de l’interprète qu’ils veulent immortaliser bien après que la musique se soit tue.

Ecrit par Valérie Juan

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