#LiveReport : Parfum de Jazz 2026

En Drôme Provençale chaque année, les vieilles pierres de nombreux villages résonnent de vibrations musicales. La faute à l’association Parfum de jazz, forte de 23 années d’expériences qui essaime en juillet et en aout des concerts de jazz aux quatre coins du territoire.

Un festival organisé, donc, par des bénévoles avec deux idées fortes : inviter des groupes avec des leadeuses, des musiciennes. D’autre part, emmener la musique dans des villages perchés, parfois un peu isolés. Porter une culture populaire et créer ainsi de l’écoute, de l’envie, voire susciter des passions. Ce ne sont pas moins de seize concerts qui sont proposés entre le 28 juillet et le 22 aout. Certains sont gratuits, les « Jazz au village » d’autres, « les Soirées » sont accessibles pour des prix très raisonnables surtout si l’on assite avant aux « Jazz gourmands » gratuitement en pré-concert.

Le Jazzophone s’est donc installé à Parfum de Jazz pour 5 soirées.  A Montbrun les Bains, c’est le très métissé Ehbam qui nous fera voyager de l’Europe Balkanique, la Grèce en particulier, jusqu’aux confins de l’Egypte et de l’Afrique.  Quatre interprètes, trois instruments, quatre voix, des cordes boisées aux cordes vocales, les possibles sont infinis. Ce très jeune groupe présentait avec beaucoup d’enthousiasme et de générosité leur projet Ondes Tissées. Des morceaux chantés, racontés, scandés par Monika Kabasele,

entourée, enrobée serait plus juste, par la violoniste Lisa Murcia , la contrebassiste Léna Aubert et le batteur Elias Azapoglou. La voix de Monika est très expressive ; elle incarne les histoires qui hantent les chants traditionnels ou leurs compositions.

Le violon et la contrebasse, de leurs archets, accompagnent ces mélodies-mélopées pour donner le fil, le tempo, parfois la rupture dans les récits. Tout au long des interprétations, Elias Azapoglou maintient la tension, sculpte le temps et l’espace des morceaux comme Lucia de Sébastien Farge où chacun des instruments se transmute en voix humaines. Très beau moment de poésie intimiste avec Sous le rosier ; les voix sont chaleureuses, les instruments semblent donner les respirations. Très belle composition de Léna Aubert, Murmur of Balaton, nous évoque les paysages hongrois autour du lac tandis que le final, Me gelasan ta poulia nous évoque les oiseaux, leur vol et leur liberté.

Deux rappels qui montrent encore l’étendue de leurs possibles, une danse arabe suivie d’un swing -grec- très inspiré !

Le lendemain, la scène a migré à Mollans-sur-Ouvèze dans le très beau cadre naturel du théâtre de verdure. La chanteuse Katarina Pejak d’origine serbe, installée devant son piano fait face à Boris Rosenfeld qui alterne entre  guitare et  pedal steel. Juste derrière la contrebasse de Sylvain Didou et la batterie de Johan Barrer. Une voix tout à la fois suave

avec des sonorités métalliques pour nous présenter, entre autres, des morceaux de l’album enregistré en 2024 Pearls on a string. Un jazz européen, mais très mâtiné des rythmes américains que la leadeuse, avec l’ensemble de son groupe apprécient et maitrisent très bien. Le blues, la country voire le boogie-woogie avec un morceau comme Excuses. La chanteuse a quand même étudié à Berklee et passé par Nashville !  On décèle aussi parfois des nuances folks, peut être grâce à la voix très expressive de la pianiste. La contrebasse et la batterie sont très présentes dans les récits de Katarina Pejak, soutenant constamment le rythme de la chanteuse, groovant à l’envi. Quant au guitariste, aux riffs très rock, c’est à la pedal steel guitar qu’il se révèle,

peut être car l’instrument est peu usité en France – peut-être parce qu’il faut se servir habilement de ses pieds, ses mains, mais aussi de ses genoux qui permettent de modifier la hauteur des notes. Un set en Panic mode, morceau parfaitement adapté lorsqu’une une belle mante religieuse perturba Boris Rosenfeld ; peut-être que les sensilles de l’insecte étaient sensibles aux vibrations de son instrument ! Mais l’Odyssée se terminera bien et Katerina mènera son quartet à bon port.

Un rappel où le blues prend enfin son essor pour une très belle reprise d’’Ophelia
du fameux groupe américain The Band.

Les techniciens ont  une npouvelle fois déménagé la scène pour s’installer, ouf, trois jours durant, au théâtre de Verdure de la Palun à Buis-Les-Baronnies.  Le groupe de la compositrice et saxophoniste allemande, venue de Zurich, Nicole Johänntgen

est bien servi par le temps qui, après quelques grosses gouttes, se remet au beau. Elle nous présente un nouveau projet Robin (rouge-gorge en anglais) avec Manon Mullener au piano,

Sonja Bossart à la basse et deux percussionnistes David Stauffacher  et Roberto Hacaturyan.

C’est avec sa compositions Chorongo que la pianiste lance le set. Ambiance latine chaloupée. Piano percussif, soprano enjoué.  Les bongos, congas et cajon donnent de belles couleurs chamarrées à ce jazz aux accents caribéens. La fête est lancée.  Les thèmes défilent (You Gotta Dance With Me, Super Jam) les musiciens prennent plaisir à jouer. Discrète derrière, la bassiste insuffle un groove de tous les instants. Etonnants moments où la saxophoniste nous montre plusieurs facettes de son talent, alternant alto et soprano, entre le tendre Song for Nenel dédié à son fils et le free jazz de Pentatonic City qui suit.  Les belles mélodies, les dialogues piano-sax, les virevoltes percussives nous mènent à la fin du concert et

au rappel majestueux : African Marketplace d’Abdullah Ibrahim.

 Vendredi 14 aout, toujours à Buis les Baronnies, c’est le bugle quart de ton de Yazz Ahmed (alternant avec la trompette) qui attend les spectateurs.

Cette musicienne née à Londres est d’origine Bahreïnienne, ainsi ses magnifiques pochettes d’albums qui suggèrent le Moyen-Orient comme Shirin Yoku sorti en mai 2026. Mais cela, aujourd’hui, n’influencera pas forcément sa musique, même si on en retrouve des histoires dans les longs intermèdes où Yazz se raconte, raconte sa musique. Postée face à ses musiciens, David Manington à la basse Rod Youngs à la batterie et Ralph Wyld derrière un magnifique vibraphone.

Le premier morceau commence à l’unisson, She Stands On The Shore, tout en douceur, tout en équilibre comme pour nous souhaiter la bienvenue dans cet univers onirique, poétique qui devient tour à tour plus électro ou psychédélique. Les morceaux se succèdent, et le son grave du bugle rythmé par la batterie évoque des incantations, soutenues par une basse souple et un vibraphone aérien dont les sons-bulles montent vers le ciel.  La fusion est déjà dans le prénom de la chanteuse Yazz, cette fusion est particulièrement audible dans La saboteuse, le batteur est en ébullition,

tandis que les samples et les boucles se multiplient (peut-être un peu trop ?). On préfère l’ambiance de A Shoal Of Souls, peut- être parce que ces migrants qui traversent la mer nous touchent particulièrement.

La mer omniprésente dans les compositions de la leadeuse, qui nous offre en rappel Lost Pearl certainement le plus bahranéï des morceaux.

Samedi 15, encore une fois les cieux sont favorables et la soirée échappera aux orages pour accueillir Kinga Glyk, son chapeau, sa basse et son énergie.

Les organisateurs nous font voyager puisque la bassiste et Michał Jakubczak aux claviers sont originaires de Pologne tandis que le batteur Rodney Barreto vient de Cuba ; l’on est tout aussi content d’accueillir le saxophoniste occitan Lucas Saint Cricq. Une basse électrique dans le jazz, cela évoque immédiatement Marcus Miller mais c’est un langage musical bien à elle que va développer la jeune instrumentiste, s’insinuant dans tous les genres, jazz, funk, rock depuis le premier morceau au groove appuyé, Let’s play some funky groove jusqu’à 5 Cookies issus tous deux de son album Feelings  qui clôt ce set. Contrairement à beaucoup de groupes qui présentent leur derniers projets, c’est un voyage autour de tous les albums de Kinga Glyk auquel le quartet nous convie. La bassiste est omniprésente mais permet aussi aux autres musiciens d’explorer leurs propres univers comme dans l’introduction de Sadness Does Not Last Forever où Michal Jakubczak lance la ballade en un rythme très poétique tandis que dans Swimming in the Sky (de l’album Real life), c’est Lucas Saint Cricq qui s’amuse à habiller le morceau d’effets sonores appuyés et facétieux. Quant au batteur, le dialogue avec la basse est omniprésent et essentiel, soulignant, magnifiant les effets qu’instille Kinga, aux jeux percussifs très inspirés. Soulignons le très beau solo du cubain en final de Lennie’s Pennies. Le public est debout pour réclamer un rappel. Il sera comblé avec Joy Joy où chacun des musiciens va donner le meilleur d’une musique inventive et riche en images, un feu d’artifice. Sur son site, elle explique : « nous jouons parce que nous avons peur du silence, mais le silence fait partie de la musique ». Ce concert nous a montré qu’elle ne craignait plus grand-chose !

Parfum de Jazz, ce sont donc tous ces souvenirs de concerts, de notes venues des quatre coins du monde pour enchanter un public de plus en plus nombreux. Mais derrière, ce sont plus de quarante bénévoles et techniciens qui passent leurs journées à organiser, à déménager les sonos de village en village, à nourrir tous ceux qui travaillent à l’excellence des soirées, souvent sous des températures torrides, alors que les spectateurs bénéficient de la douceur des soirées. Alors le line-up de toutes ces soirées, on l’a pensé en image pour tous ceux qui œuvrent, pendant le festival, mais aussi toute l’année pour que les effluves de ces multiples senteurs se distillent toujours aussi chaleureusement !

Mardi 11 aout au Samedi 15 aout- Montfort-Les Bains- Mollans sur Ouvèze- Buis- Les Baronnies.

Texte : Corinne Naidet – Jacques Lerognon

Photos : Jacques Lerognon

Ecrit par Corinne Naidet

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