Raphaël Imbert, saxophoniste et chercheur de jazz

Raphaël Imbert, saxophoniste et compositeur de jazz

Raphaël Imbert, saxophoniste autodidacte, compositeur, musicien chercheur, pédagogue et conférencier, est l’une des figures les plus singulières du jazz français contemporain. Membre fondateur de la Compagnie Nine Spirit, dont il a été le directeur artistique de 1999 à 2019, il est aujourd’hui directeur de Campus Art Méditerranée, après avoir dirigé le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille, de 2019 à 2023.

Cet article est une version actualisée d’un portrait de Raphaël Imbert initialement publié dans Le Jazzophone. Certains passages ont été remis à jour à l’occasion de sa republication.

De son talent d’écoute à celui d’ethnomusicologue, ce portrait du saxophoniste marseillais révèle une figure majeure du jazz contemporain. Membre fondateur de la Compagnie Nine Spirit, dont il a été le directeur artistique de 1999 à 2019, il poursuit depuis plus de vingt-cinq ans un parcours où création, recherche et transmission sont intimement liées.

De son talent d’écoute à son goût pour la recherche, ce portrait du saxophoniste marseillais révèle un musicien dont le moteur reste le jazz comme agitateur d’idées. Son axe de recherche : la spiritualité dans le jazz. Son terrain de liberté : l’improvisation.

Difficile de résumer un homme aussi atypique et productif. Boulimique de travail et d’expression, Raphaël Imbert est prolifique à l’écrit comme à l’oral. À son actif, de nombreux albums en leader et en sideman, des articles, des chroniques, des livres et une multitude de projets mêlant musique, recherche et transmission.

Né à Thiais en 1974, le jeune Raphaël s’intéresse d’abord à la zoologie. Une rencontre imprévue avec un voisin saxophoniste va lui ouvrir une tout autre voie : celle de la musique et du jazz en particulier. À 15 ans, il souffle pour la première fois dans un saxophone Selmer. L’expérience révèle son écoute et son goût pour l’improvisation. Cet instrument sera le sien. Il le pratique en autodidacte et improvise sur les musiques qui lui tombent sous la main, de Ravel à Fats Wallers, avant de pousser les portes du conservatoire. À 21 ans, il obtient un premier prix.

Raphaël Imbert choisit dès le départ un chemin atypique dans le jazz et les musiques improvisées. L’un de ses principaux sujets de recherche est le spirituel dans le jazz. Cette démarche lui vaut en 2003 d’être lauréat du programme « Villa Médicis hors les murs » pour ses travaux sur la musique sacrée dans le jazz. Cette étude menée à New York constitue l’une des pierres fondatrices des recherches qu’il poursuivra par la suite.

Sa démarche artistique prend également corps en 1999 avec la création de Nine Spirit, un orchestre de neuf musiciens imaginé comme une plateforme entre traditions orales de l’improvisation et écriture musicale. La Compagnie développe alors un répertoire nourri des recherches sur le spirituel dans les musiques afro-américaines et leur patrimoine.

Sun Ra, Albert Ayler, Pharoah Sanders, Duke Ellington, John Coltrane : avec Nine Spirit, Raphaël Imbert interroge et développe les discours musicaux de ces figures majeures. La première œuvre de Nine Spirit, Les Musiques sacrées de Duke Ellington, associe notamment la musique à des narrations extraites des écrits de Théodore Monod.

Avec Bach-Coltrane, enregistré avec le Quatuor Manfred, Raphaël Imbert établit ensuite un dialogue musical entre l’œuvre de Jean-Sébastien Bach et celle de John Coltrane. Jazz et musique baroque, liturgie luthérienne et negro spirituals s’y répondent dans une musique où l’improvisation occupe une place centrale. Le projet entend notamment rappeler Bach comme improvisateur et Coltrane comme compositeur.

Raphaël Imbert est également membre du dispositif de recherche Improtech, en lien avec l’IRCAM et l’EHESS. En 2010, il part aux États-Unis afin d’étudier les passerelles entre musiques populaires traditionnelles, oralité, improvisation et nouvelles technologies.

Durant plusieurs mois, il analyse motifs musicaux et improvisations à l’aide du logiciel OMax. Cette expérience donnera notamment naissance à OMax at Lomax, référence directe à Alan Lomax, folkloriste et collecteur majeur des musiques américaines.

Au fil de son parcours, le saxophoniste travaille avec de nombreux artistes, parmi lesquels Archie Shepp, Daniel Humair, Yaron Herman, Anne Paceo, le Quatuor Manfred, le Trio Chemirani, Karol Beffa, Hugh Coltman, Laurent de Wilde, mais aussi l’Ensemble Contraste d’Arnaud Thorette et Johan Farjot.

Les projets discographiques se succèdent : Libres avec Karol Beffa en 2015, puis Music is My Home en 2016 et Music is My Hope en 2018, dans le prolongement de son travail sur les musiques du Sud des États-Unis.

Avec Oraison, paru en 2021, Raphaël Imbert propose une méditation musicale sur la mémoire, l’histoire et le temps, inspirée notamment par le village de Haute-Provence où il vit.

Musicien chercheur, Raphaël Imbert est aussi pédagogue et passeur. De ses recherches sur le sacré dans le jazz et la franc-maçonnerie chez les musiciens afro-américains naît notamment Jazz suprême, initiés, mystiques et prophètes, publié aux Éditions de l’Éclat en 2014 puis réédité en 2018 avec une préface de Patrick Chamoiseau.

Avec ce dernier, il imagine également Baudelaire Jazz, projet où littérature, poésie et improvisation se rencontrent dans un même espace de liberté.

Pour le centenaire du jazz au Bal Blomet, lieu historique du jazz parisien, il développe également avec Johan Farjot Les 1001 Nuits du Jazz, vaste projet faisant dialoguer répertoire, histoire du jazz et rencontres musicales.

Après avoir dirigé le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille entre 2019 et 2023, Raphaël Imbert est devenu en juillet 2023 directeur de Campus Art Méditerranée. Cette fonction prolonge naturellement son engagement en faveur de la transmission, de la recherche et du décloisonnement des pratiques artistiques. Mais le saxophoniste n’a évidemment pas rangé son instrument.

Avec Music is My Field, Raphaël Imbert poursuit aujourd’hui le vaste travail entrepris depuis ses voyages dans le sud des États-Unis. Le projet s’est notamment développé entre Marseille et Atlanta, autour du collectif Reverence, dans un dialogue entre jazz, traditions populaires, improvisation, spiritualité et transmission. Musiciens américains et français, étudiants et artistes confirmés s’y croisent dans un processus où la rencontre devient elle-même matière musicale.

De Marseille à Atlanta, Raphaël Imbert continue ainsi de tracer ces chemins de traverse qui caractérisent son parcours depuis ses débuts. Chez lui, le jazz reste moins un territoire à défendre qu’un formidable outil pour chercher, transmettre, provoquer la rencontre et inventer de nouvelles formes.

nine-spirit.com/raphaelimbert

Ecrit par Lawrence Damalric

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