Jazz sous les Bigaradiers : La Gaude rallume le swing de l’automne

Affiche : Affiche du festival Jazz sous les Bigaradiers 2026 à La Gaude

Vingt-neuf ans que Jazz sous les Bigaradiers existe, et le principe n’a pas bougé : du jazz, que du jazz, et presque toujours gratuit. Du 31 octobre au 10 novembre, l‘association So What remet le couvert à La Gaude, avec une escapade à Cannes. Quinze formations, cinq lieux, une centaine de musiciens. Et pour qui connaît le Club So What de la rue Ponzone, on sait à peu près à quoi s’attendre : des gens qui s’écoutent, un public qui revient d’une année sur l’autre, et des têtes d’affiche qui ne jouent pas les stars.

Ça démarre d’ailleurs au club, le samedi 31 octobre, sans billet. Olivier Slama et son trio y joueront ce qu’ils jouent si bien, ces standards des années 30 à 50, Gershwin, Cole Porter, avec le swing bien posé. Derrière eux, Les 112 et leur chanteuse Milka changeront complètement d’air, quelque part entre l’Europe centrale, le blues et la bossa. Curieux mélange, mais ça fonctionne.

Le jeudi 5 novembre, détour par le Théâtre Alexandre III, à Cannes, pour Dexter Goldberg. Le jeune pianiste s’est fait une vraie place ces dernières années, avec un jeu qui doit beaucoup au bop sans jamais le recopier. À écouter de près, notamment pour la finesse de sa rythmique.

Le lendemain, retour à La Gaude pour la première soirée payante, à la Coupole. La Compagnie So What, maison mère en quelque sorte, ouvre la soirée. Puis Céline Bonacina, que l’on ne présente plus vraiment : nommée aux Victoires du Jazz, passée par le Tremplin de Jazz à Vienne, elle a fait du saxophone baryton, cet instrument qu’on croit lourd, quelque chose de dansant et de très physique. Elle vient avec le quartet de Jump, et surtout avec Stéphane Galland à la batterie, ce qui en soi vaut le déplacement.

Le samedi 7, c’est la grande journée de Jazz sous les Bigaradiers, celle où l’on peut arriver le matin et repartir après minuit. Café à 10 h avec le Dare Dare Trio et son jazz fusion. À 11 h, le Nice Jazz Quintet mélange trois élèves de la classe jazz du Conservatoire de Nice et deux de leurs profs, sur du Miles, du Coltrane et du Jeanneau. C’est aussi le moment de la remise du Trophée du Jazz de la Côte d’Azur. (NDLR : Le Jazzophone l’a reçu en 2018 !).

À midi, on descend sur le parvis : daube, socca, pissaladière, et le trio Sur la Bouche qui joue sans micro au milieu des gens, cornet, trombone, tuba, comme dans les guinguettes d’autrefois.L’après-midi appartient aux habitués. Le BGB Hammond Trio ressort l’orgue, dans la lignée de Jimmy Smith et Rhoda Scott, puis Franck Taschini, là depuis le début ou presque, vient jouer avec son quartet italo-niçois. À 17 h, Cédric Fioretti raconte l’histoire du saxophone dans le jazz, Franck Taschini l’illustrant au fur et à mesure. Année Coltrane oblige, il en sera forcément question.

Le soir, deuxième gala. Alain Brunet et Akpé Motion rendent hommage à Miles Davis, à leur façon, sans chercher à l’imiter. Et puis Jean-Michel Pilc, qui fait le voyage depuis Montréal. Ceux qui l’ont déjà vu savent : avec lui, rien n’est jamais joué deux fois pareil. Il sera entouré de Sylvain Romano à la contrebasse et du Niçois Thomas Galliano à la batterie, dont le jeu a été profondément marqué par sa rencontre avec Elvin Jones au Nice Jazz Festival. Si vous ne devez faire qu’une soirée, c’est peut-être celle-là.

Miles, justement, traîne un peu partout dans cette édition. Une exposition de photos et d’archives rassemblées par Ripo et Umberto Germinale est visible à la Coupole dès le 4 novembre (vernissage le samedi 7 à midi). Elle raconte les passages du trompettiste sur la Côte d’Azur, de 1984 jusqu’à son dernier concert à Nice. Et le lundi 9, après un set du trio de Patrick Cascino, on projette Miles Ahead, le film de Don Cheadle, avec les Rencontres Culture & Cinéma de Vence.

Entre les deux, le dimanche 8 se fait plus tranquille : la chorale Les Ménestrels d’Antibes à l’église le matin, puis l’Harmonie des Baous, qui passe sans complexe du big band au rock symphonique.

Reste ce que le public ne voit pas. Le 5 novembre, la Compagnie So What va jouer dans les crèches du village. Les 9 et 10, Sophie et José Serafino, le duo Nabis, font découvrir le jazz aux 750 élèves des écoles de La Gaude. Ils le font depuis des années, et c’est sans doute ce qui explique qu’on croise autant de familles dans la salle.

https://www.assowhat.org

Ecrit par David Benaroche

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