Avec le nouvel album de son trio, Follow The River, le pianiste marseillais Patrick Cascino trace la voie à suivre.
Le 29 octobre 2025, votre trio a rencontré un très beau succès à Jammin’ Juan. Peut-on parler d’aboutissement ou, plus précisément, de consécration ?
C’est un sentiment incroyable. Le mot consécration est très fort et me touche énormément, mais je préfère y voir une belle étape dans un voyage. Un aboutissement, c’est peut-être chaque fois que nous partageons un moment unique avec le public. Dans le jazz, il n’y a jamais vraiment de point final : c’est un mouvement constant. La musique est un flux continu, comme une rivière.
Exactement. Une aventure qui continue sans cesse.
Sans cesse, voilà.
Jusqu’à ce qu’on dise stop.
On arrive à la mer et après, on continue. (Rires)
Ce concert présentait votre nouvel album intitulé Follow The River, le troisième du trio. Pourquoi ce titre, et quel parcours vous a mené jusqu’à cette création ?
Oui, c’est exact. Follow The River est le troisième album du trio. Une rivière ne se demande pas où elle va, elle y va. C’est un peu notre parcours de création : accepter totalement l’instant, suivre le courant émotionnel et les moments de la vie sans trop se poser de questions. Il y a une part d’abandon, mais aussi une forme de lucidité : on ne force pas, on laisse la musique décider.
Votre formation est d’une stabilité remarquable, avec deux excellents musiciens marseillais : Charly Tomas à la contrebasse et Luca Scalambrino à la batterie. Cette longue complicité contribue-t-elle à la maturité du trio ?
Oui, absolument. Ce sont d’abord des amis de longue date, et ça donne une base solide. Avec les années, on a développé une confiance, une vraie confiance aveugle, et même une forme de télépathie musicale. Sur scène, il y a des moments où je n’ai pas besoin de regarder Charly ou Luca : je sais intuitivement la direction qu’ils vont prendre, et vice versa. Pour un album comme Follow The River, basé sur l’émotion et le lâcher-prise, cette complicité est vitale. Elle nous donne la liberté de prendre des risques.
On l’a ressenti sur scène hier soir. Et j’ai remarqué vos regards, parfois presque amusés, les sourires échangés.
Oui, parce qu’on prend du plaisir, et surtout parce qu’il y a l’amitié. On sait très bien où l’autre va aller, ce qu’il va faire. Et s’il fait un truc qui n’était pas prévu, on sourit et on enchaîne. C’est ça la musique. Et puis, si on se sent en danger dans une improvisation, on sait que les autres peuvent nous rattraper. C’est notre filet de sécurité. Quinze ans d’expérience ensemble, ça compte : ça crée des réflexes communs, une respiration partagée.
Trop sérieux, non…
Jouer de la musique, il y a le mot jouer dedans. Et il y a la joie aussi. Moi, j’ai une chance terrible d’avoir choisi ce métier, mais vraiment par hasard. Après mon premier piano-bar, mon père m’a demandé : « Tiens, tu as gagné combien hier soir ? » Je lui réponds, et il me dit : « Bien. Fais ça tous les soirs, mon fils. » Depuis, je n’ai plus arrêté.
C’est bien d’avoir un père qui encourage. Parfois, il y a des parents qui empêchent leurs enfants de s’extérioriser dans un domaine artistique.
C’est vrai. « D’abord tu as le bac et après tu feras ce que tu veux. » Mon père était illettré, il n’a pas fait vraiment d’école. Il a fait peut-être deux ans d’école italienne, alors il a développé une intuition : regarder ses enfants et dire « toi, tu vas faire ça ». Il m’a donné sa bénédiction.
À la suite de ce concert, de nouveaux projets se profilent-ils déjà ?
La priorité, c’est de continuer à défendre Follow The River sur scène. On a joué hier pour présenter notre musique devant des programmateurs et, apparemment, on a touché des personnes susceptibles de nous faire jouer, peut-être même à l’étranger. Et pour la suite, j’ai plein d’idées. Depuis que je suis à Marseille, j’ai rencontré d’excellents musiciens.
La forme du trio : peut-être avez-vous envie d’autres expériences, en quartet, quintet ?
Oui. J’aimerais inviter des gens croisés dans ma vie, par exemple le percussionniste Adama Dramé, un Burkinabè avec qui j’ai collaboré. J’ai monté un studio chez lui au Burkina. Dans le premier album Safara, j’ai enregistré des voix africaines chez lui, je les ai filmées et j’ai projeté ça sur scène, comme un dialogue entre l’Afrique et la France. J’aimerais refaire cette expérience. J’aimerais aussi rejouer avec des guitaristes flamenco, je l’ai déjà fait avec Éric Fernandez et Saoud Massi. Et puis le oud, le duduk… ces instruments me transportent.
Je rappelle que l’album Follow The River sortira en février 2026.
Le 6 février 2026 exactement. Et le 31 octobre sortira sur toutes les plateformes. Follow The River, le premier titre de l’album. Ensuite, un autre single arrivera, puis l’album complet en février.
