Parole de Jazz #7

Stratégie de la claque : N’écouter disques et concerts qu’en vue de prendre des mandales (Bar Kokhba, Lillin), pardon, … subir des « chocs esthétiques ». Bien se faire gifler, recevoir de bonnes taloches sonores (Marc Ducret, Metatonal) et des avoinées sensorielles (Ornette Coleman, Focus on Sanity). Se faire taper dessus par la musique comme sur des enclumes, mais façon désordonnée, imprévisible (Noel Akchote, KCS). On anticipe la suite, c’est raté. On déduit une résolution d’accords, on laisse tomber. On chante sur une impro, on change de disque.
Ou alors on est bêtement surpris, et c’est gagné (Steve Coleman, Morphing).
Et si plus sa heurte et ça fait mal (The Lounge Lizards, Sharks), on l’a, la giroflée musicale (Don Cherry, Brilliant Action), le ‘choc esthétique’ (Siegfried Kessler/Daunik Lazro, Aeros). Pas de choc, pas de surprise. Pas de surprise, pas d’émotion. Pas d’émotion, pas d’intérêt …, ascenseurs, supermarchés, festivals d’été.
Approche non intellectuelle de la musique. On laisse ça aux commentateurs, musicologues, collectionneurs, critiques, profs et étudiants (et aussi aux pisse-froids). À eux la charge du fond et de la forme, du contexte, de la construction et des références. À nous les baffes (Dolphy, Out to lunch) ! À eux les citations et les notes de bas de page, à nous la beigne extatique (Dave Douglas, Actualities). Ça vaut aussi pour le cinéma, la littérature, les arts plastiques et le reste. Si pas de frappes émotionnelles violentes, rien à carrer. Eraser Head et je t’aime Albert plutôt qu’autre chose.
Plus on connait un musicien, un morceau, moins il devrait choquer. Mais non, bizarrement ça dure … Peut-être qu’on est construit comme il faut et qu’il existe dans nos caboches un mécanisme d’oubli qui permet la répétition des tartes par les mêmes causes (Bjork, Kata Rokkar).
Comme dit un cher pianiste local qui va loin avec son instrument : « Merde à A Kind of Blue ! » Sûr qu’en termes de surprise et de violence, c’est pas ça. OK, c’est chaud, c’est doux, mais ça estomaque moins que les branlées de l’Olatunji Concert. Même si on entend le même ténor dans les deux. Bref, de 1959, on préfère ‘The Shape of Jazz to Come’.
Vive la sauvagerie (Mary Halvorson, Momentary Lapse) et la saleté (Shepp, Mama Rose) ! plutôt Dewey Redman (Thren) que fiston, Sun Ra (Discipline 33) que Kamasi Washington (dans les meilleurs albums 2016 de Wire, WTF?). Plutôt ceux cités plus haut que ceux, davantage présents dans les bacs, qui hantent les festivals estivaux du coin.

Ecrit par Thomas Guillemaud

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