Simon Spang-Hanssen est un grand Danois à la recherche d’un monde encore plus vaste. Saxophoniste, flûtiste, compositeur et producteur de disques et de concerts, il est également peintre et graphiste. Artiste aux multiples facettes, il a notamment réalisé la couverture du numéro 32 du Jazzophone.
Il est, comme quelques autres artistes scandinaves renommés, grand (parmi Jan Garbarek, Bengt Berger et Tobias Wiklund), ouvert vers les sons venus de l’ensemble de la planète. Sa soif de découvertes et de remodelage de musiques issues de toutes les couches du globe est sans fin et ses engagements sont solides et toujours efficaces. Un pied à Copenhague et l’autre à Paris, ses aventures musicales continuent leur chemin florissant. À l’occasion de la sortie de son nouvel album et de la réédition de son dernier album du XXe siècle, un entretien avec ce personnage emblématique (que je connais depuis plusieurs décennies) s’imposait.

Bonjour Simon. Je ne peux pas dire que ça fait longtemps ! On est régulièrement en contact mais je peux souligner qu’on se connaît depuis vraiment longtemps. Si je me rappelle bien, on s’est rencontrés dans les années 80 avec Voodoo Gang !!
Oui, c’était avec le groupe Voodoo Gang, trois frères qui sont d’Akono, un petit village à côté de Yaoundé, au Cameroun. Je pense que c’était en 1982, à Radio Nova !!
Tu étais déjà engagé dans une musique si inaccessible (lointaine) ! Quel âge avais-tu ?
C’était donc en 1981-1982… J’avais 26-27 ans.
Comment es-tu entré dans la musique africaine ?
J’ai commencé à Copenhague par le free jazz mais assez vite, j’ai rencontré pas mal de musiciens d’Afrique et d’Amérique du Sud aussi, des Brésiliens, et j’ai beaucoup joué avec des musiciens turcs. J’ai toujours été intéressé par le mélange du jazz avec d’autres cultures.
Et tu as réussi à découvrir toutes ces musiques partiellement grâce à tes liens avec la France, n’est-ce pas ? Tu habites à Copenhague mais tu as gardé un pied à Paris.
J’ai vécu à Paris de 1985 à 1998, donc pendant treize ans. Après, je suis revenu à Copenhague mais j’avais gardé beaucoup de contacts en France. Et je vais très régulièrement à Paris et en France.
Et qu’est-ce qui t’a amené en France ?
Ça vient du fait que j’ai joué avec Belo Horizonte, quartet brésilien dirigé par Nenê. On a fait la première partie d’une grande tournée du groupe de Hermeto Pascoal en 1984. Dix concerts, dix festivals. Ça m’a donné très envie de m’installer à Paris et j’y ai trouvé ma place dans l’environnement de l’époque.
Et puis tu es resté, et même tu t’es marié avec une Française ?
Oui, Marianne Bitran, une super flûtiste. On s’est rencontrés à l’époque, on est toujours ensemble. On jouait dans des clubs brésiliens et après j’ai monté un groupe avec des musiciens de Bahia. On est allés là-bas, ils sont venus ici, et ce groupe existe toujours avec Marianne.
Cette année, tu as sorti deux albums, un avec ton groupe Middle Earth et récemment Turtle Talk avec ton quartet. Et tu prépares pour début 2026 la réédition de l’album Afrolantic !
Afrolantic est comme une liaison sacrée entre l’Afrique et l’Atlantique. C’est un enregistrement de 1999 avec deux vedettes du jazz scandinave, le pianiste Thomas Clausen et le contrebassiste Jesper Lundgaard, et surtout le célèbre batteur américain Billy Hart. C’était sorti en 2000 sur un label qui a fermé rapidement. Là, ça ressortira sur Avison Music.
Tu es donc aussi producteur et à la tête d’un label ?
Oui, il s’appelle Alisio Music. Alisio (alizé en français) est le mot portugais pour désigner le vent qui vient d’Afrique de l’Ouest vers les Caraïbes. C’est joli et ça correspond aux musiques que j’aime produire.
Depuis quand existe ce label ?
Depuis 2005. J’ai produit une vingtaine d’albums, majoritairement avec mes propres projets.
Tu travailles avec de nombreuses formations…
Oui. Epistrofy Septet, lié à Thelonious Monk, du jazz moderne scandinave. Middle Earth, plus world music, avec le joueur de oud syrien Maher Mahmoud, le contrebassiste cubain Yasser Pino et le percussionniste ghanéen Ayi Solomon. Et Ear Witness, un groupe formé quand j’ai quitté Paris, avec Linley Marthe et Félix Sabal-Lecco. Au piano, Emil Spanyi, puis depuis 2016 Mario Canonge. On prépare un troisième album.
Je me souviens que tu joues souvent avec Mario Canonge au Baiser Salé, rue des Lombards.
Oui, j’y serai de retour pour des concerts en mai.
Tu m’avais parlé de ton projet de chansons…
Songbook. Je suis aussi devenu chansonnier. J’écris pour Mai Lan Doky Farlot, chanteuse franco-danoise aux origines guyanaises, vietnamiennes et danoises. Son père, Niels Lan Doky, est pianiste, et son frère Ken Linh Doky Farlot participe aux albums.
Tu es aussi peintre ?
Oui. J’ai repris la peinture il y a vingt ans. J’expose régulièrement et je réalise la plupart des pochettes de mes disques.
Tu travailles souvent avec Ramuntcho Matta ?
Oui. On improvise à quatre mains, dessin et musique. À Paris, on peut voir nos œuvres à la galerie Topographie de l’Art.
Tes projets proches ?
La promotion de Afrolantic, des concerts avec Ear Witness et Songbook, et produire de nouveaux albums. Être producteur de ses propres disques, c’est la liberté totale.
https://simonspang.com
* Ramuntcho Matta est par ailleurs l’un des participants de OUF.
