#LiveReport #3 : Abdullah Miniawy au MJ5C – La voix qui ouvre les frontières 

L’écrin minéral de la Vieille Charité assortie de l’installation textile de l’artiste Adrien Vescovi installe une atmosphère de Caravan sérail. La scénographie est  idéale pour accueillir l’univers dAbdullah Miniawy, artiste égyptien protéiforme dont la voix semble traverser les langues, les frontières et les époques.

Le projet présenté est Peacock Dream, dernier album d’Abdullah Miniawy. La proposition s’annonce est rare , à la fois élégante, habitée et profondément inspirante. La formule est dépouillée, presque ascétique : deux trombones et une voix. Mais quelle voix.  Dès les premières minutes, Abdullah Miniawy. impose une présence magnétique, entre chant soufi et parole poétique écrite en arabe littéraire. Miniawy chante ce qu’il écrit. Rien ne semble superflu ; chaque note, chaque silence, chaque inflexion vient creuser l’écoute.

Le poète, silhouette libre, accompagne déjà la musique. Sa présence n’est jamais démonstrative : elle habite l’espace avec intensité, laissant la voix prendre toute la place.

 

Abdullah Miniawy est de ces artistes qui échappent aux catégories. Chanteur, écrivain, compositeur, acteur, créateur d’images, il travaille la voix comme une matière vivante. Chez lui, le langage se fissure pour laisser surgir autre chose : une émotion brute, une mémoire collective, une tension entre exil et appartenance. Sur scène, cette voix devient à la fois témoin et instrument. Elle convoque la religion, la révolution, la liberté, sans jamais les réduire à des slogans. Elle les transforme en matière sonore, en vibration intérieure. Face à elle, les deux trombones construisent un paysage mouvant : nappes graves, éclats cuivrés, respirations profondes. Ses performances sont à la frontière du concert, du rituel et de la performance contemporaine. Ce 3 juillet, Miniawy partage la scène avec Robinson Khoury et Jules Boittin. Le trio avance comme un seul organisme. Le trompettiste Erik Truffaz invité fera une apparition. 

Peacock Dreams se déploie comme une traversée : élégante, sombre parfois, lumineuse toujours. On pense au souffle du jazz, à la ferveur du chant mystique, aux frictions de la musique contemporaine. Miniawy ne cherche pas l’effet ; il ouvre un espace. Et dans cet espace, le public écoute autrement, retenu par une voix qui semble porter autant l’intime que le collectif. Cette intensité s’inscrit dans un parcours déjà riche. Son album Le Cri du Caire reçoit  En 2023, les Victoires du Jazz. En mars 2026, son album Dying is the Internet a été élu album du mois par The Guardian. L’artiste pluri-dimensionné travaille notamment avec Kamilya Jubran, Yom, Médéric Collignon, A Filetta, Maurice Louca ou encore Simo Celavec…

Au-delà de la performance, les mots de Miniawy ont voyagé indépendamment, résonnant à travers le Moyen Orient durant le Printemps arabe, portés par les rassemblements, les murs et les espaces publics du camp de Yarmouk en Syrie, en Tunisie, en Égypte, en Arabie saoudite et ailleurs. Sa voix est devenue non seulement une expression artistique, mais aussi un langage partagé.En 2022, il a publié son premier recueil de nouvelles, « Extinguishing The City of Lights » , prolongeant son exploration poétique dans la prose. Sous toutes ses formes, Abdullah Miniawy travaille au seuil entre exil et appartenance, silence et parole, voix individuelle et souffle collectif .Mais ce soir, au-delà de la biographie, c’est l’expérience immédiate qui domine. Peacock Dreams se déploie comme une traversée : élégante, sombre parfois, lumineuse toujours. On pense au souffle du jazz, à la ferveur du chant mystique, aux frictions de la musique contemporaine. 

Miniawy ne cherche pas l’effet ; il ouvre un espace. Et dans cet espace, le public écoute autrement, retenu par une voix qui semble porter autant l’intime que le collectif. Dans la cour de la Vieille Charité, la soirée s’achève avec cette impression rare d’avoir assisté à plus qu’un concert : une apparition sonore, un moment de grâce tendu entre poésie, mémoire et liberté. Un rituel éclairé d’humanité vibrante.

Le Marseille Jazz des Cinq Continents se poursuit jusqu’au 12 juillet 2026.

www.marseillejazz.com

Photographies & textes : Lawrence Damalric

Ecrit par Lawrence Damalric

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