Deux soirées à Marseille pour découvrir quatre projets musicaux innovants loin des sentiers battus d’un jazz main stream. La 15e édition des Emouvantes a tenu toutes ses promesses.
Vendredi, la soirée commence par le quartet Unfolding, une transe musicale poétique créée par la chanteuse Maria Laura Baccarini et le batteur-percussionniste François Merville sur des textes en anglais de la poétesse Dorothée Zumstein. Pour les accompagner, le claviériste Bruno Ruder et le violoncelliste Bruno Ducret. Maria Laura Baccarini
prête sa voix (qu’elle chante, qu’elle parle ou qu’elle déclame) à quelques femmes héroïnes malgré elle, victimes de faits divers macabres. Avec ses baguettes,
le batteur est aussi un narrateur, une deuxième voix à sa façon mais également le chef de projet, le compositeur. Le pianiste
se charge de la mélodie et de quelques délicates fantaisies harmoniques, le violoncelliste
des ambiances, des effets spéciaux et des géniales bizarreries rythmiques (lui qui jouait le prélude d’une des suites de Bach pour peaufiner les réglages aux balances). Magnifique quartet, une voix habitée, des instrumentistes inventifs, des impros subtiles.
Un projet que l’on a déjà envie de revoir.
La seconde partie de cette soirée est la création du nouveau programme de Claude Tchamitchian, contrebassiste, fondateur et directeur artistique du festival.
Celui de cette année se nomme Unsung Heroes. Hommage musical en quintet à quelques personnages de références pour le compositeur : Nelson Mandela, Vandana Shiva, Frederick Douglas, René Dumont et Albert Ayler. Pour raconter ces figures mythiques, la saxophoniste Sakina Abdou,
le trompettiste Fabrice Martinez,
le tromboniste Mathias Mahler,
le batteur Christophe Marguet
et enfin à la contrebasse Claude Tchamitchian. C’est le projet de « Tcham » qui se rapproche le plus du jazz traditionnel (quoique). Certains évoquent même quelques fameux quintets hard bop. Une création certes mais la cohésion du groupe est déjà bel et bien là ; on oserait parler de communion musicale. Les trois souffles se conjuguent parfaitement
la vitalité, le lyrisme de la trompette ; la fougue rageuse du sax ; la rigueur lumineuse du trombone. La précision et l’énergie de la batterie régulent la petite bande. Le contrebassiste assume le double rôle de bassiste (magnifique solo à l’archet en introduction de l’hommage à Albert Ayler) mais aussi de chef d’orchestre – ses Unsung Heroes sont encore tout jeune – son regard va de l’un à l’autre de ses acolytes, parfois la main droite donne un petit signe discret. Mais le sourire qui éclaire son visage
à la fin du set, comme les applaudissements nourris du public, prouvent que la réussite est totale.
Samedi, c’est un trio qui débute la soirée : Journal Intime. Voilà 20 ans que Sylvain Bardiau, trompette ; Frédéric Gastard saxophone basse ; Matthias Mahler trombone jouent ensemble.
Ils nous proposent de voyager dans leur histoire, dans les différents styles de musique qui peuplent leur répertoire. Ils commencent par un hommage à Jimi Hendrix, extrait de leur album Lips On Fire (Label Ouïe -2011) suivi par un arrangement du 2e prélude pour piano de Shostakovich. On a fait un grand pas de côté et ce n’est pas fini car on aura aussi, toujours venant du piano solo, Le chant de l’alouette signé par Tchaïkovski. C’est Matthias Mahler qui fera le volatile !
Ils n’oublient pas le jazz avec du Ellington. Le mélange des timbres est surprenant, envoûtant, ingénieux. Avec son gros saxophone de plus de 8kg, Frédéric Gastard tire des sons venus d’ailleurs, des graves bien gras mais aussi des aigus singuliers.
Mais chacun des instruments peut aussi faire des percussions. Un trombone démonté peut devenir sifflet. On en fera l’expérience dans Le livre de la Jungle qu’ils ont mis en musique pour un spectacle chorégraphique et musical, ici sans danseur. Mais il y aura quand même Baloo joué par le sax, Bagheera par le trombone et Mowgli par la trompette.
Mais ils s’amusent à inverser les rôles pour mieux raconter leur version de l’histoire. Une performance technique et sonore, un vrai délice suivi par un autre petit délire, spectaculaire, très dansant, façon fanfare de la Nouvelle Orléans. Pour nous laisser aller diner l’esprit tranquille, ils finissent par une berceuse. On est rentré dans leur journal intime pour un grand moment de partage. Une musique exigeante et surtout totalement jubilatoire !
C’est Jet Whistle, un projet monté par la flutiste Fanny Martin
et son quintet qui va conclure ce festival. Le groupe de jeunes musiciens, certains sont encore dans le cursus du conservatoire et pourtant, on le verra, ils ont une maturité et une technique impressionnantes. Ils proposent un conte musical et spatial en mode fusion de jazz, d’électro, de rock et d’autres univers. On embarque dons dans une fusée à destination de l’inconnu et d’un nouvel espace pour vivre. Voix, le Moog d’Adlane Aliouche pour un décollage en douceur.
Mais le voyage va vite devenir moins paisible… Le trombone et la batterie entent en jeu. Les turbulences sont symbolisées par la frappe puissante de Sacha Souêtre qui ne ménage ni ses peaux, ni ses cymbales.
Le souffle de Jules Regard au trombone semble reproduire les bruits parfois inquiétants des propulseurs de la fusée
qui vrombit sous les assauts des quatre cordes de Théo Fardèle.
Son pédalier est impressionnant, sa Fender Mustang en hennit de plaisir.

Ils approchent de Cassiopée : l’espoir ? On ne racontera pas tout ! Mais comme le morceau final s’appelle : Mais qu’est ce qui se passe ?!?! Le doute est permis. Pour nous permettre de rentrer dans de bonnes dispositions, le groupe nous joue en rappel un thème vif et chaloupé avec pour toutes paroles cette maxime qui peut aussi être une conclusion de cet article : C’est fini mais la vie continue !
Entre autres pour l’équipe du festival : Matteo, Louis, Julie, Pascal peuvent commencer à démonter la scène, Boris à ranger ses casseroles, Françoise et Geneviève n’envisagent pas encore d’aller se reposer.




















