Adieu, Maurice Vander.

C’est un musicien exceptionnel qui vient de s’éteindre à Paris à l’âge de 87 ans.

En effet, Maurice Vander ne fut pas seulement l’accompagnateur et arrangeur privilégié de Claude Nougaro pendant quatre décennies pendant lesquelles il grava la plupart des chefs d’oeuvre de ce dernier, dont il était également souvent le co-compositeur, (« Le Coq et la pendule » fut composé chez lui ) et avec qui il enregistra un disque en duo (« Une voix, dix doigts ») qui donna lieu a une tournée, mais il fut aussi un très grand pianiste de jazz, un des disciples les plus doués de Bud Powell.

Fils d’accordéoniste, il commença très tôt la musique sur cet instrument, mais quitta bien vite le « piano du pauvre » pour les 88 touches. Il commença par le classique, avec une préférence pour l’école romantique (Schubert, Chopin) il découvre le jazz vers 15 ans et s’y consacre entièrement, ( « Je suis tombé amoureux du jazz comme on tombe amoureux d’une femme ». Il se passionne pour le be-bop, cette musique complexe qui fait fureur  mais aussi désarçonne la vieille garde. Il travaille alors dans les clubs du Quartier latin, et se produit dans une station de sports d’hiver au sein de l’orchestre du trompettiste Noël Chibout. Il fréquente aussi Django Reinhardt, avec qui il partage le goût du poker.

Puis c’est la rencontre avec Claude Nougaro, et la naissance d’une amitié et d’une collaboration de plus de 40 ans entre le toulousain et le parisien. Sans toutefois négliger ses  activités de jazzman (il joue et enregistre avec Stéphane Grapelli, Chet Baker, Don Byas , encore Django , Bobby Jaspar, etc), il devient le directeur musical de la formation de Claude et connait un grand succès qui ne se démentira jamais.

Son jeu était empreint d’une grande sensibilité ,entrelaçant Ravel et Monk lui valut d’être apprécié par tous les jazz fans du monde, ainsi que par les amateurs de « chanson de qualité ». Il était également connu pour être le père adoptif de Christian Vander, batteur de Magma,

J’avais eu le plaisir  de rencontrer Maurice Vander à Cannes en 2004  alors qu’il effectuait une  tournée en hommage à Nougaro en compagnie du batteur Bernard Lubat de l’organiste Eddy Louiss, et contrebassiste Luigi Trussardi, qui formèrent avec lui l’ossature de l’orchestre de Claude pendant de longues années. (Triste déclinaison, seul Lubat est encore des nôtres). C’était un homme affable, attentif et plein d’esprit. Un grand musicien qui sera regretté par toute la jazzosphère et au-delà.

Ecrit par Gilbert D'Alto

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