#Jazz & #Art : Histoire de la pochette de disques de Jazz : 1964 à nos jours

À partir de 1966 les pochettes sont devenues moins évidentes, plus obliques dans l’interaction image – musique et même carrément cryptées, destinées alors à des initiés qui s’amusent à les décoder pour y rechercher des messages cachés (rappelez-vous la pochette du Sergeant Pepper’s des Beatles qui contenait des symboles et des références obscures.)

En 1967, le producteur Creed Taylor, qui travaillait alors pour Verve Records, décide de créer son propre label CTI Records. Il se distingue par une sophistication et un exotisme qui tranche sur les productions de l’époque. Il a recours systématiquement au designer Sam Antupit et surtout aux photographies de Pete Turner, qui accentuent encore cette aura de fraîcheur et de modernité. Célèbre pour ses clichés pris au cours de voyages autour du monde, Turner attire l’attention par son travail sur la couleur considérée comme un élément graphique à part entière. Avec lui, CTI Records abandonne les portraits classiques de musiciens et propose sur des pochettes doubles et glacées de superbes photos qui ont un lien parfois évident et parfois ténu avec le titre de l’album ou la musique de l’artiste. Ainsi la route sur l’album Road Song pour Wes Montgomery est un choix évident.

L’image pour l’album en concert d’Eumir Deodato est plus cryptique :

elle fait référence au fameux monolithe noir de 2001, l’Odyssée de l’Espace et à travers lui à l’ouverture d’Also Sprach Zarathustra de Richard Strauss qui ouvrait le film de Kubrick et qui, repris par Deodato, devint son plus célèbre morceau et sa signature.

Fin des années 60 : le rock psychédélique impose un style artistique aussi bien sur le plan musical que graphique. En ce qui concerne les pochettes, le recours au surréalisme, au collage, à la fantaisie ou à la science-fiction a permis la création d’images nouvelles, l’illustration fait un retour en force par rapport à la photographie.

En 1969, Miles Davis confie l’illustration du fabuleux Bitches Brew et ensuite une année plus tard celle de Live/Evil à Abdul Mati Klarwein, l’homme qui a réalisé l’une des plus belles pochettes de l’histoire du rock pour Santana (Abraxas).

En 1969, Manfred Eicher créée le label ECM pour enregistrer les nouvelles musiques improvisées de musiciens américains comme Keith Jarrett ou Pat Metheny, aujourd’hui, le label visionnaire est reconnu pour son esthétisme bien défini par sa devise – Le plus beau son après le silence-. Mais Manfred Eicher ne s’est pas contenté d’imposer un style musical, il a aussi permis l’éclosion d’un style graphique.

Dieter Rehm est un photographe régulier du label qui travaille lui en couleur et a réalisé quelques pochettes célèbres de la firme pour des disques entre autres de Pat Metheny (Travels, 1982) et Keith Jarrett (Live in Tokyo, 2002).

Je finirai par les œuvres du peintre suisse Mayo Buchersymbolisant mieux que quiconque l’art d’ECM.

Ses œuvres épurées qui relèvent à la fois de l’abstraction et de la géométrie font naître une impression de constante opposition entre deux mondes en apparence totalement étrangers : le son et le silence, la réalité et l’imaginaire. John Abercrombie (Tactics, 1996)

Ecrit par Jacky Ananou

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