Jazz et Polar – La Passion selon St John

now the timeJohn Harvey se joue des mots comme un musicien de jazz enchaine thèmes et improvisations. Tel un jazzman  à l’aise au sein de nombreuses formations, l’écrivain anglais tricote romans, nouvelles, pièces de théâtre, recueils de poèmes avec une frénésie et un talent immense.

Et une prédilection pour le polar.  Peut être, parce que, passionné de jazz – qu’il à découvert à Londres, adolescent, à travers les Big Band de Ellington, Basie, Woody Herman ou bien encore Stan Getz ou Anita O’Day – il sait que la note bleue sied au roman noir.

En 1989, il donne vie à Charles Resnick, flic à Nottingham, témoin impuissant et souvent inconsolable de la déliquescence de la société anglaise. De ses origines polonaises, il en a gardé le goût des sandwiches improbables et une passion du jazz – l’auteur explique qu’il y a toujours eu d’excellents musiciens polonais- qui le consolent parfois, un moment, des drames dans lesquels son métier le plonge. De  » Cœurs solitaires » à « Cold in hand « , tous traduits-très bien- et édités chez Payot Rivages, à travers la vie et les enquêtes de son flic taciturne et entêté, nous découvrons deux décennies de l’histoire contemporaine de la Grande Bretagne, dont le tissu social a été mis à mal par le chômage, la misère et l’ultracapitalisme.

Mais aussi, des albums mythiques que le policier choisit selon son humeur et son intense lassitude parmi sa  collection de disques – dont on devine qu’il existe la même chez son créateur. Fan absolu de be-bop – Miles, Dizzie, Pepper et Bud sont les prénoms de ses quatre chats- il trouve dans les compositions de Thelonious Monk, Charlie Parker ou la voix de Billie Holiday, le courage de se lever le lendemain matin, « les paroles d’un vieux blues de Bessie Smith remontaient à la surface de sa mémoire; elle y parlait des matins où l’on se réveille les mains glacées. »

Resnick, quand il a un peu de temps, ne dédaigne pas de se glisser dans un club de jazz, comme dans cette nouvelle issue de « Now’s the time »- encore un bel hommage, ici à Sonny Rollins – où il aide à l’arrestation d’un truand. Mais c’est chez lui, retiré du bruit et de la fureur, les yeux mi clos, qu’il savoure, un café à la main, ses morceaux préférés. Comme on peut -on doit – lire les romans de ce fervent amoureux des notes et des mots, John Harvey. Certes, comme il l’explique, » ces arts ne sont pas aussi indispensables dans l’existence  que la nourriture ou un travail mais ils améliorent grandement la qualité de nos vies. »

Pour une biographie et une bibliographie complète, le site de John Harvey : http://mellotone.co.uk/

Ecrit par Corinne Naidet

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