Jazz et Politique « Le Tambour Major des Freedom Riders…. »

Le 4 mai 1961, au départ de la station principale des cars de Washington, se présentaient treize militants du CORE, Congress of Racial Egality, américains noirs et blancs mélangés, dont un quart de femmes. Ils montèrent dans deux cars qui se dirigeaient vers les Etats du Sud, alors très ségrégationnistes, où ce type de présence mixte n’était nullement tolérée et fortement rejetée. Le trajet des cars jusqu’aux villes de Virginie et de Rock Hill, en Caroline du Nord et du Sud, se déroula sans encombre.

Ils rencontrèrent en Géorgie Martin Luther King qui, sans les rejoindre, les encouragea fortement au son de « We shall overcome ». La déambulation allait cependant fortement se gâter aux abords d’Anniston en Alabama et surtout de Jackson dans le Mississipi, où les extrémistes du Ku Klux Klan les attendaient, entourés et soutenus par une population sympathisante de ces positions ségrégationnistes, en présence de forces de police particulièrement inertes, sinon complices de telles exactions. Les cars furent bloqués, assiégés ; des projectiles enflammés furent lancés contre les vitres, les faisant voler en éclats et menaçant d’embraser les véhicules ainsi que leurs passagers. Les militants, qui s’extirpent à grand-peine des bus enflammés, sont violemment pris à partie par les membres du Ku Klu Klan qui s’acharnent sur eux. C’est avec de multiples blessures, contusions et points de suture profonds que les 14 freedom riders, dont les actions sont portées néanmoins à la connaissance du grand public par la presse, les médias et les réseaux militants, seront finalement évacués, mis en sûreté et pourront remonter jusqu’à leur point de départ. Les voyages de la liberté, Freedom Riders, ont pris naissance. Plus de 450 militants les rejoindront au fil des mois, jusqu’à ce qu’en septembre 1961, après de multiples passages à tabac, interpellations, emprisonnements de courtes et moyennes durées, l’administration du Président Kennedy, en la personne de son frère, Robert, impose aux États du Sud les lois sur la mixité raciale. En août 1961 naissait Barak Obama !

Fin 1961. Art Blakey, qui, dès 1940, après un séjour « initiatique » au Nigeria, s’était converti à l’Islam, et porte aussi le nom de Abdullah Ilan Buhaïma, côtoie régulièrement le percussionniste nigérian Babatunde Olatunji, installé à New York où il fondera, à Harlem en 1964, le centre socioculturel « Center of African Culture ». « Bu » intègre aussi, au sein des Jazz Messengers, à diverses reprises, les percussionnistes nigérians James Ola Folami et Solomon Ilori. Ceux-ci ne seront cependant pas présents, même si leurs influences y sont prégnantes, sur l’album « FREEDOM RIDER » enregistré pour le label Blue Note.

Avec la présence notoire, et remarquée, du jeune et déjà très talentueux saxophoniste ténor Wayne Shorter, ainsi que celles de Bobby Timmons (p), Lee Morgan (tp), Jymie Merritt (b), 7 morceaux sont enregistrés, dont «The Freedom Rider », solo de batterie époustouflant, de 7’30, où la virtuosité du leader d’un groupe phare incontesté de l’histoire du Jazz, aux USA, les Jazz Messengers, s’exprime dans toute la flamboyance et la maîtrise d’un des cinq plus grands batteurs de cette même histoire. Cependant que le titre attribué à ce morceau atteste, à l’évidence, sa proximité et sa forte adhésion à l’ensemble des luttes menées par les militants de la communauté afro-américaine pour l’émergence de leurs droits civiques. Les Freedom Riders ont trouvé leur tambour major ! Ils avanceront, main dans la main, les années qui suivront, entourés par bien d’autres musiciens, tout au long de ces marches que ponctueront, de leurs talents, bien d’autres opus.

Ecrit par Sylvette Maurin

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