Jazz & Polar : Les treize morts d’Albert Ayler

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Les treize morts d’Albert Ayler Collection Série Noire (n° 2442), Gallimard – 1996

Si un livre devait être chroniqué dans cette rubrique, c’est bien ce recueil publié en 1996 à la Série Noire avec son bandeau jaune « Jazz et Polar ». Treize nouvelles, préfacées par notre confrère de Télérama, Michel Contat et écrites par des auteurs de polars, rendent hommage au génial saxophoniste, retrouvé mort à 34 ans dans l’East River en septembre 1970.

Chacun des auteurs décrit sa vision du musicien, de sa musique et de sa mort. Pour Gilles Anquetil : « L’été indien brûlait ses derniers feux. Lui seul le savait : il s’était porté disparu ». Certains parlent de son passage en France, comme soldat puis pour ses deux fameux concerts à la fondation Maeght. Comme Yves Buin « Ayler ne cachait plus le bla-bla mystique. Il pensait, faisait dans le lyrisme sacré et prosélyte. La seule violence qu’il se permettait et exprimait, c’était au travers de son saxo avec son gros son dans l’aigu et le suraigu ».

Albert_Ayler

 J. Charyn met ses mots sur le free  jazz d’Ayler « J’allai supplier les patrons de club parce qu’il allait bien trop loin avec son sax, comme s’il le faisait crisser vers Dieu, et il n’y avait que Dieu et une poignée de musiciens qui pouvaient vraiment l’écouter ». En toute fin, Michel Le Bris qui fut rédacteur en chef de Jazz Hot revient sur le son d’Ayler : «Le vibrato […] c’est quand tu as le cœur qui déborde, ton âme qui se soulève. Que quelque chose passe à travers toi, que tu veux donner. » JC Izzo, qui s’en étonnera, retient d’Albert sa négritude et son amour des femmes.

JB Pouy fait le parallèle entre la peinture de Le Tintoret et la musique d’Ayler, il lui fait dire après quelques libations « … look il disait, it’s comme my music, I play saxophone as Tinetorette, look at ces coups de pinceaux, holy ghost, this guy is a bridge entre les temps… » Hervé Prudon, poète polar perdu, conclut « Quelqu’un l’a attrapé à bras-le-corps et l’a porté jusqu’au pont, et l’a jeté dans les eaux noires du fleuve. Fleuve aux effluves fauves vivifiant fort breuvage. ». Beaucoup évoquent aussi Coltrane, inspirateur, mentor. Ayler joua à son enterrement. Coltrane.

Laissons Le Bris clore cet article : « Tu te souviens dans Meditations : The Father, the Son, and The Holy Ghost ? Le père, c’était Coltrane, le fils, Phaorah Sanders. Et le Saint-Esprit, c’était Albert Ayler. Tu ne peux pas savoir comme Al était fier quand Coltrane lui a expliqué çà.»

Et à la coda, un très court texte comme un chorus final de John Jackson.

Ecrit par Jacques Lerognon

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