#LiveReport : Festival de Jazz à Junas #3 avec Noé Clerc, Daniel Humair & Jokers

La programmation de ce jeudi 20 juillet est très représentative de la manifestation, de jeunes musiciens le Noé Clerc trio, représente la scène émergente du jazz en première partie puis, un habitué des lieux, Daniel Humair nous présentant son projet Drum Thing, du bout de ses baguettes magiques. En final, le trio « Jokers » de Vincent Peirani. C’est aujourd’hui l’occasion de s’interroger sur l’intérêt d’un festival comme Junas, les journalistes Alain Tomas et Mathieu Culleron ainsi que les musiciens Daniel Humair, Federico Casagrande mais aussi Basile Rahona nous expliquant leurs ressentis.

Alain Tomas, grand spécialiste de jazz, écrivant en particulier pour Couleurs jazz,  vient depuis plusieurs années au festival :

« Tout d’abord, c’est un esprit d’ouverture. Il me semble que dans l’esprit de la programmation de Junas, Il y a eu au départ des thèmes, des pays la Lituanie, l’Espagne l’Italie, etc… Et cet esprit, sous une forme différente, continue. Et puis il y a le cadre exceptionnel de ces carrières. Il ne faut pas oublier l’action sur toute l’année, sur les jeunes, les moins jeunes c’est important et c’est rare. Donc le jazz est toujours présent à Junas. Enfin, il y a cet esprit de bénévolat, l’ambiance festive en est d’autant plus importante. »

Pour Mathieu Culleron, de France Inter, c’est sa première expérience des Carrières :

« Ce qui m’a frappé, c’est que c’est un festival familial, petit, micro-festival, pourrait-on dire, par rapport à ce vers quoi l’on tend, les immenses machines. Finalement, c’est un festival à échelle humaine qui va à contre-courant, pas trop de moyens, qui compte sur ses bénévoles. Aujourd’hui, avec l’augmentation des cachets des musiciens, l’économie fait que cela devient de plus en plus difficile de faire ce genre d’évènement, parce que, aujourd’hui l’argent ne vient plus de la vente du disque, elle vient du live, les tourneurs l’ont compris avant tout le monde, les artistes, aussi, par la force des choses. Ici, il a forcément des histoires d’amitiés, d’amour pour faire venir tous ces artistes. Et c’est un plus ! »

Un bel air d’accordéon lance la soirée avec  Noé Clerc accompagné d’un  Clément Daldosso inspiré à la contrebasse et de l’excellent  Elie Martin Charrière à la batterie. La soirée dans les carrières du Bon Temps se prépare et les musiciens nous donnent à leur tour leurs visions.

 A commencer par Federico Casagrande, guitariste qui se produit ce soir avec l’accordéoniste Vincent Peirani et le batteur Ziv Ravitz pour le projet Jokers  en dernière partie :

« il faut commencer par un point pas très artistique, mais c’est une histoire de revenus, il y a quelques années, il y avait la vente des disques, et cela pouvait être une partie non négligeable de nos revenus. Maintenant le disque se réalise pour jouer, certes, pour la pratique artistique bien sûr, mais c’est aussi pour aller jouer, et cela devient le seul revenu, maintenant. »

Ce que confirme Basile Rahola, qui se produit le 21 juillet avec son quartet :

« Un festival permet de mettre la lumière sur ce que l’on a pu faire en tant que création, pendant toute la période du Covid, on a vraiment fait beaucoup de choses finalement en terme de création, planifier de nouveaux sons. Et comme vous le savez l’industrie du disque était en mauvais état, elle en a pris encore un coup. Junas, c’est l’occasion de montrer aux gens ce que l’on a réalisé et qui peuvent nous soutenir. D’abord directement, en étant présents. Et aussi par la vente de CD, directement, c’est ce qui soutient le plus les artistes. On ne gagne rien, ou presque quand on vend chez un disquaire, là la vente directe, cela nous aide beaucoup : c’est trivial, mais cet argent-là, il va directement dans notre poche ; il faut le dire, c’est d’une importance capitale pour développer nos projets futurs ».

Les festivals, ce sont aussi les rencontres : le guitariste italien précise :

« Les projets que l’on développe naissent souvent par des rencontres dans des festivals, cela peut être complètement aléatoire. On voit un musicien, surtout on l’écoute, et on le rencontre. De là nait l’envie de construire quelque chose. Il y a aussi des festivals qui sont moteur de rencontres. Et cela c’est très intéressant, on croise d’autres acteurs, le label, les attachés de presse, les journalistes. C’est souvent une étincelle pour faire bouger les choses. »

Et Basile Rahola de surenchérir :

« Par exemple pour le quartet avec lequel je joue ici, j’ai rencontré le pianiste en Tunisie, c’était magique, je ne m’attendais pas à cette rencontre, et depuis je joue beaucoup avec lui, cela a été une rencontre musicale incroyable, trois projets, trois albums. Un festival c’est aussi cela, on a le temps de se rencontrer après les concerts, on est tous là pour la même chose, cela nous met dans une petite bulle. »

Sur scène, Daniel Humair en compagnie de Stéphane Kerecki à la contrebasse, Vincent Lé Quang au saxophone, trio d’habitué auquel s’est joint pour le concert Samuel Blaser au trombone.

Chacun est un virtuose accompli mais, ici, c’est une conversation enflammée et savante, surtout respectueuse des uns et des autres qu’ils nous livrent sur leurs propres compostions comme « Drum Thing 2 » ou bien sur de vieux morceaux comme « Les oignons » de Sydney Bechet, rebaptisé malicieusement « Echalotes » par le batteur.

Ou bien encore le centenaire « High society » qui fut à l’époque l’un des premiers solos de jazz, la clarinette de Alphonse Picou nous apprend Daniel Humair. Le plaisir de jouer, d’interpréter ces morceaux est palpable et le public ne s’y trompe pas.

C’est donc le musicien Daniel Humair qui clôturera nos entretiens du jour :

« Déjà, Junas, ce sont des souvenirs importants, on a pu faire les choses comme je les aime. Après on m’a fait confiance pour la réalisation des vitraux du temple. Ce qui a donc, forcément, marqué ma présence ici. Et j’aimerais souligner que l’on a à faire à des gens intelligents et qui ont défendu et défendent le jazz avant la « soupe ». Etant donné la situation jazzistique en France et ce qu’on nous y propose, cela reste un des seuls, pas le seul, bien sûr, où l’on respecte la musique. Parce qu’il y a une équation simple et compliquée à la fois : Si vous faites un festival où vous pouvez accueillir cinq ou six cents personnes, mille, deux mille personnes. Mais plus, il n’y a aucun musicien de jazz au monde qui peut remplir une salle de six mille personnes. Donc obligatoirement vous êtes obligés d’aller vers des trucs… « soupe ». Il y a des programmes, parfois qui sont, allez je vais le dire, carrément débiles. Je trouve cela insultant pour la musique. Et pour les musiciens, c’est catastrophique, parce que l’on habitue un public qui n’est pas spécialisé à écouter de mauvaises choses en pensant que c’est cela le jazz. Cela fait plus de 65 ans que je suis musicien professionnel. J’ai tout vu, tout entendu. Le jazz, on peut penser que cela va disparaitre, car cela n’intéresse plus les gens, du moins les jeunes. Je viens de vivre une expérience formidable. Nous avons joué en trio, dans une église, pour une exposition de peintures à Chaudes-Aïgues dans le Cantal. L’église était pleine,  des personnes qui n’étaient pas du tout des amateurs de jazz, et pour la première fois de ma vie j’ai vu des gens qui se levaient pour des standing ovation à la fin de chaque morceau. Je me suis rendu compte que cette musique n’est pas si inaccessible que l’on dit. Et Ici à Junas, on comprend encore cela ! ».

https://www.jazzajunas.fr

Ecrit par Corinne Naidet

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