PORTRAIT : I remember Barney

I Remember Barney : Barney Wilen & Miles Davis

Pour enregistrer la musique du film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud, à coté de Miles Davis, il y avait un saxophoniste niçois, le même qui jouait aux côtés de  Thelonious Monk, Stan Getz ou Dizzy Gillespie. Il a aussi inspiré les créateurs de la célèbre bande dessinée en 1987, Barney et la Note Bleue. Avez vous deviné le nom de ce musicien ?

On a fêté en mai les 20 ans de la disparition de l’un des plus grands saxophonistes européens. Né à Nice, le 4 février 1937, Bernard Jean Wilen, plus connu sous le nom de Barney Wilen était un surdoué de la musique, à 17 ans, il joue déjà au Hot Club de Nice et, pour ses 20 ans, il enregistre au côté de Miles Davis la musique du film de Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud.


Il joue aussi dans les boîtes parisiennes avec les plus grands noms du jazz qui sont de passage dans la capitale. Succès oblige, il enchaîne encore avec des musiques de film comme Les Liaisons Dangereuses de Roger Vadim avec les Jazz Messengers d’Art Blakey.

I Remember Barney : Juliette Greco & Barney Wilen

Hélas, l’homme a des hauts et des bas dans sa vie tumultueuse mais il rebondit à chaque fois et, dans les années 60, il est leader du free jazz européen après un séjour aux Etats-Unis, on pourrait même dire un free jazz rock en écoutant Professeur Leary. Il partira aussi en Afrique, il en reviendra avec un superbe MOSHI.

C’est aussi un retour dans les boîtes parisiennes et surtout un retour à Nice où on lui confie la responsabilité d’un Bureau du Jazz. Une fonction où l’on va découvrir ses hautes qualités d’humaniste, n’hésitant pas à partager son planning de musicien professionnel, il organise des concerts gratuits dans les quartiers défavorisés des Alpes Maritimes. A ce sujet, il déclarait au chroniqueur de jazz Pierre Lapijover pour le magazine Jazz Hot «  Animer les quartiers, c’est montrer et faire écouter le jazz, le faire accéder à une forme de culture qui se branche automatiquement sur les autres formes de sculpture…c’est une aventure si nous allons dans les quartiers périphériques de Nice, devant les H.L.M, ce n’est pas par hasard, ce n’est pas un cadeau non plus, c’est un acte de civisme ».

Barney ira même le soir de Noël 1977 jouer pour une messe au village de Lantosque qui venait d’être sinistré suite à un éboulement. En même temps, il fait les beaux jours du célèbre lieu de jazz à Nice, le Story Ville cher à son créateur Jean Marie Auda et parrainé par le peintre Raymond Moretti. Que l’on soit musicien, artiste, peintre, ou écrivain, on faisait la fête sur fond de musique de jazz et souvent le bœuf avait l’allure d’un grand concert quand, de passage à Nice, Kenny Clarke, Bud Powell, Art Blakey ou Claude Bolling se joignaient à Barney Wilen. En 1967, les yéyés, le twist et les Beatles poussent un peu le jazz de côté et Story Ville avait vécu. Malgré ses zones d’ombre, Barney revoit les lumières de l’actualité quand deux passionnés de jazz, Jacques de Loustal et Philippe Paringaux font paraître chez Casterman la BD Barney et la Note Bleue…un succès international qui pousse le musicien à sortir un CD  sur le sujet, il sera vendu en même temps que l’album.

Avant de décéder le 25 mai 1996, Barney avait encore enregistré quelques titres à New York comme New York Romance avec Kenny Barron (piano), Ira Coleman (contrebasse) et Lewis Nash (batterie). I Remember Barney, l’immense musicien compositeur qui n’a jamais cherché les chemins de la gloire.

                                                     www.barneywilen.com

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

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