#Sur La Piste D’Un33 Tours Hal Singer & Jef Gilson « Son of Africa »

Hal Singer & Jef Gilson / Soul Of Africa (Le Chant du Monde, 1974, Kindred Spirits, 2008)
Par Benjamin Grinda

Si le rayonnement de la scène française fut l’un des plus importants du jazz européen à la fin des années 1960, il est notamment lié à la vision et à l’engagement d’artistes tel que Jef Gilson. Peu connu du grand public, Jef Gilson n’en a pas moins marqué toute une génération de musiciens ayant oeuvré aux avant-gardes du jazz. L’occasion de découvrir Soul of Africa, réédité il y a quelques années par le label Kindred Spirits.

En 1974, date à laquelle paraît son neuvième opus, Soul Of Africa, Jean-François Quiévreux alias Jef Gilson a 48 ans. Il a déjà derrière lui une longue carrière de près de 30 ans dévolue à sa passion, depuis ses débuts de clarinettiste aux côtés de Boris Vian, en 1946. Tour à tour pianiste, compositeur, producteur, arrangeur, chef d’orchestre, critique, chanteur, ingénieur du son, enseignant, théoricien, fondateur de labels, ce touche-à-tout de génie ne connaissait pas d’horizon bornant son talent. Les plus grands noms du jazz français sont passés par son studio : Henri Texier, Jean-Luc Ponty, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Michel Portal, François Tusques, Eddy Louiss, Jacques Di Donato, Christian Vander…

C’est avec le saxophoniste ténor Hal Singer qu’il signe ce projet bâti autour d’un amour commun pour les rythmes africains. Le saxophoniste américain découvre l’Afrique quelques années auparavant, en 1972. L’explorateur du jazz Jef Gilson s’était quant à lui passionné pour Madagascar et ses musiciens, qu’il rencontre en 1968. Une expérience essentielle pour le jazzman qui multiplie les collaborations avec ses amis malgaches, comme ici où l’on retrouve Frank Raholison à la batterie, suivi par Del Rabenja et Gérard Rakotoarivony aux percussions.

Ouvrant l’album, Chant Inca, un des premiers thèmes écrits par Gilson dans les années 50, est réinterprété selon une adaptation qui donne le ton : l’expression spirituelle de l’album sera portée par les répétitions rythmiques tantôt d’une basse lourde, des percussions, des élans du sax ou du piano, menant une transe hypnotique comme un voyage retour à l’âme originelle, celle de la terre mère de l’acte jazzistique, Mother Africa. Un retour également vécu pour de nombreux musiciens de cette époque qui relient le jazz intellectuellement à ce qui le fonde, son ambition spirituelle.

« D’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous », s’interrogeait déjà Paul Gauguin au contact des populations de Polynésie. Jef Gilson sonde ici le sens de cette quête, afin qu’advienne dans sa pratique musicale une liberté esthétique, au croisement d’une liberté revendiquée par tout un continent en lutte pour son indépendance.

Playlist :

1 Chant Inca
2 Mother Africa
3 The High Life
4 Libertarian
5 Garvey’s Strut
6 Le Grand Bidou (édition Kindred Spirits)
7 Fable Of Gutenberg (édition Kindred Spirits)

Ecrit par Benjamin Grinda

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