UN LIVRE SUR LE JAZZ : Julie London – A Touch Of Class

julie london

Allez donc savoir pourquoi une voix vous marque àjamais ? Pourquoi celle-là et pas telle autre ?
Pourquoi cette attention soudaine ? Ce frisson ? Cette
émotion ? Nul ne sait. C’est comme ça. Faut faire avec.
La voix de Julie London a procuré cette émotion à beaucoup.
Ils ne s’en sont guère remis ; dirai-je que c’est tant mieux
s’ils n’en guérissent pas ? Tant mieux oui ; quelle médication
meilleure aux bleus de l’âme que la musique ? Et sur cette
musique une voix pure, chaude, sensuelle et qui coule
comme une rivière de diamants bruts. « Now you say you’re
lonely / you cry the long night through / well, you can cry me
a river / cry me a river / i cried a river over you . chantait elle
comme personne, au point d’avoir associé ce standard à
son image glamour et d’en avoir fait son premier hit (décembre 1955, un million de disques !)
De naissance, Gayle Peck (son nom civil) fut plongée dans le spectacle par sa mère artiste de music-hall et très vite, gamine encore, elle se mit à chanter. Quelques scènes ici où là, et, attirée par le cinéma, elle suit les cours d’une école hollywoodienne, où elle fut diplômée et tourna dans quelques films. Le « talent scout » Sue Carol épouse de l’acteur Alan Ladd la découvrit alors qu’elle gagnait sa vie comme liftière dans un grand magasin. Elle épousa l’acteur Jack Webb et partagea avec lui la seule passion commune de leur mariage : le jazz.
De 1944 à 1960 elle enchaîna au moins un film par an, et ce, avec quelques très Grands : Delmer Daves, Robert Parrish, Anthony Mann, mais elle n’aura été que peu chanteuse au cinéma :
« The girl Can’t help » (56 le fameux « Cry me a river ») ; le générique du film « Saddle in the wind » avec la chanson éponyme (58) ; « Voice in the mirror » pour lequel elle écrit la chanson titre avec Bobby Troup. Après le cinéma et bien qu’elle termina sa carrière à la TV , elle fut l’infirmière Dixie Mac Call dans la série Urgences en 1972 – sa carrière aura été majoritairement celle d’une chanteuse ; et quelle chanteuse !
En 54 elle divorce de Jack Webb et se remarie avec Bobby Troup, pianiste, compositeur et
musicien de Jazz (ce qui ne l’empêcha pas d’être le créateur du succès mondial du Rock and roll « Get Your Kicks On » Route 66) et, en 55 Julie commence sa vie musicale au Club 881 à Los Angeles : un triomphe. Le magazine Billboard la consacre, et elle fait la couverture de LIFE en 1957.
C’est avec « Cry me a river » écrit par Arthur Hamilton, produit par son mari, que débuta son idylle avec le public, idylle qui ne cessa jamais. Le choix de ses titres, les orchestrations
parfaites, le côté sensuel de sa voix un rien, oh, juste un rien, cassée, fit qu’elle entra dans
l’imaginaire de ceux qui l’écoutaient, charmés, séduits, par celle qui avouons-le, nous troublaaussi par un physique de femme fatale – ah ! Les pochettes de l’époque… ! – rôle qu’elle refusa toujours répétant sans cesse « Je ne suis qu’une femme au foyer, à l’aise dans sa cuisine ».
Sauf que cette femme au foyer a collaboré avec des Barney Kessel, Ray Leatherwood, Jimmy Rowles, Don Bagley et bien d’autres qui avaient senti que ce timbre de voix d’une grande fumeuse (nul n’est parfait !) allait marquer d’une façon indélébile des générations entières avec les quelques trente-cinq albums qu’elle enregistra ; leur homogénéité parfaite rendant presque impossible d’en distinguer un, ou même deux… en cherchant bien, peut-être« Calendar Girl », « Your number please » question de goût, de choix d’humeur. Cinquante ans après, le
CD entre dans la platine,
la lecture commence, et
la magie opère : nous
sommes dans un club
de jazz, la session d’un
trio s’est terminée, la
fumée de cigarette flotte
dans l’espace créant
une ambiance un peu
trouble, les verres
s’entrechoquent, les
conversations reprennent,
et s’arrêtent : Julie est là, fascinante, somptueuse et sexy, elle chante pour nous seuls,
on cherche son verre, et… étrangement le fait de se retrouver dans son salon ne rompt pas le charme, on fredonne, on ferme les yeux, on les ouvre , peu importe où l’on est, peu importe lejour, la nuit est peut-être là, à deux, ou bien tout seul : nous sommes comblés, épanouis,
heureux, radieux, ravis.
Pour vous Madame qui déclarait « J’ai besoin de chanter près du micro, ma voix tient dans un dé à coudre » permettez-moi d’écrire qu’il est heureux que la couture ne vous ait pas attirée.
Pour cela et bien d’autres choses encore ; Pour vous Madame qui nous avez quittés en octobre.

Ecrit par Jean Bellissime

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