Raphaël Imbert, saxophoniste autodidacte, compositeur, musicien chercheur, pédagogue et conférencier, est l’une des figures les plus singulières du jazz français contemporain. Membre fondateur de la Compagnie Nine Spirit dont il a été le directeur artistique de 1999 à 2019, il est aujourd’hui directeur du Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille, au sein de l’Institut National Supérieur d’Enseignement Artistique Marseille Méditerranée.
De son talent d’écoute à celui d’ethnomusicologue, ce portrait du saxophoniste marseillais révèle une figure majeure du jazz contemporain. Raphaël Imbert est une figure majeure du jazz contemporain. Son moteur musical : le Jazz agitateur d’idées. Son axe de recherche : la Spiritualité dans le jazz. Son art de vivre : le Free Jazz.Difficile de faire un résumé, tant l’homme est atypique et productif, mais on peut toujours essayer de le suivre car il nous propose de nombreuses pistes. Boulimique de travail et d’expression, il est prolifique à l’écrit comme à l’oral. A son actif, une dizaine d’albums en leader, plusieurs en sideman, de nombreux articles, des chroniques swing, et des livres.
Né à Thiais en 1974, le jeune Raphaël était surtout intéressé par la zoobiologie, et c’est une rencontre imprévue avec un voisin saxophoniste qui va lui ouvrir une tout autre voie : celle de la musique et du jazz en particulier. A 15 ans, il souffle pour la toute première fois dans le corps galbé d’un Selmer. L’expérience est révélatrice de son écoute et d’un talent d’improvisation. Cet instrument sera le sien. Il le pratique en autodidacte, improvise sur les musiques qui sont à portée de sa main, de Ravel à Fats Wallers, avant de pousser les portes du conservatoire. L’élève récolte à 21 ans le premier prix de conservatoire.
Raphaël Imbert a choisi dès le départ un chemin atypique dans le jazz et les musiques improvisées, le spirituel dans le jazz. Ce sujet de recherche lui a valu en 2003 d’être lauréat du programme « La Villa Médicis hors les murs » pour ses travaux sur la musique sacrée dans le jazz. Cette étude réalisée à New York est la pierre fondatrice des recherches qu’il poursuit toujours aujourd’hui. Cette démarche artistique prend corps en 1999 avec la création d’un orchestre composé de neuf musiciens, Nine Spirit. Conçue comme une plateforme entre traditions orales de l’impro et écriture musicale, la Compagnie a la volonté de produire un répertoire issu des recherches sur le spirituel dans les musiques afro-américaines et leur patrimoine musical…
Sun Ra, Albert Ayler, Pharoah Sanders, Duke Ellington, Coltrane, Raphaël Imbert décortique et développe avec Nine Spirit une interrogation de leur discours musical. La première œuvre du Nine Spirit, « Les musiques sacrées de Duke Ellington », est un opus lié à des narrations extraites des écrits de Théodore Monod. L’album Bach-Coltrane (2007) avec le Quatuor Manfred établit un lien musical et profond entre l’œuvre de J.-S. Bach et John Coltrane, connivences partagées entre le Jazz et la Musique Baroque, parentés spirituelles de la liturgie luthérienne et des Negro spirituals, donnant à entendre une musique jubilatoire d’improvisation. Pour Raphaël Imbert, ce projet entend réhabiliter Bach en tant qu’improvisateur et Coltrane comme compositeur.
Raphaël Imbert est membre du dispositif de recherche Improtech, en lien avec l’IRCAM et l’EHESS. En 2010, il part aux États-Unis avec l’objectif d’étudier les passerelles entre les musiques populaires traditionnelles, l’oralité et leur lien avec l’improvisation et les nouvelles technologies. Durant plusieurs mois, Raphaël Imbert décortique les motifs musicaux et les improvisations avec le logiciel d’IA OMax. La restitution se nommera naturellement « OMax At Lomax » en référence à Alan Lomax, folkloriste, collecteur de musiques américaines. Le saxophoniste va rencontrer des musiciens exceptionnels, détenteurs de racines musicales profondes, et travailler avec Archie Shepp, Daniel Humair, Yaron Herman, Anne Paceo, le Quatuor Manfred, le Trio Chemirani, l’Ensemble Contraste d’Arnaud Thorette et Johan Farjot, Karol Beffa, Hugh Coltman, Laurent de Wilde.
De nombreux albums seront enregistrés : Libres (Jazz Village, 2015), une série d’improvisations. Fruit de sa fréquentation du blues à La Nouvelle-Orléans, Music is my Home (2016) et Music is my Hope (2018), cet album sera distingué par les Victoires du Jazz la même année dans la catégorie Album inclassable. Music is my field, dont le projet est en cours, s’annonce comme une session d’enregistrement de terrain, à la fois conclusion et introduction des travaux entamés avec la Compagnie.
Boulimique de travail, le musicien chercheur est un pédagogue, un forgeron qui fabrique l’outil qui servira à d’autres. De ses recherches sur le sacré dans le jazz et la franc-maçonnerie chez les musiciens de jazz afro-américains, Raphaël Imbert compile ses écrits dans « Jazz suprême, initiés, mystiques et prophètes » (Éditions de l’éclat, Paris 2014). Sa réédition en 2018 sera assortie d’une préface de Patrick Chamoiseau, poète antillais avec lequel il vient de co-réaliser « Baudelaire jazz » en 2022, un livre avec CD où la liberté de la plume dialogue avec les improvisations dans une improbable correspondance de champs poétiques free jazz, un véritable chaos-opéra jubilatoire.
Pour le centenaire du jazz au Bal Blomet (lieu mythique du jazz à Paris), le jazzman enregistre en 2017 « 1001 nuits du Jazz au Bal Blomet » dont la playlist est le fruit de collaborations multiples. L’album Oraison sorti en 2021 est l’occasion pour Raphaël Imbert de proposer une narration différente et évocatrice de la mémoire de cette ville lors de la seconde guerre mondiale,
Boulimique de travail, le musicien chercheur est aussi un pédagogue, un passeur et un infatigable explorateur. De ses recherches sur le sacré dans le jazz et la franc-maçonnerie chez les musiciens afro-américains est notamment né « Jazz suprême, initiés, mystiques et prophètes » (Éditions de l’éclat, 2014), réédité en 2018 avec une préface de Patrick Chamoiseau. Avec ce dernier, il réalise également « Baudelaire Jazz » en 2022, où littérature, poésie et improvisation se rencontrent dans un même espace de liberté.
Après avoir dirigé le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille de 2019 à 2023, Raphaël Imbert est aujourd’hui directeur du Campus Art Méditerranée. Une fonction qui prolonge naturellement son engagement pour la transmission, la recherche et le décloisonnement des pratiques artistiques.
Mais le saxophoniste n’a évidemment pas rangé son instrument. Avec Music is My Field, Raphaël Imbert poursuit aujourd’hui le vaste travail entrepris depuis ses voyages dans le sud des États-Unis. Le projet s’est notamment développé entre Marseille et Atlanta, autour du collectif Reverence, dans un dialogue entre jazz, traditions populaires, improvisation, spiritualité et transmission. Musiciens américains et français, étudiants et artistes confirmés s’y croisent dans un processus où la rencontre devient elle-même matière musicale.
De Marseille à Atlanta, Raphaël Imbert continue ainsi de tracer ces chemins de traverse qui caractérisent son parcours depuis ses débuts. Chez lui, le jazz reste moins un territoire à défendre qu’un formidable outil pour chercher, transmettre, provoquer la rencontre et inventer de nouvelles formes.
